A l’ombre des potences (Run for cover, Nicholas Ray, 1954)

Par affection pour un jeune homme fougueux qui lui rappelle son fils décédé, un cow-boy solitaire s’installe dans une ville où il est choisi comme shérif…

Si le thème de l’histoire fait penser à d’autres films de l’auteur, il n’est pas étonnant que A l’ombre des potences soit aussi peu considéré aujourd’hui lorsqu’on se rappelle la filmographie de Nicholas Ray. En effet, la mise en scène, empesée par la lourdeur propre aux westerns Paramount, est dénuée du lyrisme plastique de Amère victoire, La fureur de vivre et autres Maison dans l’ombre. Les conventions y sont mal digérées. Après un début intéressant, le scénario dilue sa ligne dramatique principale dans des péripéties plus artificielles les unes que les autres. Ainsi, l’histoire d’amour, qui rappelle à plusieurs égards My darling Clementine, n’a aucune crédibilité faute du génie idyllique d’un Ford pour la sublimer. Un fait, pas si anecdotique que ça lorsqu’on se rappelle l’importance de la poussière dans les westerns de John Ford, en dit long sur le manque de conviction du metteur en scène: l’état toujours impeccable du brushing des acteurs même lorsque leurs personnages sont censés dormir à la belle étoile après plusieurs jours de chevauchée dans le désert. L’effet de réel, si important dans le genre, est anéanti sans pour autant être remplacé par une somptuosité baroque façon Johnny Guitar. Ne sachant visiblement que faire du VistaVision comme des paysages grandioses et insolites à sa disposition, Nicholas Ray a signé un film pas franchement mauvais mais académique. Ce sont James Cagney, impeccable, et le fond commun mythologique du genre qui parviennent à maintenir l’intérêt du spectateur pour les inepties qui lui sont racontées.

6 commentaires sur “A l’ombre des potences (Run for cover, Nicholas Ray, 1954)

  1. Yo ! Pas vu le film, mais une curiosité sur « la lourdeur propre aux westerns Paramount » : de quoi s’agit-il ? Ça concerne les années 50 en particulier, c’est plus large ? (je suis très mauvais en traits spécifiques à chaque studio classique, du coup ça m’intéresse toujours).

    • salut Tom!
      je vais t’expliciter MON point de vue.
      Cela concerne essentiellement les années 50 parce qu’auparavant, la Paramount, pour moi, c’est surtout le studio de Lubitsch et de Marlene, le studio d’une certaine sophistication européenne (et aussi le studio de DeMille).
      De tête, ce n’est qu’à partir des années 50 qu’ils ont commencé à faire pas mal de westerns.
      Des westerns dans lesquels, peut-être pour ennoblir leur production, l’opulence des décors et accessoires allait de pair avec une certaine lourdeur dans la narration, à l’opposé des vertus de sécheresse et de concision ordinairement attachées aux fleurons du genre (la quintessence étant la série d’Anthony Mann à Universal). L’exemple typique de cette facture Paramount, ce sont les productions d’Hal Wallis réalisées par John Sturges: Le dernier train pour Gun Hill, Réglements de compte à OK Corral.

      • Ok, merci beaucoup ! (effectivement, je connaissais de Paramount que le côté « studio de l’élégance » que tu évoques, pas la suite).

      • Reste que le cycle Mann est souvent superbe sur le plan de la photographie, notamment l’utilisation de la couleur (je pense à L’Appât, Les Affameurs, Je suis un aventurier ou encore L’Homme de la plaine… le plus marrant c’est que ces films ont tous un chef-op différent mais chacun a fait un travail formidable).

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