La marche de Tokyo (Kenji Mizoguchi, 1929)

Une fille est envoyée dans une maison de geishas où un jeune homme de bonne famille va s’amouracher d’elle…

De la gangue mélodramatique dont il extraira plus tard le suc de ses chefs d’œuvre, Mizoguchi ne tire ici rien de très original ni de bien passionnant. L’invraisemblance des conventionnelles coïncidences n’est guère transcendée par un style encore très hollywoodien (découpage classique….). Il faut par ailleurs préciser que, si la version restaurée par la Cinémathèque française en 1999 est parfaitement intelligible, le film n’aurait pas été conservé dans son intégralité.

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Amours exotiques (Léon Poirier, 1925)

Deux moyens-métrages sur l’Afrique :

  1. Zazavavindrano, adaptation d’une légende malgache qui voit deux jeunes amoureux dont l’union est empêchée par leurs parents car elle n’est pas fertile.
  2. L’Eve africaine, documentaire sur la femme dans différentes sociétés africaines.

Léon Poirier se comporte ici en digne émule de Robert Flaherty. Son talent naturel pour le cadrage et la captation de la lumière donne une présence sensible aux éléments de la légende. Les plans superbement éclairés où l’on voit les deux jeunes amoureux batifoler au bord de l’eau annoncent clairement Tabou. Quoique Poirier ait par ailleurs tourné plusieurs films à la gloire de l’Empire français (Amours exotiques est un projet parallèle à La croisière noire), les peuples indigènes et leurs coutumes sont ici filmés avec le respect d’un ethnologue. S’il y a un personnage hors-champ dans ces deux moyens-métrages, c’est bien l’homme blanc. Dans le second, on notera le respectueux génie avec lequel les danseuses exotiques sont filmées. Rarement film muet avait donné une telle impression musicale. Bref, Amours exotiques est à voir si vous en avez l’occasion.

Un baiser s’il vous plaît (Emmanuel Mouret, 2007)

Après qu’il l’a invitée au restaurant, une femme refuse le baiser d’un homme et s’en explique en racontant la mésaventure arrivée à un couple de sa connaissance…

De plaisantes arabesques (Emmanuel Mouret a un certain talent comique) enrobent un argument dramatique con comme la lune. Du fait que les personnages sont réduits à l’état d’animaux pulsionnels, le discours sur l’adultère ou encore l’ambiguïté de l’amitié hommes/femmes n’a à peu près aucun intérêt. L’auteur, schématique en diable, fait son miel de la stupidité de ses protagonistes. Un baiser s’il vous plaît n’en reste pas moins amusant et les comédies amusantes (et un brin sophistiquées) sont suffisamment rares aujourd’hui pour être signalées.

Angel in exile (Allan Dwan, 1948)

Après un séjour en prison, un braqueur va chercher son butin planqué dans un village près du Mexique où les gens sont très croyants…

Une fable surprenante et variée (au niveau du ton) où le héros évoluera suite à son séjour dans une communauté dont le cinéaste excelle à montrer la mythique harmonie. C’est très typique d’Allan Dwan et c’est simplement beau. Adela Mara, sorte de Natalie Wood de série B, ne manque pas de charme.

L’impasse de l’amour et de la haine (Kenji Mizoguchi, 1937)

Une jeune serveuse enceinte est abandonnée par son fiancé de bonne famille…

Cette énième variation de Kenji Mizoguchi sur son thème de prédilection est une énième réussite où, plus précisément qu’ailleurs, une certaine lâcheté masculine est représentée avec justesse. Au contraire, la femme ne manque pas de courage et assume pleinement sa voie en dehors de la société « normale ». L’impasse de l’amour et de la haine est ainsi un des films de Mizoguchi les moins noirs parmi ceux mettant en scène des « filles perdues ». Cette vérité au sein d’un canevas rebattu, le film la doit essentiellement à l’absence de manichéisme du script rigoureux de Yoda (lointainement adapté de Résurrection de Tolstoï) et à la qualité de comédiens dirigés par un réalisateur plus tyrannique que jamais (Fumiko Yamaji aurait été contrainte de répéter plusieurs centaines de fois une même scène).

Circonstances atténuantes (Jean Boyer, 1939)

Sur la route des vacances, la voiture d’un procureur à la retraite tombe en panne. Avec sa femme, il s’installe dans un hôtel de banlieue où est établie une bande de pieds-nickelés…

Le plaisir renoirien de voir des classes sociales différentes se mélanger par la grâce du hasard, de la musique, de la bouffe et de l’érotisme, les dialogues d’un Yves Mirande particulièrement en verve, de grands acteurs qui semblent s’amuser avec nous (surtout Michel Simon), le tube entraînant de Boyer/Van Parys Comme de bien entendu, le rythme soutenu du découpage et la fantaisie naturelle de l’ensemble font de Circonstances atténuantes une comédie franchement réjouissante même si le dénouement paraîtra pusillanime au regard de la verdeur de ce qui l’a précédé.

Le retour du proscrit/Prisonnier de la haine (The shepherd of the hills, Henry Hathaway, 1941)

Dans une communauté montagneuse reculée, un homme qui avait abandonné sa famille revient avec plein d’argent…

Un manque de franchise dans la narration, de fraîcheur dans le ton (ce qui, vu le cadre de l’action, est un comble) et de notations concrètes dans la mise en scène donne à ce western des airs alambiqués et faussement simples mais quelques morceaux de bravoure à la beauté mythologique (la rencontre avec le cousin sourd, l’aveugle qui retrouve la vue, l’incendie…) laissent présager le grand film que The shepherd of the hills aurait pu être si l’écriture avait été plus soignée, si, à tout le moins, les auteurs avaient fait plus attention au naturel de leurs dialogues. De plus, John Wayne et, surtout, Harry Carey sont très bons.