La menace (Alain Corneau, 1977)

Un chauffeur de poids-lourds renverse une machination orchestrée contre sa maîtresse…

Polar qui met l’accent sur l’intrigue, diabolique. Même si le rythme manque parfois de tension, la narration -ici hégémonique- est bien menée. L’ironie pessimiste de la fin est d’une rare puissance. Ce n’est pas encore aussi maîtrisé que Série noire ou Le choix des armes mais on sent le style d’un talenteux auteur de polar entrain d’éclore.

A cheval sur le tigre (Luigi Comencini, 1961)

Un sympathique demeuré est entraîné par trois criminels dans leur évasion…

La première partie, dans la prison, est assez rébarbative. Aussi bien en termes visuels qu’au niveau de la caractérisation des protagonistes, elle manque de nuances et de variété. Ce type de traitement n’incite guère à s’intéresser à un personnage de demeuré. C’est dans la deuxième partie que A cheval sur le tigre s’étoffe considérablement jusqu’à atteindre, par le jeu de la dialectique dramaturgique, une grandeur dans l’humanisme douloureux qui rappelle que c’est bien Luigi Comencini derrière la caméra.

Je la connaissais bien (Antonio Pietrangeli, 1965)

Une ouvreuse de cinéma tente de devenir actrice en fréquentant les milieux mondains…

La confusion du découpage, l’absence de progression dramatique et la distance entretenue par l’auteur vis-à-vis de personnages fondamentalement inintéressants expliquent sans doute pourquoi cette pâle vulgarisation de La dolce vita est tombé dans un oubli aussi profond que juste.

L’inassouvie (Dino Risi, 1960)

Un dandy désabusé s’entiche d’une actrice de péplum…

La transformation d’un cynique au contact d’une fille de peu est joliment appréhendée dans ce drame pas du tout comique. L’interprétation de Peter Baldwin, idéal mélange d’élégance et d’inconsistance mondaine, sied parfaitement au rôle principal tandis que la virtuosité de Dino Risi (pertinence de l’utilisation des panoramiques, de l’écran large et des contrastes) restitue les personnages et les lieux (baie de Capri, rues de Rome) avec souplesse et précision. On regrettera cependant la dernière partie qui voit le récit évoluer en un drame de la jalousie attendu et légèrement répétitif.

L’amour en quatrième vitesse (Viva Las Vegas, George Sidney, 1964)

A Las Vegas, deux coureurs automobiles tombent amoureux d’une maître-nageuse…

George Sidney ne se donne pas la peine de faire croire aux niaiseries qu’on lui a demandé de raconter (le scénario est particulièrement nul)  mais cadre bien les scènes de danse et concocte de jolies couleurs. Evidemment, il y a de bonnes chansons (excellente interprétation de What I’d say) mais Elvis ne se révèle pas un grand acteur.

Les complexés (Dino Risi, Franco Rossi et Luigi Filippo D’Amico, 1965)

Trois sketches:

  • Un employé timide tente de séduire une collègue durant une journée de patronage
  • Un notable devient fou lorsqu’il apprend que sa femme a tourné dénudée dans un péplum
  •  Un homme extrêmement brillant mais doté d’une dentition chevaline postule pour présenter le JT

Le premier sketch s’étiole après un début prometteur, le deuxième est trop long et le troisième, avec un grand Alberto Sordi, est le plus drôle et le plus délirant.

Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

A Alger, un pied-noir brutal et violent voit sa vie ébranlée lorsque sa nièce s’entiche d’un locataire aux origines mystérieuses…

Inspiré par un matériau d’une toute autre teneur que celle de ses habituelles galéjades, André Hugon s’est ici surpassé. L’amour interdit que porte une brute à sa nièce nourrit une tragédie déroulée avec une implacable finesse dialectique. Entre autres, il faut voir la séquence où Sarati craque pour réaliser combien Hugon peut exceller à la mise en scène. Justesse des travellings, poésie discrète du cadre, chair dénudée de Jacqueline Laurent et, bien sûr, infinité des nuances de Harry Baur, concourent à une exceptionnelle richesse d’évocation: tendresse, douleur et horreur sont inextricablement mêlées avec un tact et une audace qui étonnent de la part de l’auteur de Romarin. Harry Baur, immense, beaucoup moins cabotin qu’il ne l’a été, trouve ici ce qui est peut-être son plus beau rôle. En somme, Sarati le terrible est un parfait équivalent français aux mélos tordus de Tod Browning avec Lon Chaney. Grand.

Backfire (Gilbert Cates, 1988)

La jeune épouse d’un riche playboy traumatisé par la guerre du Viet-Nam le pousse à se suicider…

Backfire est un thriller essentiellement constitué de conventionnels moments à suspense jouant sur l’immensité de la maison. Ce n’est pas gênant dans la mesure où d’une part, ces séquences angoissantes sont mises en scène avec une efficacité certaine et d’autre part, elles ne sont pas gratuites et expriment le sentiment de culpabilité de l’héroïne. En effet, le scénario n’approfondit guère sa psychologie, esquissée par la mention de ses origines sociales, et c’est finalement ces violentes manifestations de son dérangement de personnalité qui donnent sa cohérence à un récit ahurissant où s’enchaînent les retournements à 180 degrés. Un plaisir supplémentaire distillé par cette série B rondement menée est celui de revoir Karen Allen toute nue (quatre ans après Until September). Incapable de passer pour une salope pure et dure, la ravissante actrice insuffle une fragilité qui rend attachant son personnage de garce.

