Hrafninn flýgur (Hrafn Gunnlaugsson, 1984)

Pendant le haut Moyen-Age, un Irlandais chrétien va en Islande pour se venger des Vikings ayant massacré sa famille.

Ce titre majeur du cinéma islandais n’est guère plus qu’une succession de sanguinolentes tueries à l’arme blanche qu’une mise en scène pauvre et kitsch fait souvent pencher vers le ridicule. Si Tarantino connaissait Hrafninn flýgur (en Français: Le vol du corbeau), gageons qu’il le citerait à tout bout de champ.

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La montre brisée (Victor Sjöström, 1920)

Sa famille annule le mariage d’une fille de propriétaire terriens avec son fiancé une fois retrouvé ivre.

C’est la suite de La voix des ancêtres. On retrouve les carrioles, les chapeaux ronds, les mœurs simples et rigides et, globalement, une justesse dans la peinture de la communauté puritaine qui est peut-être une des raisons pour lesquelles la MGM confia au grand cinéaste suédois l’adaptation de La lettre écarlate. Le déroulement du récit est plus attendu que dans le foisonnant précédent volet mais la mise en scène de Victor Sjöström incarne ce récit dans les austères intérieurs scandinaves avec précision et inventivité. Souvent, il restitue les oppositions dramatiques entre protagonistes en découpant l’espace d’une image suivant la profondeur de champ. Dit autrement: le style du maître annonce ici l’antépénultième plan du Parrain.

Coeur fidèle (Jean Epstein, 1923)

Une orpheline amoureuse d’un brave garçon est enlevée par un marlou…

Ce pseudo-classique du cinéma muet français n’est en réalité qu’un poussiéreux mélodrame saupoudré de fatras avant-gardiste. Outre le scénario d’un schématisme caricatural, la direction d’acteurs est particulièrement déficiente. Léon Mathot, qui a prouvé plusieurs fois qu’il était un bon comédien, dessert son personnage de brave garçon tant l’expression de sa candeur confine à la niaiserie. Le découpage « impressionniste », ne laissant guère le temps aux plans, paraît aujourd’hui plus hasardeux qu’autre chose (pourquoi tous ces raccords dans l’axe?).

Deux séquences se distinguent par l’ostentation de leur montage. Dans l’une (la fameuse fête foraine), le déferlement d’images, imprécis et sans objet, tourne à vide tandis que l’autre est la seule bonne scène du film puisque la virtuosité formelle y est intimement liée à l’évolution émotionnelle d’un personnage (le méchant qui prend conscience qu’il est trompé pendant un concert de rue). N’était ce passage où la réalisation est -brillamment- expressive, Coeur fidèle aurait été épouvantable de bout en bout.

Jeanne au bûcher (Roberto Rossellini, 1954)

Venant d’être brûlée, Jeanne revoit plusieurs moments-clés de sa vie.

Après l’avoir dirigé au théâtre, l’ancien pape du néoréalisme a filmé le mystère de Paul Claudel et Arthur Honegger. La quasi-quadragénaire Ingrid Bergman n’est guère crédible en pucelle mais la mise en avant des artifices de mise en scène les plus élémentaires insuffle à Jeanne au bûcher une poésie primitive où temps et espace sont comme abolis. Eric Rohmer a dû se souvenir de cette drôle de chose, qui rappelle Méliès et Les contes d’Hoffman de Powell/Pressburger, lorsqu’il a tourné Perceval le Gallois.

Rivaux (Under pressure, Raoul Walsh et Irving Cummings, 1935)

A New-York, deux équipes rivales percent un tunnel sous la mer…

Les quelques notations documentaires (ainsi des risques de malaise encourus par les ouvriers lorsqu’ils remontent à la surface) sont ce qu’il y a de plus intéressant dans ce digne et conventionnel petit film à la gloire des perceurs de tunnel.

La Belle Nivernaise (Jean Epstein, 1924)

Un enfant des rues est recueilli par un marinier.

Le cachet réaliste procuré par les décors naturels autour de la Seine ne camoufle pas longtemps les poncifs qui régissent cette adaptation d’Alphonse Daudet. Pourquoi les cinéastes de l’avant-garde française, tout en professant un certain mépris de la fonction narrative du cinéma, s’encombraient-ils si souvent des scénarii les plus bassement mélodramatiques? D’autant qu’ici, loin de détourner ou de transcender les écueils de son script bancal, Jean Epstein y saute à pieds joints comme par exemple lorsqu’il étire au-delà du raisonnable une bagarre sans intérêt entre le gentil et le méchant (dont les motivations sont pour le moins floues). Les jeunes acteurs, plutôt hideux, n’aident pas non plus à l’identification.

Les soeurs Munakata (Yasujiro Ozu, 1950)

Leur père malade, une jeune fille s’installe chez sa soeur aînée qu’elle pense mal mariée.

Ozu filme les personnages entrain de commenter l’action plus qu’entrain de la vivre. Le systématisme du champ-contrechamp, dont il use et abuse, accroît l’ennui généré par son scénario théâtral. Philosophiquement parlant, ce style morne est au service d’un morne fatalisme.

Ceci dit, les actrices sont bien (évidemment) et il y a quand même quelques moments, notamment ceux où la caméra est placée sur le côté du visage d’une femme prenant conscience d’une nouvelle venant de lui être annoncée, qui, d’une façon purement visuelle, laissent entrevoir la portée universelle de ce drame étriqué et étiré.