Les patates (Claude Autant-Lara, 1969)

Pendant l’Occupation, dans un village des Ardennes (alors zone «interdite»), un père de famille brave les autorités pour se procurer des patates et sauver les siens de la famine.

Ramener la guerre à des considérations stomacales permet à l’anarchisme pacifiste de Claude Autant-Lara de s’exprimer concrètement, sans sombrer dans le relativisme moral ou la caricature. Déjouant les schémas idéologiques au fur et à mesure d’un récit où seules les fonctions vitales motivent les protagonistes, il atteint à une certaine vérité élémentaire sur l’humanité plongée dans le chaos.

Le ton picaresque de la comédie noire évite le misérabilisme. On retrouve dans Les patates le même mélange de lucidité, de dérision et de pitié que dans Voyage au bout de la Nuit ou Le bon, la brute et le truand, autres œuvres sur des pauvres gens qui, plongés dans la tourmente d’un conflit gigantesque, luttent âprement et uniquement pour leur survie immédiate.

La scène d’introduction montre bien en quoi l’auteur de En cas de malheur a positivement évolué : pendant un enterrement, le héros aperçoit un lièvre. Délaissant la cérémonie, il le chasse dans le cimetière et s’en empare. Enième provocation de l’anti-clérical Autant-Lara?  Peut-être, mais la scène ne se limite pas à ce coup de griffe : le héros, quoique son pantalon soit maintenant trop grand pour lui, offre ensuite sa proie à la veuve « parce que c’est plus correct ». Le pessimisme est ici un humanisme et la disette généralisée n’empêche pas toujours la générosité d’affleurer, ici et là.

Pierre Perret n’est pas le meilleur acteur du monde mais le film, sans être un chef d’œuvre, est une réussite mémorable. Esthétiquement, Autant-Lara retrouve le classicisme imparable de Douce. Entre autres qualités de mise en scène, on note l’utilisation dramatique et poétique du brouillard ardennais qui donne une grande force au plan final (dans sa critique des Cahiers du cinéma, Michel Delahaye le comparait à celui du Héros sacrilège de Mizoguchi).

8 commentaires sur “Les patates (Claude Autant-Lara, 1969)

  1. Outch, je ne l’ai pas revu depuis une éternité mais j’ai le souvenir d’un film épouvantablement mauvais joué par un Perret ultra-cabotin (à côté, le Gabin patriarche, c’est un modèle bressonien !) Peut-être faudrait-il que je le revois mais j’associe ce titre au pire de la « qualité-française » : mots d’auteur à gogo, cynisme facile… Bref, j’avais détesté.

  2. tout pareil que le docteur. Souvenir d’un film vieillot et balourd, avec un Pierre Perret en roue libre. Cela dit, j’ai été récemment surpris en bien par Autant-Lara avec Le Journal d’une Femme en Blanc.

  3. c’est donc un film à revoir pour vous deux… (on est assez loin de la « qualité française », pas de cynisme facile, peu de mots d’auteur)

  4. On pourra donc faire une séance pour trois, car j’ai également un souvenir atroce de ce film, le plus mauvais Autant-Lara que j’ai pu voir.

  5. Oui, l’excellent Bon Dieu sans confession !
    Au-delà de nos habituelles divergences, Autant-Lara, ça reste vraiment un cas étrange : j’ai l’impression que personne n’arriverai à se mettre d’accord sur ses bons/mauvais films.

  6. Tiens, figure-toi que j’ai failli terminer mon commentaire de tout à l’heure avec, entre parenthèses : « sauf peut-être « Douce »… »

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