La rédemption de Rio Jim (The return of Draw Egan, William S. Hart, 1916)

Un bandit en cavale accepte un poste de shérif dans une ville en proie au désordre…

De par la qualité de sa mise en scène, The return of Draw Egan fait indéniablement partie des meilleurs westerns de son temps. La sophistication d’un découpage très signifiant insuffle du poids à chaque geste de la star (le roulage d’une cigarette est aussi dramatisé qu’une fusillade) et concrétise la louable ambition des auteurs qui était de retracer l’évolution psychologique du héros plutôt que d’exciter le spectateur avec des chevauchées. En effet, à l’exception d’un début sur les chapeaux de roues, l’essentiel du film se déroule en milieu urbain. Toutefois, on ne m’empêchera pas de préférer la vive spontanéité des Cheyenne Harry de John Ford à la pesante précision des Rio Jim. L’austérité puritaine de William S. Hart aurait fait de lui un comédien idéal chez Dreyer mais rend son western quelque peu monotone. Je chicane parce que je pense que le grand air, le mouvement et la variété des registres conviennent mieux au genre que les intérieurs, les postures étudiées et le sérieux affiché mais The return of Draw Egan n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique des génies de Hart et de la Triangle.

11 commentaires sur “La rédemption de Rio Jim (The return of Draw Egan, William S. Hart, 1916)

  1. « […]le grand air, le mouvement et la variété des registres conviennent mieux au genre que les intérieurs[…] »

    Pas d’accord ! Resongez à ces grands westerns urbains ou « en chambre » que sont Rio Bravo, sa formidable mouture El Dorado, 3h10 pour Yuma, Un jeu risqué, La cible humaine, Quatre étranges cavaliers, Le relais de l’or maudit (passé sa furibonde ouverture), Le vengeur agit au crépuscule, J’ai tué Jesse James, voire dans un registre déjà quasi « post-moderne » le très beau L’homme sans frontière de Peter Fonda… j’en oublie sûrement un paquet !

  2. …Vengeance à l’aube, Le Shérif et Frontière en flammes (Welcome to Hard Times) sont 3 autres titres majeurs dans cette veine qui me viennent à l’esprit.

  3. …et je ne parle pas de la série Deadwood, peut-être la seule production TV à avoir jamais proposé quelque chose de véritablement intéressant en terme de western urbain.

  4. salut Dédé!
    Bien sûr, on trouvera toujours des exceptions! Mais pour ma part, j’ai toujours préféré La rivière rouge à Rio bravo, La chevauchée de la vengeance au Vengeur agit au crépuscule…
    Je note vos conseils pour Vengeance à l’aube et Frontière en flammes.

  5. et en ce qui concerne la citation de moi que vous faites, « variété des registres » et « mouvement » sont chacun aussi importants que « grand air » pour expliquer mon -très très relatif- manque d’appétence pour les Rio Jim que j’ai pus voir jusqu’à présent.

    • oui Christophe, j’ai surtout voulu rebondir sur votre opposition « grand air » / « huis clos » en défaveur de celui-ci car le western (et plus particulièrement le western classique américain) nous a apporté des œuvres tout aussi riches dans l’un que dans l’autre. Après je peux très bien comprendre votre inclination. Vengeance à l’aube (Dawn at Socorro en VO) est une très belle surprise, un grand western de série B (ce qui pourrait sembler une oxymore aux yeux de certains ; pas des miens) signé George Sherman avec un impérial Rory Calhoun. D’ailleurs ça tombe bien qu’on parle de ce film puisque c’est avec Duel dans la Sierra l’autre coup de maître de Sherman (cinéaste compétent mais rarement exceptionnel) et l’action en lieu clos est aussi remarquablement exploitée dans l’un que les somptueux paysages du Mexique le sont dans l’autre.

      • ce que vous dites sur Sherman m’intrigue parce que j’avais été déçu par Tomahawk, vendu par certains amateurs de western comme son chef d’oeuvre…(pour ne rien dire des autres films de lui que je me suis enquillés)

      • j’avais trouvé Tomahawk assez terne pour ne pas dire insignifiant. M’est avis que vous allez tomber de haut (dans le bon sens du terme) en visionnant les deux titres cités plus haut. Par contre faites gaffe avec Vengeance à l’aube, ne vous procurez surtout pas le DVD Sidonis où une copie honteusement recadrée en 1.33 est proposée. L’édition américaine est de très bonne facture si vous arrivez à vous passer de la VF ou même des sous-titres.

  6. […] Parmi les quelques westerns de William S.Hart que j’ai pus voir, celui-ci apparaît comme un des meilleurs. D’abord, c’est un des moins rigides. Le canevas n’est pas celui de la rédemption d’un chef de gang mais celui de l’itinéraire d’un joueur qui oscille entre le Bien et le Mal en fonction de ses affects et des soubresauts de l’action. L’ambiguïté morale est donc plus vivante et moins schématique que dans Blue blazes rawden ou La rédemption de Rio Jim.  […]

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