Les grands fusils (Duccio Tessari, 1973)

Un tueur de la mafia désirant raccrocher voit sa famille assassinée par ses commanditaires et cherche alors à se venger.

Sanglant polar européen dynamisé par de trépidantes courses-poursuites. Le jeu sobre et tragique d’Alain Delon, à l’avenant d’une mise en scène qui sait se faire pudique (voir l’ellipse de la cabane), insuffle une touchante vérité humaine au drame de convention. En dépit de la modestie de ses ambitions et d’un rythme inégal dû à une narration un peu redondante, Les grands fusils est un bon film, préférable à des Delon plus célébrés, tel Le samouraï. A découvrir.

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16 commentaires sur “Les grands fusils (Duccio Tessari, 1973)

  1. bonjour Christophe, il me semblait que Le Samouraï était un de vos films préférés non ?
    Sinon, de joyeuses fêtes !

    • Pendant longtemps c’est vrai mais je l’ai revu cette année et j’ai trouvé tout ça assez vain (le loup solitaire tout ça…ça peut fasciner les ados mais bon) et contenant des facilités gênantes pour une mise en scène qui se veut un modèle de rigueur (ex: le combat sur le pont filmé en plan large, ce qui permet d’éluder à bon compte la difficulté dramatique).

      Joyeuses fêtes à vous aussi!

  2. ça tombe bien parce que je suis d’accord avec vous. Avec le recul, les polars de Melville (que j’ai pu admirer à une certaine époque) me paraissent creux, tristounets et plan-plan comme pas deux là où ils se voudraient rigoureux, stylisés, sophistiqués. Honnêtement, que reste-t-il du Samouraï et du Cercle Rouge aujourd’hui ? Deux monuments d’ennui académique pour reprendre un terme cher à Tavernier. Je vais tout de même tempérer mes propos avec Le Deuxième Souffle qui m’avait assez plu et se réclame davantage du polar classique « à la française » (Du rififi chez les hommes, Touchez pas au grisbi). C’est peut-être son film le moins prétentieux. Bon c’est pas le tout, je m’en vais revoir le fabuleux Règlements de comptes de Lang en blu-ray !

      • Connaissez vous la critique du Samouraï par Narboni parue à l’époque dans les Cahiers? Elle est dure mais assez juste.
        Il est étrange qu’aujourd’hui ce film soit considéré comme un classique de façon UNANIME.

        Dotant du hiératisme Nô une oeuvre qui avait déjà introduit la tragédie grecque dans le film policier français à l’américame, Melville poursuit dans la voie royale du cosmopolitisme sur fond d’éternité. On mesure, devant les « balançoires » critiques qu’elle permet, de droite à gauche, le mal qu’a pu faire certaine phrase de Malraux sur Faulkner, Si la pénible amitié entre tueurs nous est ici épargnée, reste que le grand T de tragédie affecté à Truand n’est pas sans abusivement majusculer. D’autant plus que — si la couleur est maîtrisée, les cadrages soignés et la filature dans le métro réussie— trop d’erreurs viennent entacher, à l’intérieur même d’un discutable propos, la facture du film, pour que nous cédions au cliché du « travail d’orfèvre sauvant la faiblesse du discours».
        1) Faiblesses dans le scénario d’abord qui, tablant sur la trop fameuse vocation phénoménologique du cinéma et le « mystère » des comportements se permet tous les arbitraires, toutes les invraisemblances et tous les à-peu-près, jusqu’à
        sombrer dans le grandiloquent sobrement puéril.
        2) Dans la mise en forme ensuite, lourdement insistante (cf. la sortie de la boite de nuit, se voulant furtive — avec son pesant découpage sur les témoins), ou s’épargnant toutes les difficultés (bien que le film se veuille l’observation attentive, fidèle et minutieuse d’un tueur hyperadroit, dès que celui-ci est en danger, un facile raccord élide tout problème d’adresse ou de rapidité à tirer, pratiquant donc sur la victime un assassinat par coupe)
        Ajoutons que le seul élément véritablement émouvant du film réside en Delon, persuadé semble t-il, de tenir le rôle de sa vie.

      • je ne connaissais pas, merci. C’est édifiant et malheureusement de loin pas le seul exemple d’œuvre critiquée à l’époque mais bénéficiant aujourd’hui d’une estampille sacro-sainte de la part des cinéphiles: je pense à la Nouvelle Vague, le western spaghetti, les Parrain, etc. il y avait des lots équitables de « pour » et de « contre » à leur sortie, ce qui rendait les discussions beaucoup plus intéressantes. Aujourd’hui, oser nuancer le concert de louanges à l’égard de l’un ou l’autre revient à se prendre une systématique volée de bois vert. Prenons le western (je m’écarte un peu du sujet mais qu’importe): aujourd’hui, s’il tient encore sur un orteil, il doit être automatiquement orienté « post-moderne » (en gros, depuis Leone et Peckinpah) et jouer à 200% sur le style au détriment de toute substance. Des mecs comme Tarantino sont grandement responsables de ça. Je serai toujours un fan de Leone et pour être franc Django Unchained m’a bien diverti mais c’est du vent comparé à la richesse du western classique tel que le représentaient Hawks, Mann, Boetticher ou Wellman. Le cynisme et la facilité l’ont emporté mais qui sait, peut-être un jour célébrera-t-on à nouveau l’épure et l’importance d’une bonne « dramaturgie »…

      • exactement. Il y a aussi Bresson, dont la critique de Pickpocket par Michel Mourlet lisible dans son recueil « Sur un art ignoré » montre bien qu’à l’époque, il divisait. Même Truffaut, grand défenseur, a admis avoir été revoir le condamné à mort pour vraiment l’apprécier. Aujourd’hui, il est de bon ton pour le premier tocard de la cinéphilie venu de clamer son amour pour Bresson, comme si aimer Bresson ALLAIT DE SOI.

  3. je ne déteste pas tout Bresson (Mouchette est vraiment un beau film) mais dans l’ensemble son cinéma me donne l’impression de quelque chose qui manque totalement de chair, d’un mec à qui on aurait coupé les testicules. Son idée de « dogme » entendue çà et là dans des interviews me paraît d’un crétinisme absolu.

  4. après, il est vrai que c’est aussi le rôle du temps que d’apaiser les querelles et de dégager un consensus autour des classiques.
    Mais j’ai aujourd’hui l’impression que le seul maître qui règne est le relativisme.

    • vous entendez par là qu’aujourd’hui la tendance est au relativisme ? Ce n’est pas tellement un mal pour ma part car ça permet d’éviter les mauvaises surprises en revoyant des films qu’on aurait porté au pinacle la première fois et vice versa.

      • oui, la méfiance envers le simple concept de hiérarchie des oeuvres et l’absence d’échelle commune de valeurs pour juger ces oeuvres.

  5. Bon, c’est bien beau tout ça les copains, mais à critiquer « Le cercle rouge » et « Le samouraï », va falloir vous sortir les doigts et nous sortir quelques titres incontournables selon vous dans le style « je filme des morts ». Parce qu’à détruire des icônes, vous m’avez alléché.

  6. C’est vrai que question filmer des morts, des vrais, Melville et Bresson déchirent leur mère. Laissons-leur ça.

  7. Sinon dans une veine beaucoup moins prétentieuse mais nettement plus efficace, je ne peux que vous recommander le classique de Romero: Night of the Living Dead.

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