Extra dry (Lightnin’, John Ford, 1925)

Un vieux couple qui tient un hôtel sur la frontière entre la Californie et le Nevada reçoit une offre de financiers véreux…

D’un scénario ficelé à la va-comme-je-te-pousse à partir d’une pièce de théâtre, le jeune Ford a tiré une oeuvre éminemment personnelle qui annonce sa trilogie avec Will Rogers et Le soleil brille pour tout le monde. Il y a de nombreuses intrigues, parfois liées par de gros raccourcis, mais l’accent est mis sur la relation entre les vieux époux. Face à une femme industrieuse et puritaine, l’auteur marque sa sympathie pour le héros indolent et alcoolique ironiquement surnommé « Lightnin' ». Plusieurs gags burlesques tournent autour de la bouteille et la Prohibition, alors en vigueur, est explicitement moquée. Là où Ford est grand, c’est que son regard sur les personnages ne se limite pas à cette complaisance drôlatique mais qu’au fur et à mesure du déroulement du film, la mélancolie (inhérente à l’alcoolisme) affleure, le fossé entre deux amoureux se fait jour. Magnifique scène, si fordienne, où Lightnin’, inapte à convaincre sa femme de la rapacité de leurs interlocuteurs, part se réfugier dans un asile d’anciens combattants.

Il ne s’agit pas uniquement pour le grand cinéaste catholique de brocarder le rigorisme WASP car, dans un mouvement dialectique, l’exaspération de la femme est justifiée. A part peut-être dans la scène du tribunal un peu longuette (mais les scènes de tribunal dans les films muets sont toujours trop longues), la cocasserie équilibre perpétuellement la sentimentalité, signe de l’exquise pudeur du cinéaste. C’est particulièrement sensible dans la scène où, une fois son époux parti, l’épouse contemple le tableau de leur mariage. Avant qu’elle ne se laisse aller à la tristesse, elle s’exclame: « même le jour de notre mariage, il était assis! ». L’excellente interprétation du vétéran Jay Hunt -entre Will Rogers et Charles « Chic » Sale- est à l’avenant de la vision tendre, amusée et compatissante du metteur en scène. Précisons enfin que ce film est magnifiquement éclairé par Joseph August, que certains plans en extérieur ont déjà la beauté des films Fox des années 40 (Qu’elle était verte ma vallée, La route du tabac).

Lightnin’ est ainsi le genre de petite merveille d’humanité chaleureuse qui justifie pleinement l’exploration en profondeur de l’oeuvre immense de John Ford.

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