La flamme pourpre (Robert Parrish, 1954)

En Birmanie pendant la seconde guerre mondiale, un aviateur anglais traumatisé par la mort de sa femme s’attache à une jeune Asiatique…

Le sujet est conventionnel mais le traitement est digne. Gregory Peck, tout en sobriété, dément encore une fois sa réputation d’acteur de deuxième ordre. Le Technicolor chaleureux et sensuel rappelle celui de Leon Shamroy. C’est un joli film qui n’a toutefois rien d’inoubliable.

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La chose d’un autre monde (Christian Nyby et Howard Hawks, 1951)

Sur une base en Alaska, des scientifiques et soldats américains ont affaire à une créature venue de l’espace.

C’est Christian Nyby qui est crédité comme réalisateur mais les connaisseurs du sujet s’accordent à dire que Howard Hawks, producteur et initiateur du projet, est responsable de la mise en scène. Je ne les contredirai pas. On retrouve en tout cas dans ce film la vision des rapports amoureux selon l’auteur de Rio Bravo, une vision où les femmes sont plus dégourdies que les hommes. La camaraderie du groupe n’est pas aussi développée que dans ses chefs d’oeuvre mais la proverbiale sobriété de son style insuffle un sérieux bienvenu à un genre qui pèche souvent par excès de kitsch. Ici, il n’y a que l’aspect visuel du monstre qui est ridicule. Heureusement, on le voit peu. La retenue des acteurs est particulièrement appréciable. Kenneth Tobey incarne bien le professionnel impassible dans l’adversité cher à Hawks. Son personnage vaincra grâce à son intelligence de  la situation. Cette approche éminemment concrète du drame est ce qui fait de La chose d’un autre monde un spectacle intéressant en dépit de certains ressorts dramatiques éculés (l’opposition savants/soldats est particulièrement schématique).

Tonnerre apache (A thunder of drums, Joseph M.Newman, 1961)

Pendant les guerres indiennes, un aspirant arrive dans un fort mais il est amoureux de la fiancée d’un autre officier.

Ce que l’excellente ouverture annonçait comme une évocation de la vie des garnisons de tuniques bleues presque aussi juste que la trilogie de la cavalerie de Ford (on retrouve James Warner Bellah au scénario) s’avère un banal triangle amoureux, mené mollement qui plus est.

Quatre nuits d’un rêveur (Robert Bresson, 1971)

La rencontre entre un puceau rêveur et une jeune fille qui s’est promise à un homme dont elle attend le retour.

Quatre nuits d’un rêveur est un des films les moins plombants de la seconde partie de carrière de Robert Bresson (celle que je fais commencer avec Au hasard Balthazar). Vidé de l’excessive sentimentalité qui était celle de la nouvelle de Dostoïevski dont il est adapté, le récit est relativement léger; on pense à Rohmer. Quoique la fin ne soit pas joyeuse, on est très loin du pessimisme forcené qui caractérise Au hasard Balthazar aussi bien que L’argent ou Le diable probablement. Il y a même une savoureuse digression où la proverbiale blancheur de la diction bressonienne est source d’un humour subtil et bienvenu: lorsque l’étudiant en art déblatère des théories absconses avec le plus grand des sérieux, l’effet drolatique est certainement voulu de la part du vieux grigou. Quatre nuits d’un rêveur est aussi le film où l’érotisme bressonien est le plus flagrant même s’il y a quelque chose de fondamentalement pervers dans la façon dont le corps de la belle Isabelle Weingarten est filmé: à l’instar des réalisateurs de films pornographiques, Bresson se focalise sur des fragments du corps féminin (les articulations notamment) plus que sur sa totalité.

Néanmoins, Bresson reste Bresson et le volontarisme de son style en vient à nuire à la présence de ses personnages et de ses décors. La neutralité inébranlable (et parfaitement arbitraire) du « jeu » de Isabelle Waingarten fait que l’on ne croit jamais à la passion amoureuse censée animer la jeune fille. Le spectateur imaginera cette passion à travers les éléments du récit, récit rigoureusement mené, mais il n’en ressentira aucun effet. Bresson filme des idées (idée de l’abnégation, idée de la mélancolie) avant de filmer des êtres de chair et de sang mis en situation. Cette approche cérébrale et systématique de la mise en scène, problématique en soi puisqu’elle désincarne la matière dramatique au nom d’une conception du cinéma arbitraire et stérilisante, l’est particulièrement dans un film d’amour.

Cependant, force est de constater que dans Quatre nuits d’un rêveur, la méthode du cinéaste fait mouche à plusieurs endroits. Ainsi la scène muette où Jacques contemple les couples du jardin public. Le montage se charge alors d’exprimer l’amertume de la situation. Cela reste très appliqué (champ sur une jeune fille dans les bras de son amant/contre-champ sur le visage impassible de Jacques) mais cela est assez évocateur car les comédiens ne ruinent pas le potentiel de la scène avec des dialogues littéraires dits d’un ton monocorde.

En définitive, s’il n’est pas complètement réussi du fait de l’infirmité foncière de la mise en scène bressonienne, Quatre nuits d’un rêveur est un film suffisamment original (au sein de l’oeuvre de son auteur aussi bien que d’une façon plus générale) et suffisamment concis pour maintenir l’attention en éveil.

Un joli contre-champ

La fille de nulle part (Jean-Claude Brisseau, 2013)

Un veuf retraité recueille une jeune femme qui s’est faite tabasser devant son pallier. Bientôt, des évènements surnaturels ont lieu.

Ejecté du sérail après ses déboires judiciaires, Jean-Claude Brisseau a autoproduit son dernier film et l’a tourné dans son appartement parisien. Hanté par la vieillesse, le mystère de la mort et les jeunes filles désormais inaccessibles, il ne prend pas toujours soin d’inscrire ses obsessions dans un cadre naturel et réaliste. A cause d’une écriture mal dégrossie, La fille de nulle part apparaît souvent trop théorique (ainsi de la conversation avec le copain devant la Seine). De plus, Brisseau, qui interprète le rôle principal, est loin d’être un acteur-né et il faut du temps et beaucoup de bonne volonté au spectateur pour se faire à la faiblesse de son jeu. L’utilisation de l’adagietto de Mahler -le même que dans Mort à Venise– déçoit également de la part d’un cinéaste qui, avec ses précédents films, nous avait habitués à des choix musicaux plus originaux.

Les bavardages où le professeur semble découvrir la lune à propos de la finalité politique des textes sacrés sont certes plus risibles qu’autre chose tant ils sont filmés sans la moindre distance de la part du cinéaste mais ce serait limiter injustement la portée de l’oeuvre que de s’y arrêter. En effet, les considérations théologico-historiques des personnages apparaissent dérisoires au regard des dernières séquences qui font apparaître l’ensemble du film comme un beau songe mélancolique racontant une histoire finalement analogue à L’aventure de Mme Muir. Enfin, si l’extrême-modicité du budget appelle l’indulgence à plusieurs reprises, le metteur en scène réussit grâce à des moyens archaïques plusieurs tours de force qui démontrent le pouvoir du cinéma avec autant de force qu’un morceau de bravoure de Spielberg. Il parvient par exemple à distiller une sacrée frayeur avec une femme habillée d’un drap blanc.