Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

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Gibier de potence (Roger Richebé, 1951)

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A sa sortie de l’orphelinat, un beau jeune homme tombe sous la coupe d’une maquerelle.

Les thèmes -prostitution masculine et pornographie- ont beau paraître « audacieux », leur traitement, lui, ne souffre aucune originalité. Cette adaptation de Jean-Louis Curtis se réduit à un conventionnel et racoleur mélo à base de pureté, de déchéance et de rédemption où un héros remplace l’habituelle héroïne. Seul le personnage de Arletty apporte un peu de mystère grâce au flou de ses motivations. La mise en scène de Richebé est anémique et le scénario est franchement lourd et redondant.

Le mouton enragé (Michel Deville, 1974)

Sur les conseils d’un ami écrivain, un fade employé de banque gravit l’échelle sociale en séduisant de belles femmes.

L’artifice très alambiqué du postulat et l’absence de crédibilité de ses développements rendent tout ça assez vain (ainsi la dimension « satirique » évoquée par certains commentateurs est nulle) malgré l’évidente et parfois grisante virtuosité du réalisateur dont la fantaisie apparaît ici moins plaquée que dans Le paltoquet ou L’ours et la poupée.

 

La taularde (Audrey Estrougo, 2016)

Pour avoir aidé son mari braqueur gauchiste à s’évader, une prof de lettres se retrouve condamnée à deux ans de prison.

La projection est éprouvante. Les rebondissements autour de la cavale du mari ne sont que des prétextes pour étudier les réactions d’une bourgeoise plongée dans ce milieu très particulier qu’est la prison. L’intégralité du film s’y déroule. Pour montrer sa brutalité, les séquences-chocs se succèdent, parfois insoutenables.

Pourtant, derrière ce naturalisme qui en met plein la figure, il n’y a aucune gratuité des effets et le découpage d’Audrey Estrougo est impeccable: percutant mais dénué de complaisance. Par exemple, l’éborgnement est d’autant plus frappant qu’il est relégué dans un coin du plan. D’une façon générale, le format large est utilisé avec une rare intelligence. La cinéaste clarifie le chaos carcéral avec des travellings à la souplesse premingerienne. In fine est retracé, sans prêt-à-penser déformant mais avec une justesse de chaque instant (ou presque car l’évolution du fils aurait gagné à être développée), l’infernal retour d’une civilisée à une sauvagerie primitive, une sauvagerie non dénuée de certaine morale (cruelle) ni de certaine solidarité.

Sophie Marceau porte ce grand film sur ses épaules bien que ses renfrognements semblent parfois de convention. Autour d’elle s’agite une galerie d’actrices épatantes de vitalité, inquiétantes et gouailleuses. Eye Haïdara, la belle Nailia Harzoune, Marie-Sohna Condé…La finesse de la caractérisation de leurs personnages est pour beaucoup dans la complexité dialectique d’une oeuvre dans la droite lignée du Mizoguchi des Femmes de la nuit et de L’élégie de Naniwa; parenté accentuée par le fatalisme ambigu et impitoyable de la fin.

Marché de brutes (Raw deal, Anthony Mann, 1948)

Un homme s’évade de prison avec l’aide d’une fille qui est amoureuse lui mais entraîne dans leur cavale la bourgeoise dont il demeure amoureux.

Aux confins de l’abstraction, la sécheresse formaliste du style force l’admiration mais éloigne quelque peu le spectateur des personnages et des enjeux dramatiques.

 

Les hommes préfèrent les grosses (Jean-Marie Poiré, 1981)

Une grosse larguée par son mec se voit obligée de colouer son appartement avec une ravissante blonde.

Si les auteurs avaient eu un minimum d’ambition et ne s’étaient pas complètement laissé aller à la caricature et à la facilité, s’ils avaient instauré un minium de dialectique à leur mécanique comique ô combien routinière, peut-être que cette comédie, qui a le mérite de filmer son époque, les lieux et les classes sociales qui la constituent, aurait été intéressante. En l’état, ce n’est pas grand chose.

Beaux mais pauvres (Dino Risi, 1957)

A Rome, deux frères fiancés à deux soeurs se voient forcés à travailler par leurs promises…

Cette suite de l’excellent Pauvres mais beaux a le défaut habituel des suites: la grâce d’une réussite est réduite à des formules. Cela se ressent aussi bien dans le découpage, carré mais moins libre, que dans le scénario qui accumule les situations vaudevillesques, assez vainement et parfois à l’encontre de toute logique profonde (les potacheries du nouvel apprenti). La ville de Rome est beaucoup moins présente à l’image. Les auteurs capitalisent essentiellement sur la sympathie, bien réelle, de leur galerie de personnages. Le sujet du film, à savoir l’argent dans le jeune couple de prolos, n’est qu’effleuré et c’est dommage car les quelques dialogues graves, notamment celui entre les deux amies d’enfance qui se rendent compte qu’elles n’attachent pas la même importance à la réussite matérielle, ne manquent pas de justesse. Bref, malgré une poignée de gags marrants et des acteurs toujours aussi amusants, Beaux mais pauvres déçoit.