Châtiment (The despoiler, Reginald Barker, 1915)

En Turquie, un officier allemand s’allie à des Kurdes sanguinaires pour mater le peuple arménien…

La version que j’ai vue -la seule ayant survécu- est un remontage français qui, en coupant des séquences et en changeant des intertitres, appuie la charge contre les empires centraux et fait par là même de Châtiment un des premiers films sur le génocide arménien. Dans l’oeuvre initiale, les nationalités étaient plus vagues, ce qui concorde avec le fait que, en 1915, les Etats-Unis ne s’étaient pas encore engagés dans la Première guerre mondiale. Même travesti par les services français de propagande, The despoiler demeure un des plus beaux témoignages de la maîtrise avancée de Thomas Ince et de ses sbires de la Triangle en matière de cinéma. C’est en effet un chef d’oeuvre de ligne claire où, en plus de manifester un goût très sûr pour la composition des plans, Reginald Barker emploie une grande variété de techniques savantes sans ostentation ni grandiloquence, toujours au service de la dramaturgie. Clair-obscur et montage parallèle déploient un récit furieux qui articule épopée collective et tragédie intime avec l’évidente simplicité des anciens classiques. Grand.

9 commentaires sur “Châtiment (The despoiler, Reginald Barker, 1915)

  1. Yo ! Tu sais ce que fait Thomas Ince exactement, dans ce film ? (je vois « supervisé par » sur le net, sans trop savoir ce que ça recoupe…). Tu as l’air de parler dun groupe, c’est un fonctionnement de « troupe » avec plusieurs réals ?

    Sinon ta critique aiguise ma curiosité, car mes souvenirs de la vision (lointaine) de « Civilzation », mon seul contact avec Ince, était peu engageant (je pensais découvrir un Griffith bis, j’avais trouvé ça très plat ; après j’étais peut-être un peu jeune pour digérer ça, et la copie était pourrave).

    • D’après les gens qui présentaient le film à la cinémathèque, il s’est contenté de superviser celui-ci, Reginald Barker signant la mise en scène. Je sais que sur Civilization, que j’ai vu hier soir du coup et que j’ai trouvé très bien quoique plus baroque, il s’est crédité comme réalisateur avec deux autres personnes -dont Barker. J’en déduis que sur Châtiment, il a laissé plus d’autonomie à Barker.

      La Triangle c’était une société de production avec trois unités que je crois assez indépendantes les unes des autres:
      celle de Griffith
      celle de Senett
      celle de Ince, la Kay Bee

      J’imagine que Ince, après avoir fait beaucoup de mise en scène, s’est mis à superviser ce qu’il produisait.
      La seule littérature que j’ai sur Ince, ce sont les -excellents- textes de Louis Delluc sur lesquels on ne peut pas s’appuyer pour de la documentation car à l’époque, tous ces films étaient présentés en France comme des films « de Thomas Ince ». D’où l’énorme crédit dont ce cinéaste a joui après la guerre. A mon avis, c’était assez mérité car le peu de films que j’ai vu dans ce qu’il a supervisé m’a toujours émerveillé par sa précision plastique, sa concision narrative et, parfois, par un certain sens du tragique. Les westerns de/avec William S.Hart sont également fabuleux…Par contre, le seul film de Barker, un des plus fidèles employés de Ince, que j’ai vu sans lui, je l’ai trouvé nul de chez nul…Mais c’est un film de 29, début du parlant, donc ça explique peut-être…
      De toute façons, c’est une époque où les rôles étaient moins distincts et plus flottants qu’aujourd’hui.

      • Ok, merci pour tous ces détails ! Ça m’avait toujours surpris cette célébrité de Ince dont on croise jamais les films (ni dans les bouquins généraux, ni en DVD), ceci explique donc cela.

        Je connaissais pas du tout la Triangle, tu me fais découvrir un truc (j’étais resté sur Griffith à la Biograph avant 1915, sans aller chercher plus loin). Je vais me retenter Civilization du coup, si j’arrive à trouver une copie correcte !

      • Ah merci Christophe, c’est super ! (dis-donc heureusement que je feuilletais tes commentaires récents, j’aurais complètement raté ta réponse…)

        Je vais essayer d’aller me refaire Civilization au festival la semaine prochaine, si mon emploi du temps me le permet, il est temps de s’y reconfronter un peu.

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