Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

A Alger, un pied-noir brutal et violent voit sa vie ébranlée lorsque sa nièce s’entiche d’un locataire aux origines mystérieuses…

Inspiré par un matériau d’une toute autre teneur que celle de ses habituelles galéjades, André Hugon s’est ici surpassé. L’amour interdit que porte une brute à sa nièce nourrit une tragédie déroulée avec une implacable finesse dialectique. Entre autres, il faut voir la séquence où Sarati craque pour réaliser combien Hugon peut exceller à la mise en scène. Justesse des travellings, poésie discrète du cadre, chair dénudée de Jacqueline Laurent et, bien sûr, infinité des nuances de Harry Baur, concourent à une exceptionnelle richesse d’évocation: tendresse, douleur et horreur sont inextricablement mêlées avec un tact et une audace qui étonnent de la part de l’auteur de Romarin. Harry Baur, immense, beaucoup moins cabotin qu’il ne l’a été, trouve ici ce qui est peut-être son plus beau rôle. En somme, Sarati le terrible est un parfait équivalent français aux mélos tordus de Tod Browning avec Lon Chaney. Grand.

2 commentaires sur “Sarati le terrible (André Hugon, 1937)

  1. ce film m’a beaucoup impressionné – encore une fois très bien aiguilllé par vos soins Christophe. Par l’abattage extraordinaire d’Harry Baur, certes (qui n’a en effet probablement jamais été aussi bon) mais aussi et surtout par sa vitalité, sa liberté de ton qui en font une œuvre moderne, tellement moderne… tout le contraire des films horribles de Jeunet & cie, de cette tendance complètement stérile du cinéma français de ces 15 dernières années à faire du rétro à grands coups de filtres jaune pisseux et de pittoresque en conserve qui les font instantanément ressembler à des pièces de musée. Comme dans beaucoup de bandes des 30’s, paradoxalement, il y a un certain problème de rythme et vers la 2e partie on a un peu l’impression que les auteurs ne savent pas comment terminer le film… mais ce n’est somme toute pas une grande réserve face à la belle découverte que constitue ce Sarati injustement oublié.

    • content d’avoir été utile encore une fois!
      D’accord avec vous sur la fin qui patine un peu mais comme vous dites, ce n’est rien face à l’extraordinaire liberté de ton dont fait preuve ce film, et dont feraient bien de s’inspirer les fâcheux qui n’aiment rien tant que mettre le cinéma français des années 30 dans du formol.

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