Me and my gal (Raoul Walsh, 1932)

Un policier new-yorkais est entiché d’une jeune fille dont la soeur est la maîtresse d’un bandit en cavale…

Petit film assez sympathique qui, après une première partie grouillante de vie avec des personnages multiples dont certains sont pris entre deux feux, a quand même vite fait de retrouver les rails de la convention.

Publicités

Dédé (René Guissart, 1934)

L’épouse d’un marchand de chaussures en difficulté tombe dans les bras d’un riche noceur pour que celui-ci rachète le magasin de son mari…

C’est l’axe central autour duquel les auteurs ont, avec adresse et élégance, noué une kyrielle d’intrigues, faisant se croiser mauvais garçons, bourgeois, danseuses, fils à papa et petites employées. Ce vaudeville est de surcroît alimenté par une multitude de trouvailles fantaisistes, tel ce tapeur transformé en gérant qui a l’idée d’employer des danseuses des Folies-Bergères pour vendre ses chaussures. Le rythme vif sans être épuisant, l’abattage d’Albert Préjean, la verve vacharde des dialogues, l’humour des seconds rôles, l’ampleur quasi « busby-berkeleyienne » des chorégraphies (trait assez extraordinaire dans le cinéma hexagonal) et, bien sûr, la gaieté entraînante des chansons font déjà de Dédé un réjouissant archétype de comédie française des années 30, le genre où la richesse d’invention ne le cédait en rien à l’efficacité du spectacle. Mais il y a une cerise sur la gâteau: c’est la franche gaillardise qui accommode adultère et happy end, c’est l’érotisme égrillard qui montre Danielle Darrieux, alors tout juste nubile, en guêpière transparente. Cette liberté de ton augmente encore la puissance de l’euphorisant Dédé jusqu’à l’apparenter à un véritable antidépresseur.

Monsieur Merci (Hiroshi Shimizu, 1936)

Un autocar traverse la campagne japonaise pour emmener à Tokyo une geisha, un homme pressé, une mère qui veut vendre sa fille et d’autres voyageurs…

Un authentique chef d’œuvre méconnu. Outre que Monsieur Merci satisfait à TOUS les critères de l’esthétique néo-réaliste qui a fait se pâmer la critique européenne dix ans après sa sortie (dramatisation ténue, tournage en extérieurs, évocation d’un contexte économique difficile, naturel des acteurs…),  il demeure un enchantement de par sa tonalité, si originale et si attachante. En effet, la crise économique qui met les garçons au chômage et oblige les mères à prostituer leurs filles est omniprésente au cours de ce voyage mais le génie de Shimizu est d’envelopper ces thèmes sordides avec une grâce souriante qui n’a rien à envier à un Leo McCarey.

Bien sûr, il y a d’abord la pudeur propre aux Japonais des années 30 qui ne sauraient évoquer la marchandisation des corps autrement qu’avec des litotes, ce qui, d’emblée, confère une belle dignité aux personnages féminins. Mais il y aussi la large place accordée aux travellings sur des montagnes ensoleillées, la musique guillerette de Jôkô Saoto et, plus globalement, une atmosphère pleine de gentillesse; « Monsieur Merci » étant d’ailleurs le surnom du chauffeur de car remerciant les gens qu’il croise sur la petite route et le laissent passer.

La narration est aussi libre que celle des road-movies de Kiarostami et le moindre protagoniste apparaissant deux minutes à l’écran est filmé avec une justesse de ton qui le charge d’un grand poids d’humanité. Ainsi de la jeune femme qui, après avoir couru après le car, le rattrape au milieu de nulle part et demande au chauffeur de fleurir la tombe de son père car elle n’aura pas le temps de s’y rendre à cause de son travail. En un raccord, la caméra s’éloigne du bus, inscrivant les personnages dans des paysages grandioses et insufflant par-là même un parfum d’éternité au drame intime de la jeune femme.

Parmi les personnages principaux, on se souviendra longtemps de la sublime femme solitaire jouée par Michiko Kuwano. Au-delà de toutes les catégories morales, sociales et dramatiques, elle est digne des héroïnes de Naruse. Ha, l’image de ses ronds de fumée passant devant le visage du fonctionnaire mi-agacé mi-charmé! Qu’elle en dit long sur les doux rêves enfouis de la petite bourgeoisie…

Quoique durant moins de 80 minutes, Monsieur Merci se ménage de beaux moments suspendus tel cette scène qui montre les voyageurs faire une pause en pleine nature et s’amuser à lancer des pierres dans un ravin. Par la précision de son découpage, Shimizu esquisse alors le début de relations aussi subtiles que touchantes entre ses personnages. Tout le film est nimbé de cette légèreté lumineuse,  animé par une patte vive et bienveillante qui, jamais, ne s’appesantit.

Qui a tué le chat ? (Luigi Comencini, 1977)

Un frère et une soeur qui ne peuvent pas se voir cherchent à se débarrasser de tous les locataires de leur immeuble pour pouvoir ensuite le vendre.

Comédie italienne particulièrement outrancière et assez mal fichue en termes de narration, la partie policière arrivant comme un cheveu sur la soupe.

Real life (Albert Brooks, 1979)

L’histoire de An american family, programme télévisuel qui montrait une famille américaine filmée toute la journée par les équipes de PBS.

Très bonne comédie qui brocarde l’aspiration au fameux quart d’heure de gloire ainsi que le cynisme des faiseurs de télé.  Avec une certaine jubilation, Albert Brooks pousse la satire envers la famille américaine modèle jusqu’au malaise. Il ne se contente pas de la moquerie et, ainsi que le montre l’ambivalence du producteur de l’émission, un type bienveillant, roué et finalement cinglé, atteint à une certaine profondeur dans l’évocation de la télé comme miroir grossissant des maladies de la société contemporaine. L’interprétation de l’auteur dans le rôle principal est excellente.

Le chemin du Paradis/Die drei von der Tankstelle (Wilhelm Thiele, 1930)

Mis à la porte par leur bailleur, trois amis ouvrent une station-service.

Incommensurable nullité de cette comédie musicale allemande qui non seulement est dénuée de toute consistance dramatique, déroulant laborieusement un semblant de récit archi-prévisible, mais qui est de surcroît mise en scène avec une rigidité qui coupe court à toute velléité d’entrain. Fred Astaire a définitivement ringardisé cet immense succès des débuts du parlant et ce n’est que justice.