Fortunes rapides (Quick millions, Rowland Brown, 1931)

Après une altercation avec un policier, un routier monte un gang de racketteurs.

La trame est vue et revue, la narration est rapide jusqu’à l’aridité (caractéristique typique de l’époque et du genre) tandis que la sympathie de Spencer Tracy accentue l’ambiguïté morale. Bref, c’est pas mal mais un peu surestimé.

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Je suis un sentimental (John Berry, 1955)

Un reporter enquête sur le meurtre de la maîtresse du fils de son patron.

Le récit est particulièrement mal fichu, qui relance artificiellement la dramaturgie en adjoignant une intrigue sans rapport avec le crime principal une fois que celui-ci est quasiment résolu. Le sympathique Eddie Constantine peine à incarner la détresse de son personnage qui noie sa veulerie dans l’alcoolisme (pour une fois, c’est sous l’angle dramatique qu’on tente de présenter le goût du héros pour le whisky). C’est dommage car la réalisation de John Berry, avec ses nombreux et vifs mouvements d’appareil, surclasse aisément celle de ses collègues français Jean Sacha et Patrice Dally.

Derniers chrysanthèmes (Mikio Naruse, 1954)

Après la guerre, des geishas vieillissantes tentent de joindre les deux bouts…

Le très austère traitement de Naruse (l’image est une des plus grises jamais vues au cinéma) en rajoute un max dans le côté sinistre de ce film essentiellement constitué de scènes où des bonnes femmes moches (Hideko Takamine manque cruellement!) parlent de sujets sordides (prêts d’argent, veulerie des hommes…) dans des intérieurs vides. Il n’y a que la fin qui introduise un peu de gaieté donc de nuance donc de vie. Derniers chrysanthèmes ne vous fera pas aimer Naruse.

The way we are (Ann Hui, 2008)

Une veuve élevant seule son fils adolescent noue une amitié avec une vieille dame venue travailler dans le même supermarché qu’elle.

Le dédain de la forme est poussé un peu trop loin dans cette chronique réaliste: à l’instar de celle du cadeau au gendre partiellement gâchée par une nuque de figurant au premier plan, certains séquences basées sur des bonnes idées auraient gagné en émotion si leur cadrage avait été plus soigné. La tendresse de Ann Hui pour ses personnages (qui ne se comportent pas comme on s’imaginait qu’ils se comporteraient au début) mêlée au tranquille et amer constat de l’inanité des liens familiaux face à ceux que l’on se choisit fait pourtant de The way we are un film assez touchant.

Our time will come (Ann Hui, 2017)

Dans Hong-Kong occupé par les Japonais, après avoir aidé son ancien professeur à fuir, une institutrice s’engage de plus en plus dans la Résistance.

Retour en forme de Ann Hui avec cette véritable épopée. Comme elle l’a dit à la Cinémathèque de Bercy: « je me sens d’autant plus hong-kongaise que l’identité hong-kongaise est aujourd’hui menacée ». Ainsi, pour exalter le combat des East River brigades contre l’envahisseur japonais, elle s’approprie délibérément un style qui ne fut pas le sien à l’époque mais qui reste -à tort ou à raison- associé à l’âge d’or du cinéma HK. Elle filme les fusillades avec un découpage heurté et stylisé visiblement inspiré de Tsui Hark et John Woo. Cette fantaisie spectaculaire peut légitimement choquer le spectateur occidental habitué, lorsqu’il s’agit de résistance au cinéma, à l’austère solennité de L’armée des ombres. La très fulgurante virtuosité de la réalisatrice est patente aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments de suspense ou d’émotion. Très réussi dans le détail, Our time will come déçoit pourtant car la fresque, hétérogène et discontinue, n’atteint pas la profondeur romanesque que ses prémices laissaient présager. Ann Hui va jusqu’à interrompre régulièrement le récit avec des inserts pseudo-documentaires où des acteurs jouent d’anciens résistants racontant leur combat. Ce frustrant procédé paraît stérile et contre-productif jusqu’au beau panoramique final qui synthétise les deux temporalités: c’est la naissance d’une nation qui nous a été montrée.

La lance brisée (Edward Dmytryk, 1954)

A sa sortie de prison, le fils, rejeté par ses frères, d’un puissant baron du bétail se rappelle les événements précédant son incarcération.

La fausseté du suspense autour du flashback n’a d’égal celle d’oppositions familiales se voulant tragiques. Ce qui conduit au duel final est complètement tiré par les cheveux. Plus de rigueur dans la narration aurait été salutaire car La lance brisée contient de belles choses; ainsi les rapports entre le riche propriétaire et son épouse indienne. Il faut également préciser que Spencer Tracy et Richard Widmark, tous deux excellents, font partiellement oublier les gros fils blancs du récit.

Soir de noces (King Vidor, 1935)

Un écrivain new-yorkais en panne d’inspiration retourne dans sa propriété familiale du Connecticut et la vend à des voisins paysans d’origine polonaise.

Après un début un peu anodin, le déroulement de la romance déjoue les attentes: l’épouse, notamment, surprend par sa dignité. Le virage mélodramatique de la fin est traité avec un lyrisme sublime digne de Frank Borzage. Ce basculement de tonalité met en exergue le sujet profond d’un film qui jusqu’ici manquait d’unité: la tragédie de l’écrivain qui vampirise les autres sans s’y mêler jamais vraiment. La grandeur pathétique de Gary Cooper est la même que dans L’adieu aux armes. Ce qui, me concernant, n’est pas peu dire. Bref, même si la confrontation culturelle qu’il orchestre est parfois caricaturale,  The wedding night est un des beaux films méconnus de King Vidor.