L’Homme le plus laid du monde (The way of the strong, Frank Capra, 1928)

Un caïd défiguré s’entiche d’une violoniste aveugle…

Le genre de petit film à cheval entre plusieurs genres (mélo, comédie et film policier) que Frank Capra enquillait à ses débuts à la Columbia. Sa virtuosité est déjà remarquable et son inventivité épice un canevas qui, sans ces qualités, aurait pu sombrer dans la mièvrerie. Enfin, un dénouement absolument extraordinaire auréole ce produit de studio d’un romantisme goethéen. The way of the strong est donc plus qu’une rareté: c’est un film bien ficelé et surprenant.

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Un héros de Tokyo (Hiroshi Shimizu, 1935)

Suite à la disparition de son récent époux, une femme devient hôtesse de bar pour subvenir aux besoins de ses enfants et du fils de son mari.

L’étonnante dernière partie et l’épure du découpage rehaussent l’intérêt d’un mélo pas si conventionnel qu’il n’y paraît au premier abord.
 

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933)

Dans un pays imaginaire, un roi-enfant est l’objet de complots révolutionnaires…

De par son sujet comme de par le point de vue adopté par l’auteur, Le petit roi est un des films les plus extraordinaires du cinéma français. Le royaume d’opérette servant de cadre à l’intrigue aurait facilement pu laisser croire à un conte de pacotille, aussi frelaté que Marianne de ma jeunesse par exemple. En fait, il sert de prétexte pour confronter la réalité de l’enfance à la pesanteur du symbole royal. Cette confrontation ne manque ni de subtilité dialectique ni de force tragique. Dans un rôle éminemment casse-gueule, le regretté Robert Lynen s’en sort admirablement. Il faut le voir fouetter sa servante pour se rendre compte de la tortueuse audace de l’auteur.

Et surtout, réalisant un de ses films les plus personnels, Julien Duvivier se montre ici au sommet de son inspiration esthétique et déploie une puissance visuelle digne d’un Sternberg. On n’en finirait pas de lister les acmés d’une oeuvre où la richesse plastique se met sans cesse au service de l’impact dramatique. L’étonnant est que le rythme de ce découpage façon « cinéma muet » n’est pas altéré par le son dont l’utilisation ne manque pas non plus d’inventivité.

Ce qui empêche ce film beau et surprenant d’être le chef d’oeuvre qu’il aurait pu être, c’est une dernière partie qui verse dans la mièvrerie et qui donne l’impression que Duvivier n’a pas su conclure sa fable.

Les granges brûlées (Jean Chapot, 1973)

Un juge d’instruction de Besançon enquête dans une ferme reculée du Jura près de laquelle s’est déroulée un meurtre.

Intrigue policière ficelée à la va-comme-je-te-pousse, raideur des stéréotypes, clichés sur les bonnes vieilles valeurs de la terre qui ne ment pas, absence d’épaisseur des personnages secondaires, prestation caricaturale de Signoret, découpage dénué de point de vue (et pour cause!)…c’est complètement raté.

La roulotte du plaisir (The long, long trailer, Vincente Minnelli, 1953)

Un couple nouvellement marié décide de s’installer dans une caravane plutôt qu’une maison.

Le grand Vincente n’était pas fait pour la méchanceté. Dénué de la tendresse lucide qui fait le prix des chefs d’oeuvre que sont Le chant du Missouri ou Il faut marier papa, La roulotte du plaisir est une comédie des plus poussives. Ses articulations semblent forcées, son ton grimaçant. Systématiquement, le couple de héros prend la décision la plus stupide. En plus de désintéresser le spectateur de leur sort, cette irrécupérable sottise des protagonistes ôte sa pertinence à ce qui aurait dû être une satire bien sentie de l’American way of life.

Le chemineau (Henry Krauss, 1917)

Un journalier itinérant met une fille de ferme enceinte avant de repartir…

Eh oui, ce n’est pas la vie d’un employé du rail que Jean Richepin a raconté dans sa pièce de théâtre! Attention à l’orthographe! La transposant au cinéma, le comédien Henry Krauss a suivi les conseils de son ami Antoine et s’est attaché à restituer la campagne française avec un maximum de réalisme. De fait, ses images frappent par leur vérité documentaire. La richesse de détails des décors intérieurs (les plafonds sont filmés 25 ans avant Citizen Kane) n’a d’égale que la présence des places de village, chemins de campagne et autres troupeaux de moutons. Couplé à une sobriété de bon aloi, cet enracinement de l’intrigue lui ôte ses oripeaux mélodramatiques. Je mesure également la qualité de la mise en scène au fait que, en dépit que tous les cartons ont été perdus, j’ai pu suivre le récit sans problème. Seul jure avec le parti-pris général le jeu des acteurs. Le cabotinage de Krauss correspond assez bien à son personnage hâbleur mais les gestes excessifs de Yvonne Sergyl rappellent les pires conventions du théâtre. Le chemineau n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique de ce courant « romanesque réaliste » qui, de Germinal à Peau-de-pêche en passant par le formidable Travail, fut l’un des plus féconds du cinéma muet français.

Le bal (Wilhelm Thiele, 1931)

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Délaissée par sa mère, une jeune fille sabote le premier bal organisé par ses parents subitement enrichis.

L’incisif petit livre de Irène Némirovsky a été affadi par un traitement aussi mou que caricatural. Pour son premier film, Danielle Darrieux, en plein dans l’âge ingrat et horriblement coiffée, n’a pas encore la grâce qui sera la sienne trois ans plus tard.