L’enfant de Paris (Léonce Perret, 1913)

Une orpheline est envoyée à l’internat, s’échappe, est enlevée…

L’enfant de Paris est un feuilleton mélodramatique transfiguré par une épatante maîtrise cinématographique qui oblige celui qui le découvre aujourd’hui à repenser quelque peu l’histoire du septième art et ses jalons couramment admis. Le mystère de roches de Kador montrait déjà l’intelligence qui était celle de Léonce Perret quant à sa caméra. Réalisé un an après, L’enfant de Paris montre qu’un bond de géant a encore été franchi. Découpage à vocation dramatique, plans en plongée, surimpressions, panoramiques, éclairages sophistiqués, allongement de la durée des plans pour instaurer du suspense…En 1913, Perret a une large connaissance des possibilités de son art et s’en sert brillamment. Il n’y a qu’à voir l’évasion de l’orphelinat ou le retour de l’officier à la maison pour se rendre compte de l’avance -légère- que le réalisateur majeur de la Gaumont avait alors sur Griffith.

Ses acteurs sont d’une rare sobriété. Suzanne Privat dans le rôle de l’enfant insuffle une justesse émotionnelle aux situations de mélodrame les plus grossières. Si, cent ans après sa sortie, L’enfant de Paris n’a guère perdu de son pouvoir spectaculaire, c’est aussi parce que Léonce Perret a tourné en extérieurs, arpentant les rues de Paris et de Nice avec la souveraine gourmandise du créateur excité par les capacités d’un outil pas encore vingtenaire. Au cœur de ce feuilleton riche en péripéties, il y a ainsi, parfaitement décorrélée de l’action dramatique, une longue et fascinante errance dans Nice que n’aurait pas reniée Antonioni (né l’année du tournage de ce film). L’enfant de Paris est donc un très grand film qui, je pense, suffit à placer Léonce Perret parmi les réalisateurs fondamentaux de l’histoire du cinéma. Lewis J.Selznick, père de David, qui l’embaucha en 1917, ne s’y était pas trompé.

6 commentaires sur “L’enfant de Paris (Léonce Perret, 1913)

  1. et une découverte de plus que je vous dois ! Cet Enfant de Paris est non seulement un coup de maître sur le plan narratif et technique (1913, grands dieux…) mais il s’agit aussi et surtout d’un film extrêmement vibrant, touchant, à la direction d’acteurs très moderne (comme vous le soulignez, la petite Suzanne Privat est épatante) et dont les deux heures passent à vitesse grand V. Pas faux de voir en l’errance de Bosco des prémices d’Antonioni, en particulier L’Avventura. Après Le Mystère des Roches de Cador, qu’on pourrait déjà qualifier de brillant exercice de style, le cinéma de ce Léonce Perret m’en bouche un coin. Connaissez-vous d’autres de ses réalisations qui auraient la même qualité ?

  2. Merci de votre retour dédé, ça fait plaisir de voir que nos messages trouvent un écho dans le vaste web.
    Le roman d’un mousse sinon.

  3. Par ailleurs, je connais plusieurs cinéphiles très estimables qui disent grand bien de Sapho, un de ses films parlants qui est à peu près invisible aujourd’hui (je scrute la programmation de la cinémathèque en attendant une projection).

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