Pauvres mais beaux (Dino Risi, 1956)

A Rome, deux amis d’enfance qui passent leur temps à draguer tombent amoureux de la même femme…

La convention de cet argument est vivifiée par la précision de l’ancrage social et géographique. Dès les premières séquences, la caméra de Dino Risi rend évidente le lien d’implication entre, d’une part, l’espace de l’immeuble et, d’autre part, la psychologie des personnages, les gags et le sens du récit. Par ailleurs, de savoureux seconds rôles, en plus d’agrémenter les scènes par leur cocasserie, contribuent à situer les protagonistes familialement, professionnellement et socialement parlant. A sa façon, héritée du néo-réalisme, Pauvres mais beaux est une sorte de documentaire sur les quartiers populaires romains. Moins corrosif qu’il ne le sera plus tard, Dino Risi prend tout de même un malin plaisir à inverser les rôles de la comédie sentimentale: c’est la femme qui se joue de l’amour des hommes, alors proprement ridiculisés. Bref, en dépit d’une longueur légèrement excessive et grâce avant tout à sa mise en scène, réaliste et féconde en trouvailles comiques, Pauvres mais beaux s’avère une bonne comédie italienne, bizarrement oubliée mais heureusement ressortie.

Un cadeau pour le patron (Surprise package, Stanley Donen, 1960)

Un mafieux américain expulsé dans son pays d’origine, la Grèce, tente de voler la couronne d’un roi déchu.

Stanley Donen parvient à animer ses amusants croquis d’une vie véritable, notamment en peignant l’inculture de ses personnage avec une certaine tendresse. Sympathique et prestement rythmée, Surprise package est une bonne comédie policière à laquelle, toutefois, la couleur manque cruellement.

Romarin (André Hugon, 1937)

En Provence, un épicier tente de fiancer sa fille à un pêcheur séducteur dont le père, musicien et champion de pétanque, l’aiderait à devenir maire…

Ce n’est que l’un des axes narratifs d’un film qui mélange les genres et a aussi des composante policières et musicales. Le tout est très inégal mais a un certain charme. Les dialogues (du sous-sous-Pagnol) et le cabotinage de Larquey et Le Vigan (en roue libre) amusent tandis que le folkore provençal, la sympathie des acteurs, les chansons de Scotto et les décors naturels des calanques restituent plutôt bien l’atmosphère chaleureuse d’un midi mythifié. En revanche, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de tension dramatique, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de vérité à des situations usées, la platitude du découpage de André Hugon se ressent cruellement. Le montage entre les différentes composantes du récit est également plus maladroit qu’audacieux: il y a une partie dont on se demande pourquoi elle est racontée en flashback…mais ce genre de tentative fait partie de la poésie naïve de ces petits films bricolés avec une ambition manifeste même si pas vraiment concrétisée (André Hugon, réalisateur de troisième division mais auteur complet, signe ses films comme les signait Abel Gance).

Une bonne planque (Alberto Lattuada, 1972)

Une bonne soeur italienne quitte la Libye lors de l’indépendance de celle-ci et sert dans un hôpital où elle a maille à partir avec un estropié communiste.

Un film assez étrange et inégal. Il y a une certaine beauté dans l’itinéraire de cette femme dont les drames sentimentaux renforcent le dévouement religieux mais le manque de tenue de la mise en scène rend les séquences se déroulant dans l’hôpital (donc une bonne partie du film) assez désagréables quand elles ne sont pas franchement ennuyeuses. Il y a de bonnes idées de cinéma (les réminiscences sont bien orchestrées) mais plus de rigueur dans la forme et dans la conduite du récit n’aurait pas nui à l’oeuvre.

Les rues de feu (Walter Hill, 1984)

Lorsqu’une chanteuse se fait enlever par un gang de motards, une de ses fans fait appel à son frère, vétéran du Viêt-Nam et ancien amant de la vedette, pour qu’il aille la délivrer…

L’idée globale est de revitaliser ces archétypes en les filmant comme dans un vidéo-clip, forme qui connaissait alors son heure de gloire. Pourquoi pas? C’est grave putassier mais ça envoie du lourd grâce aux chansons de Jim Steinman et à la fraîcheur des jeunes interprètes, en particulier la ravissante Diane Lane (parce qu’il a pécho une meuf de cet acabit, Christophe Lambert mérite un minimum de respect).

L’affaire du grand hôtel (André Hugon, 1946)

A Marseille, un pêcheur soupçonne des contrebandiers d’être à l’origine d’un assassinat…

Une bouillabaisse qui réussit l’exploit d’être à la fois fadasse (le pittoresque à deux balles est le fond de commerce principal du film) et indigeste (à cause d’une narration particulièrement embrouillée). Les seconds rôles, tel Noël Rocquevert qui tient un double rôle, sont parfois sympathiques.