Tiefland (Leni Riefenstahl, 1954)

En Espagne, un marquis spoliant son peuple s’entiche d’une danseuse gitane…

Ce qui frappe d’emblée, c’est la vacuité de l’ensemble. Tiefland étant le plus cher des films en Noir&Blanc mis en oeuvre pendant le IIIème Reich (bien que sorti en 1954), on se demande, à l’instar de Goebbels jaloux du traitement de faveur accordé par son Führer à la belle, à quoi ont servi les 8,5 millions de RM engloutis dans la production.

Wikipedia m’apprend que le tournage se déroula notamment en Espagne, dans les Alpes et dans les Dolomites mais lorsque j’ai vu les scènes de montagne, j’ai cru qu’elles avaient été mises en boîte sur des plateaux plus minables que les plus minables des plateaux de la RKO.

Certes, le « style » de la réalisatrice de La lumière bleue, son goût pour les halos lumineux, n’est pas pour rien dans cette impression d’artifice à l’image mais les panoramas ressemblent vraiment à des toiles peintes. De plus, le vide et le peu de variété des plans de village accentuent cette impression d’un film tourné avec trois fois rien.

Ce dénuement de la mise en scène va de pair avec un récit schématique au possible et des personnages tout à fait inconsistants. Des acteurs médiocres desservis par une consternante post-synchronisation n’aident pas non plus à incarner la succession de niaiseries faisant office de narration.

Ainsi, disposant d’un crédit quasi-illimité pour ressusciter cinématographiquement le romantisme allemand, la numéro 1 du cinéma nazi n’a accouché que d’une ribambelle de pauvres clichés visuels dépourvue de sève.

Si besoin en était, Tiefland rappelle donc combien Leni Riefenstahl était une réalisatrice de troisième ordre. Dénuée d’instinct dramatique, incapable de diriger des acteurs et inapte à saisir tout geste vrai, son talent qui se limite à la confection de chromos révèle un rapport parfaitement superficiel à son matériau.

P.S: quant à la lecture subversive de l’histoire (tirée d’un opéra de Eugen d’Albert) visant à dédouaner une favorite de Hitler qui alla chercher ses figurants dans les camps de concentration, elle n’offre aucune pertinence tant est nulle la contextualisation politique et sociale dans Tiefland.

P.P.S: à la décharge de Leni Riefenstahl, quatre bobines manquaient lorsque la copie lui fut restituée après confiscation par les autorités françaises.

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2 commentaires sur “Tiefland (Leni Riefenstahl, 1954)

  1. Je pense même que le final (les hommes en noir qui attendent dans le vent), c’est littéralement du décor en toile peinte – du moins de ce que je peux voir sur l’image du DVD. Ça doit pas être le seul moment ; de toute façon, comme tu dis, tous les décors naturels sont pictorialisés, ils pourraient tout aussi bien sortir d’un studio (ce qui est pas forcément un souci).

    Riefensthal, je vois très bien le kitsch et le goût du chromo qu’on lui reproche souvent, mais j’ai toujours l’impression que ce n’est qu’une pellicule de surface vulgaire, et qu’il y a plus à manger derrière, qu’il y a vraiment un idéal névrotique de l’image romantique, dont il faut retrouver la puissance… Cette recherche aveugle du beau, ramené au rang d’idéal, fait que les films sont pétris d’un certain malaise qui me parle (je trouve ça visible sur « Les Dieux du stade », par exemple).

    Après, au-delà de ce qu’elle est et de ce qu’elle a fait, c’est une réal que j’ai toujours eu du mal à jauger, vu qu’elle n’a jamais vraiment pu faire ses preuves en fiction (du fait des mésaventures de ce film – reste donc « La Lumière bleue », qu’il faut que je voie – mais c’est son premier, ça doit être perfusé d’influence Fanck mal digérée, j’imagine que c’est pas fameux).

    • si tu es sensible à la nostalgie romantique de Riefenstahl, je pense que La lumière bleue te plaira. Dans mon souvenir, c’est déjà un film très « personnel ».

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