Brève traversée (Catherine Breillat, 2001)

Sur un ferry traversant la manche, une mère de famille rencontre un jeune homme de 18 ans et couche avec lui.

Sarah Pratt est bien et il y a une certaine justesse dans le traitement d’un sujet d’article pour Femme actuelle (l’unité de temps et la brièveté du métrage évitent au déroulement d’apparaître trop conventionnel) mais il faudrait dire à Catherine Breillat d’éviter la prise de son  en direct lorsque les deux personnages sont sous les draps ou alors, si le film est en fait post-synchronisé, de demander aux acteurs de parler près du micro; la moitié des dialogues sont inaudibles. A tous les niveaux, la grisaille prédomine.

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles (Chantal Akerman, 1994)

A la fin des années 60 à Bruxelles, une adolescente rencontre un déserteur…

Il s’avère donc que, comme tous les ensembles de (télé)films, la collection Tous les garçons et les filles de mon âge contient une large majorité de films anecdotiques et que les chefs d’oeuvre y sont l’exception. Certes, deux chefs d’oeuvre (au moins) sur neuf opus, c’est déjà extraordinaire. Mais si Les roseaux sauvages et Travolta et moi se distinguent c’est parce qu’ils ne se bornent pas à suivre des jeunes gens plus ou moins tête-à-claques dans leurs premières coucheries. Chacun d’eux transfigure la banalité de la commande: l’un en confrontant l’adolescence à l’Histoire, l’autre au lyrisme noir de l’auteur la plus mal embouchée du cinéma français.

Le morne film de Chantal Akerman, lui, ne décolle guère de son réalisme ras-les-pâquerettes. C’est principalement -mais pas uniquement tel qu’en témoigne la meilleure scène qui est celle de la danse- par de longs dialogues dans les rues de Bruxelles que l’auteur exprime le désarroi de son héroïne; désarroi face à la société de consommation, désarroi face à la guerre du Viêt-Nâm, désarroi face au sexe. Un découpage alerte basé sur le plan-séquence insuffle toutefois un certain naturel à cette construction paresseuse. Enfin, il faut noter que la fin tragique de Chantal Akerman a aggravé la tonalité des interrogations suicidaires de son personnage -de toute évidence très autobiographique.

Une nuit très morale (Károly Makk, 1977)

A la fin du XIXème siècle en Hongrie, un bordel où un étudiant a élu pension est confronté à la visite de la mère de ce dernier, ignorant tout de la nature du logement de son fils.

Le rythme atone, la mise en scène figée, l’esthétisme outrancier et les artifices théâtraux de l’écriture neutralisent partiellement l’intérêt de la prometteuse confrontation. Reste quelques scènes touchantes grâce notamment à la présence de l’attachante Margit Makay. Peut-être aussi que l’humour magyar échappe à mon entendement.

Convoi vers la Russie (Action in the North Atlantic, Lloyd Bacon, 1943)

Des marins américains dont le navire a été coulé par un sous-marin allemand se rengagent dans un convoi qui achemine des ressources en Russie.

Grâce à la débauche de moyens employés, le premier naufrage est assez spectaculaire mais ce film de propagande est didactique jusque dans ses moindres détails, exagérément long et donc absolument ennuyeux.

Tricked (Paul Verhoeven, 2012)

La fête d’anniversaire d’un bourgeois tout juste quinquagénaire est perturbée par d’anciennes maîtresses…

Coécrit par des centaines d’internautes au fur et à mesure de son tournage, Tricked n’en demeure pas moins, de par les obsessions satiriques qui l’animent, un film de Paul Verhoeven. Le cinéaste vétéran a d’ailleurs nettement recadré les amateurs lorsque le processus d’écriture divergeait par trop des prémisses. La légèreté du budget induit concision et souplesse. Concision d’une histoire racontée en trois quarts d’heure, souplesse d’une caméra à l’épaule dont la mobilité immersive préfigure Elle. Les acteurs sont très bons et il serait juste que la jeune et plutôt sublime Gaite Jansen devienne une star. Le malicieux déroulement justifie a posteriori des plans de très mauvais goût. Même si la pirouette finale dévoile les limites du projet en ravalant la satire à un spectacle de marionnettes, Tricked est une friandise qui devrait ravir les amateurs du « Hollandais violent ».

A sense of loss (Marcel Ophuls, 1972)

Marcel Ophuls interroge des personnes impliquées dans la guerre civile en Irlande du Nord.

L’entrelacs complexe d’images et de sons révèle la diversité des antagonismes (nationaux mais aussi religieux et économiques) à l’oeuvre en Irlande du Nord en même temps que l’humanité, généralement douloureuse, des protagonistes interrogés. C’est en se focalisant sur les singularités des individus que Ophuls accède à l’universalité. Ainsi lorsqu’il demande à la meilleure copine d’une adolescente accidentellement tuée par un char les préférences de la défunte en matière de garçons. Poignant.

une excellente interview de l’auteur

Katie Tippel (Paul Verhoeven, 1975)

A la fin du XIXème siècle, pour nourrir sa famille récemment émigrée à Amsterdam, une jeune fille est exposée à toutes les corruptions…

Même si moralement, Katie Tippel n’est pas le film le plus cynique de Verhoeven (l’avilissement programmé de la jeune fille pure n’aura pas vraiment lieu), il y a déjà une complaisance désagréable dans la laideur au nom du « tout doit être montré ». Cette crudité et l’inventivité ponctuelle de la mise en scène (les ombres chinoises!) donnent une certaine force à plusieurs séquence mais, ressemblant plus à une plate chronique qu’à un grand roman, Katie Tippel n’a pas l’énergie vitaliste des meilleurs films de son auteur.