Le contrôleur des wagons-lits (Richard Eichberg, 1935)

En 1900 chez un patron de firme automobile, un inventeur amateur rencontre une jeune fille se faisant passer pour une comtesse…

Une succession de quiproquos qui manque malheureusement d’étoffe. Dialogues, montage et mise en scène n’ont pas le piquant, le rythme et l’imagination du formidable Dédé de Guissart. On retiendra quand même le charme infini de la jeune Darrieux en bas résille et l’amusant cabotinage de Alice Tissot.

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Tcheriomouchki, quartier des cerises (Gerbert Rappaport, 1962)

En URSS, de jeunes couples s’installent dans un nouveau quartier…

Adaptation cinématographique de la seule opérette de Chostakovitch. Il y a des chansons entêtantes mais comment ne pas être atterré devant cette conception du « rêve soviétique »: des cités d’immenses blocs de béton dont l’architecture a inspiré nos trop fameux grands ensembles. Le décalage entre le film et le spectateur est accentué par une mise en scène kitschissime: couleurs hideuses et transparences encore plus visibles que chez Hitchcock.

C’est la faute à Rio (Blame it on Rio, Stanley Donen, 1984)

En vacances à Rio, un quadragénaire est séduit par la fille de son meilleur ami.

Le dernier film en date du grand Stanley Donen est un remake de Un moment d’égarement. Le naturalisme parfois sordide de Claude Berri cède ici la place à un ton plus franchement comique et à une mise en scène plus colorée. Le récit n’en reste pas moins insignifiant et peu crédible, d’autant moins crédible que l’ajout le plus significatif des scénaristes américains consiste en des péripéties artificielles et larmoyantes pour résoudre le dilemme dans l’unanimisme. Médiocre.

La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977)

Un jeune Italo-Américain de Brooklyn s’échappe de son triste quotidien lorsqu’il brille sur les pistes de danse…

Le contexte social n’est pas le décorum d’une énième apologie du rêve américain mais imprègne les actions des protagonistes jusqu’à la fin du film. La fièvre du titre n’est jamais qu’une sorte d’hédonisme glauque permettant tout juste aux prolos fils d’immigrés d’oublier temporairement le déterminisme qui pèse sur eux. Des scènes très crues de viol collectif sont intégrées aux virées de la bande sans être dramatisées outre-mesure, ce qui montre qu’elles font partie de son quotidien. Les possibilités de « s’en sortir » sont montrées comme illusoires et frelatées (concours de danse truqué).

A côté de cette fatalité sociale, une vitalité intimement liée à la jeunesse des personnages parcourt toute l’oeuvre et lui interdit de sombrer dans le pessimisme total. C’est bien sûr flagrant dans les séquences de danse dont le découpage, à l’exception d’une poignée de gros plans malvenus, met bien en valeur la grâce de Travolta danseur. De plus, la merveilleuse musique des Bee Gees ouate les images de la même façon qu’une crème Chantilly peut adoucir l’amertume d’un café italien. Enfin, John Badham filme les instants romantiques aussi franchement que les instants violents. Il sait s’identifier à la candeur de ses héros, comme dans cette belle scène du pont de Brooklyn dont la composition visuelle sera pompée par Woody Allen pour son célébrissime plan de Manhattan. Une excellente idée est que l’histoire d’amour latente entre les deux personnages principaux ne soit -à l’exception d’un malheureux baiser de convention sur la piste de danse- jamais concrétisée en raison de tout ce qui les sépare, socialement et psychologiquement. Ainsi, la fin émeut par sa justesse de ton.

Karen Lynn Gorney est fort mignonne et le magnétisme de John Travolta est, de même que son expression d’une sensibilité à fleur de peau, plus intense qu’il ne l’a jamais été depuis. On comprend avec une évidence éclatante pourquoi ce très beau film, quelque part entre Mean streets et le premier Rocky, a fait de lui une star.

Des filles pour l’armée (Valerio Zurlini, 1965)

En 1941, un jeune soldat italien est chargé de conduire des prostituées grecques vers un bordel militaire.

Le soldatesse, titre original, aborde donc un aspect de la guerre peu traité au cinéma. En suivant un convoi de prostituées dans un pays dévasté, il raconte comment, dans les conditions les plus sordides qui soient, le désir, les sentiments et la vie tentent de reprendre leurs droits avant de définitivement s’effacer devant les manifestations les plus horribles de l’Occupation. D’où une émouvante dialectique qui évite toute lourdeur dénonciatrice alors que le film s’avère in fine un des réquisitoires les plus sombres et les plus implacables contre les guerres d’agression. Le raffinement de la mise en scène va de pair avec une distance pudique qui nuance et explique la conduite des personnages les plus apparemment ignobles.

Typiquement zurliniens, les nombreux plans larges où deux visages juvéniles sont côte à côte face à la caméra, l’un légèrement en retrait, et éclairés par les beaux contrastes de Tonino Delli Colli situent les personnages hors de leur environnement immédiat et donnent une résonance élégiaque au drame qui est le leur. Les dialogues généralistes dénotent une certaine théâtralité de l’écriture mais sont parfois sublimes. Ils accentuent ce côté « hors du temps » de la mise en scène avant la dernière partie, avant que la réalité de la guerre ne reprenne ses droits sur les états d’âme de héros mélancoliques. L’interprétation dans son ensemble est d’une parfaite justesse.

Incisif, délicat et profondément singulier, Des filles pour l’armée est bien un film du plus secret des grands auteurs italiens.