Un enfant de Calabre (Luigi Comencini, 1987)

Contre son père qui veut qu’il fasse des études et soutenu par un chauffeur de bus infirme, un enfant de Calabre se rêve champion de course à pied.

Encore une fois, ce qui n’aurait pu être que facilités mélodramatiques et mièvrerie larmoyante est transcendé par le style de Luigi Comencini: fraîcheur du jeune interprète Santo Polimeno, pudeur, droiture et sensibilité de l’expression, empathie inconditionnelle de l’auteur pour chacun de ses personnages. La grandeur du cinéaste s’exprime notamment via le fait que le père n’est pas montré comme une méchante brute mais que les raisons de sa dureté sont exposées avec justesse: il souffre de sa condition de prolétaire et veut assurer un bel avenir à son fils. En homme de gauche intelligent, Comencini révèle la nature oppressante des structures mais prend soin de ne pas charger les individus.

Il porte un regard tendre et parfois amusé sur ces gens qui se débattent entre des traditions sclérosantes (le gamin qui se fait tirer dessus par les ennemis de sa famille!) et l’envie de rêver envers et contre une réalité non pas misérable mais souvent désespérante. Ainsi le personnage du chauffeur de bus interprété par le grand Gian Maria Volonte est-il magnifique. La fable s’inscrit merveilleusement dans la splendeur âpre des paysages calabrais; la lumière naturelle est superbe.

Un enfant de Calabre est donc un très joli film qui mérite pleinement le noble qualificatif suivant, qualificatif déjà tombé en désuétude en cette fin des années 80: humaniste.

4 réflexions sur “Un enfant de Calabre (Luigi Comencini, 1987)

  1. Je suis enfin parvenu à me procurer ce film en VOST. Votre avis confirme les échos positifs que j’ai pu lire concernant ce Comencini tardif. Bien hâte de le voir en tout cas.
    Entre temps, j’ai vu La Grande Pagaille sur vos bonnes recommandations et il s’agit effectivement d’un très beau film, avec cette incroyable faculté de faire rire et de bouleverser d’un plan à l’autre dont semble empreinte l’œuvre de Comencini. Il y a plusieurs moments de grâce et d’émotion qui m’ont subjugué: je pense au retour de Martin Balsam à la maison avec la descente à vélo sans freins, à la fuite de la jeune femme juive ou encore aux dernières scènes avec Reggiani. Du grand cinéma.
    Avez-vous vu Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas et Eugenio ? Deux autres Comencini qui m’ont l’air très intéressants.

  2. Je suis vraiment content que vous ayez vu -et aimé- La grande pagaille sur mon conseil. Ce genre de message, c’est la meilleure gratification que je puisse espérer en faisant ce blog.

    Je n’ai encore vu ni Eugenio ni Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas? mais ça ne saurait tarder.

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