Une vie simple (Ann Hui, 2011)

Le jour où celle-ci fait une attaque, un célibataire quadragénaire de Hong-Kong s’occupe de sa servante qui travaillait pour sa famille depuis soixante ans…

Vingt-deux ans après le magnifique Song of the exile, ça fait plaisir de retrouver un film de Ann Hui diffusé en France dans des conditions à peu près décentes. Si, avec sa surabondance d’ellipses et ses dialogues réduits à peau de chagrin, le début laisse présager une oeuvre encombrée de « tics du cinéma d’auteur international », la suite montre heureusement qu’elle n’a rien à voir avec les films en carton de Nuri Bilge Ceylan et consorts. A partir du moment où le héros se rend compte combien sa domestique lui est chère, Une vie simple, dont le récit est inspiré des souvenirs de son producteur et scénariste Roger Lee, se met à vibrer d’une sensibilité rare dans le cinéma contemporain.

Ce basculement s’opère définitivement lorsque les camarades d’enfance du jeune homme appellent l’ancienne servante dans sa maison de retraite. En axant la séquence autour de la bouffe, en utilisant discrètement et judicieusement le gros plan au sein d’un ensemble nimbé de pudeur et en s’appuyant sur de formidables interprètes (Deannie Yip en premier lieu), Ann Hui réussit ici une scène pleine de nostalgie et d’humour et, surtout, parvient à quelque chose de difficile et d’invariablement bouleversant au cinéma: la restitution d’une prise de conscience. Du même coup, elle s’inscrit dans la tradition du grand Leo McCarey plutôt que dans celle du sinistre Haneke lorsqu’elle évoque, avec une profonde justesse, les affres de la vieillesse.

Au premier coup d’oeil, on pourra reprocher à Une vie simple son aspect unanimiste, l’absence de conflit dramatique d’un récit qui décrit une relation basée sur les rapports de classes, la très rapide accommodation de la servante à sa maison de retraite (la scène d’arrivée est pourtant terriblement glauque). Après réflexion, ce serait faire un faux procès au film. D’abord, il est évident que montrer la domestique se révolter ou se plaindre aurait trahi la nature profonde d’un personnage qui, pour des raisons culturelles, sociales ou psychologiques, met un point d’honneur à ne jamais faire de vagues. Ensuite, Ann Hui regarde les choses avec une sorte de doux détachement et c’est son droit le plus strict d’autant que ce détachement va de pair avec une exceptionnelle finesse dans l’appréhension des subtilités du coeur humain (voir ainsi la grandeur inattendue avec laquelle est présentée le vieux queutard). Après tout, reproche t-on sa sérénité à Ozu?

Bref, courrez voir Une vie simple pendant qu’il est encore à l’affiche.

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