L’île perdue/La femme du bout du monde (Jean Epstein, 1937)

Sur une île près de l’Antarctique, des marins partis chercher du radium tombent sous le charme d’une femme qui tient un bar avec son mari et son fils.

Une sorte de baudruche filmique. Le film aurait été considérablement mutilé (au point de changer de titre) et cela se voit car toutes les intrigues se résorbent (plus qu’elles ne se résolvent) subitement après environ 50 minutes de projection. Le récit de ces marins qui tombent sous le charme d’une sirène des temps modernes est a priori original et intéressant mais manque singulièrement de substance. De plus, la pauvreté des décors (dont Epstein plasticien ne fait pas grand-chose) va de pair avec la pauvreté narrative et accentue l’abstraction de ce qui nous est montré. La distribution est inégale: Le Vigan en armateur avide nous gratifie d’une composition délectable mais le Parisien Paul Azaïs imite l’Alsacien Pierre Fresnay lorsqu’il imite les Marseillais et ce n’est pas très probant. Néanmoins, La femme du bout du monde garde un certain charme nostalgique, charme qui se matérialise pleinement dans les flash-backs bizarres et folkoriques insérés par Jean Epstein lorsque « la femme du bout du monde » chante des airs bretons.

2 commentaires sur “L’île perdue/La femme du bout du monde (Jean Epstein, 1937)

  1. Je serais curieux de connaître votre avis sur Coeur fidèle.

    Le découvrir récemment à la cinémathèque m’a quelque peu agacé (mais peut-être était-ce d’abord le consternant nappage musical à l’accordéon). J’y ai retrouvé, malgré ce qu’on peut lire ici ou là sur son soi-disant classicisme, tout ce que je n’aime pas dans les autres films d’Epstein, à savoir la dilatation de l’action au bénéfice de l’expérimentation plastique. Difficile de voire autre chose, dans ces « expérimentations », que des naïvetés de découpage, hélas pas disparues avec les années 20 : les deux procédés principaux d’Epstein (abus du gros plan expressif et jeu sur la subjectivité de la vision) semblent particulièrement artificiels et lourds à un habitué de la parcimonie de Rohmer ou Mizoguchi (cf. pour mémoire l’unique gros plan – plus ou moins conclusif – de Zangiku monogatari). Ajoutons-y un canevas de mélodrame éculé et la performance mono-corde de l’acteur principal en chien battu…

    Je considère par ailleurs l’intégralité des films de cette fameuse avant-garde française à peu près sans intérêt, même en y incluant des cinéastes (Chomette, par exemple, ou certains Dulac tardifs) qui décidèrent, plus sagement, de se passer totalement de la narration qui les encombrait. Qu’il y ait parfois, dans les films d’Epstein, un peu plus d’air respirable qu’ailleurs (quoique souvent encombré d’un poétisme toc – manies d’une époque pas encore guérie du symbolisme), fait que je continuerai malgré tout à aller les voir, mais ce que vous dites de ses film plus commerciaux n’incite pas à la confiance.

  2. Bonjour cher Ronald,

    Ce que vous dites de Coeur fidèle rafraîchit nettement mon envie d’aller le voir dimanche prochain! Néanmoins, je n’y manquerai pas car cela reste un classique. Surestimé ou pas, je jugerai sur pièce. Je ne manquerai pas ensuite d’écrire deux trois phrases dessus.

    Je partage globalement vos réserves sur le frère de Marie, comme vous avez pu le voir dans mes autres notes et comme vous allez continuer à le voir (j’ai aussi été voir la belle Nivernaise dont je devrai vous entretenir d’ici la fin de la semaine-c’était décevant).
    Néanmoins, je retiens un chef d’oeuvre: La chute de la maison Usher. Sur celui-ci, j’ai vraiment trouvé une adéquation parfaite entre les trouvailles poétiques, l’inspiration plastique et le récit. Qu’en pensez-vous?

    Sur l’Avant-garde en général, j’ai quelque peu révisé ma position d’il y a quelques années.
    D’abord, même si les films sont mauvais, force m’est de constater que les expérimentations de ces cinéastes n’ont pas été toujours été stériles et ont parfois nourri l’art d’autres cinéastes. Exemple typique: El Dorado de L’Herbier, film épouvantable par bien des aspects, mais dont les innovations en matière de montage (loin d’être « gratuites ») sont rentrées dans la vulgate classique.
    Ensuite, ces gens-là pensaient et écrivaient, ce qui me les rend assez sympathiques. La culture symbolisto-romantique de la génération des L’Herbier et des Gance n’est pas la mienne mais les critiques de Louis Delluc, aussi claires et tranchantes que ses films sont amphigouriques, comptent parmi les plus stimulantes qui soient.
    Enfin, il y a Abel Gance. Il surpasse cette avant-garde (dont il est d’ailleurs lui-même l’avant-garde puisqu’il a à peu près cinq ans d’avance sur ses collègues) mais on ne peut l’en isoler. Et c’est pour moi un des plus grands cinéastes du monde. La roue, que j’ai revu il y a peu, est un éblouissant chef d’oeuvre, quelle que que soit la légitimité des réserves que l’on puisse émettre à son propos. Sa force poétique reste vivace (peut-être -c’est mon hypothèse- parce qu’il était plus soucieux de narration que ses collègues).

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