Une femme douce (Robert Bresson, 1969)

Suite au suicide de sa jeune épouse, un usurier retrace leur histoire.

La nouvelle de Dostoïevski est le monologue fiévreux d’un homme en proie aux conséquences de la folie de son orgueil. Bresson l’impuissant dévitalise complètement ce drame avec sa conception du cinéma étriquée, arbitraire et stérilisante. L’eunuque du « cinématographe » a encore frappé et c’est consternant de nullité.

2 commentaires sur “Une femme douce (Robert Bresson, 1969)

  1. Dommage que vous soyez passé complètement à côté du film. Moi-même j’ai eu une impression similaire la première fois que je l’ai vu mais à l’occasion de la reprise restaurée en novembre dernier, j’ai complètement réévalué mon jugement.

    Bresson ne plaque pas un système formel, car cette rigidité est dictée par la nature même de la nouvelle. Le regard qu’applique Bresson, il ne faut pas l’oublier, c’est celui du Mari : la sévérité mais aussi un pesant silence. Il veut asseoir son empire sur le jeune fille, se donner une contenance qu’il n’a pas, pour impressionner celle qu’il appelle « douce ». Il veut aussi se racheter et se venger de ses humiliations antérieures : il fait donc un acte de bienveillance envers l’orpheline, un peu empoisonné, puisqu’il veut, non pas l’aimer, mais en faire un objet d’orgueil.

    Il n’y a pas à mon sens d’opposition entre Dostoïeski et Bresson car le réalisateur fait une transposition habile, fidèle en bien des points. Je ne pense pas qu’il aurait gagné à reproduire le monologue fiévreux, qui sied mieux à une voix intérieure et s’oppose à l’attitude dépassionnée que le mari adoptait d’ordinaire avec autrui ou avec sa femme par « fierté ». Bresson a donc pris le parti qui lui semblait le plus cohérent pour lier le récit remémoré et l’énonciation directe, afin de garder une égalité de voix, et éviter l’artifice trop littéraire d’un récit en voix off.

    En dernier lieu, si le film joue bien sur cette rétention continuelle des personnages, surtout de lui, qui conduit au malentendu et au gâchis, la scène ultime du suicide, est vraiment un moment de lyrisme cinématographique, qui reste pudique, mais réel. Difficile de rester insensible à l’émotion que provoque Bresson juste par une série d’images suspendues et par une pause sonore.

    Votre critique est vraiment injuste. Quand à dévaloriser comme vous le faîtes l’œuvre de Bresson dans son ensemble, ça me laisse absolument sans voix.

  2. Bonjour Robert,

    Merci de votre contre-champ, les avis contraires sont toujours les bienvenus sur ce blog, surtout s’ils sont aussi étayés que le vôtre.

    Je vais maintenant répondre à votre point.

    Oui, le mari a adopté une attitude « dépassionnée » « par fierté » lorsqu’il vivait avec son épouse. Sauf que dans la nouvelle originelle, racontée une fois que la fille est morte, le mari est complètement désemparé. Il y a donc un contraste, une tension, une dialectique, entre ce que le mari raconte et la façon -affolée, désordonnée, désemparée- dont il raconte.
    De par la systématique blancheur de la voix-off, ce contraste disparaît purement et simplement dans le film de Bresson, désossant proprement le drame.

    D’accord quand même sur la beauté de la scène qui ferme (et qui ouvre) le film. Encore que je trouve cette beauté très apprêtée, très calculée. J’admire le cinéaste qui arrive à filmer le suicide d’une façon originale et poétique grâce à sa maîtrise du hors-champ et du montage plus que je ne suis touché par le drame se jouant devant moi.

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