Golden eighties (Chantal Akerman, 1986)

Dans une galerie commerciale, différentes intrigues sentimentales se nouent et se dénouent.

Hideux ersatz du cinéma de Jacques Demy. Sans même parler de ses chansons ridicules, son impuissance à diriger des danseurs, à dynamiser la narration (les dialogues prennent beaucoup trop de place) ou à sublimer son décor font de Chantal Akerman une très mauvaise réalisatrice de comédie musicale.

Braguino (Clément Cogitore, 2017)

Au fin fond de la taïga, Clément Cogitore filme une famille fâchée avec ses voisins.

Dédaignant les fonctions descriptives et didactiques du documentaire, Clément Cogitore essaye de construire un récit mythique à partir de ce qu’il est parti filmer à l’autre bout du monde. Le matériau est effectivement riche de potentiel dramatique (on retrouve dans ce « eastern » des enjeux typiques du western liés à l’éloignement de la civilisation) mais ce potentiel n’est pas exploité en profondeur. Comme dans la séquence de la confrontation des enfants (où le simulacre de la mise en scène est probable), le réalisateur peut faire preuve d’un talent certain pour suggérer une tension à partir de trois fois rien mais il ne va pas au-delà de cette tension. Tout reste à l’état d’esquisse faute de densité. On passe 50 minutes avec cette famille extraordinaire, vivant délibérément comme des ermites, mais on ne saura rien d’eux en dehors de leur façon de subsister (la scène de chasse et de dépeçage, impressionnante mais aussi légèrement complaisante) et de leur paranoïa, une paranoïa qui demeure malheureusement bien vague. Filmer la famille voisine eût peut-être enrichi la dramaturgie. In fine, il semblerait que, pour Clément Cogitore, ce projet ait surtout été un prétexte pour enregistrer de belles images de la taïga; car le soleil qui embrase la rivière ou les enfants blonds qui jouent sur une plage sont superbement captés.

Un oiseau rare (Richard Pottier, 1935)

Suite à un concours de publicité, le fils d’une oiseleuse et un riche héritier se retrouvent dans un hôtel des Alpes où leurs identités sont confondues.

En tant que scénariste, Jacques Prévert est surestimé car son manque de rigueur l’empêchait de construire correctement les récits. Les branlantes fondations d’oeuvres aussi diverses que Lumière d’été, Les visiteurs du soir et Sortilèges en témoignent. Face à Un oiseau rare, il y avait lieu d’avoir d’autant plus d’appréhension que la comédie, selon le lieu commun, « demande plus de travail que le drame ». Et il est vrai que Un oiseau rare ne brille pas par son ossature. Des coïncidences plus ou moins abusives font office de narration.

Pourtant, le visionnage s’avère franchement plaisant. Pour l’occasion, la « poésie » de Prévert se fait loufoquerie et, si elle eût gagné à plus de développements, l’intuition comique pallie le manque de fermeté narrative. La fantaisie n’est pas gratuite car elle nourrit une satire contre la veulerie face aux puissants, une satire que la désinvolture de l’auteur maintient toutefois bien inoffensive. La multitude de personnages instaure des enjeux dont la variété empêche l’attention du spectateur de complètement s’évaporer.

Enfin, sans étinceler, la distribution fait oublier l’absolue platitude de l’image. Madeleine Guitty ne vaut pas Pauline Carton, Pierre Brasseur bien que moins insupportable que d’habitude reste Pierre Brasseur mais revoir Jean Tissier est toujours un plaisir et Max Dearly s’avère bon comique de cinéma.

Chasse au gang (Crime wave/The city is dark, André de Toth, 1954)

A Los Angeles, deux malfrats en cavale s’incrustent chez un ancien co-détenu en liberté conditionnelle.

L’alliage entre le réalisme imprimé par une photographie façon reportage et la tension spectaculaire insufflée par un découpage d’une parfaite sécheresse fait de Crime wave une pépite du film noir. Les qualités de présence des acteurs, notamment Sterling Hayden et ses cure-dents, empêchent la concision de virer à l’aridité schématique. La fin, quelque peu édifiante, contrecarre le désenchantement judiciaire naturellement exprimé par le récit.

 

Le fou de guerre (Dino Risi, 1985)

Dans le désert de Libye pendant la guerre, une unité de médecins italiens se retrouve commandée par un fou.

Dans une séquence capitale, le personnage du fou interprété par Coluche se fait examiner par des psychiatres. Après avoir facilement déjoué les pièges tendus par les premiers tests, il révèle sa psychose en parlant à une photo de petit garçon. La folie, dont les effets dévastent ses subordonnés, est alors montrée comme le dérèglement d’affects filiaux et c’est émouvant car assez fin. Malheureusement, le fragile équilibre de la séquence est rompu lorsque sa crise mène le personnage à crier, à s’accrocher à une table et à dire des textes peu crédibles. Ce fragment reflète bien l’ensemble d’une oeuvre qui, en basculant parfois dans l’outrance et le vouloir-dire, gâche sa singulière poésie. C’est d’autant plus dommage que Risi a un vrai génie pour rendre naturel le saugrenu, tel qu’en témoigne le bel enterrement du chacal.