Great balls of fire! (Jim McBride, 1989)

Grâce à ses disques et concerts endiablés, le Killer est à deux doigts de détrôner le King mais son mariage avec sa cousine de 13 ans provoque un scandale…

L’interprétation outrancière de Dennis Quaid désarçonne avant de s’avérer au diapason d’une oeuvre joyeuse et colorée où Jim McBride reconstitue avec un enthousiasmant talent visuel le sud américain des années 50: ses bouges, ses églises, ses belles bagnoles, ses diners, ses collégiennes et, évidemment, son rock&roll qui est l’accompagnateur parfait de toutes les dépenses d’énergie libidinale (le sexe mais aussi la consommation matérielle tel qu’en témoigne le fabuleux travelling suivant Winona Ryder entrain d’essayer les lits).

Le lien entre prédication évangélique et musique du Diable est rendu évident par la discrète mise en parallèle de l’ascension du Killer avec les prêches de son cousin révérend. Le chromo est vivifié par des passages de pure comédie musicale et par les galvanisantes reconstitutions de concert où le génie de Jerry Lee Lewis, synchronisé en play-back avec un Dennis Quaid survolté, est éclatant (le film est clairement à la gloire de son objet).

L’inexorable enquête (Scandal sheet, Phil Karlson, 1952)

Un jeune et brillant journaliste enquête sur des meurtres commis par son patron.

A travers un journal à scandales et un bal pour « coeurs solitaires », la première partie offre un aperçu vif et bien senti de ce que la société américaine peut avoir de médiocre. Malgré une ou deux articulations de l’intrigue pas très crédibles, la suite plus directement policière est bien menée, servie qu’elle est par un noir & blanc chiadé, l’excellente interprétation de Broderick Crawford et la sécheresse de Phil Karlson qui n’encombre son découpage d’aucun plan superfétatoire. La violence hasardeuse du premier meurtre est terrible. Peut-être que l’auteur du roman original, Samuel Fuller, en aurait tiré un meilleur film mais en l’état, L’inexorable enquête est un bon film noir.

Trois valses (Ludwig Berger, 1938)

Note dédiée à Tom Peeping

Trois générations de comédiennes tombent amoureuses de trois générations de nobles.

Le concept de ce véhicule du couple Yvonne Printemps/Pierre Fresnay est pour le moins fumeux mais un charme superficiel émane des chansons et du découpage dont la saillante mobilité est, dans les deux premiers sketchs, digne de Max Ophuls. Le dernier segment, qui joue la carte du cinéma dans le cinéma, est plus laborieux.

Dogface (Samuel Fuller, 1959)

En 1943 en Tunisie, des G.I sont canardés à cause d’un chien allemand qui repère leur trace.

Ce pilote d’une éventuelle série commandé par CBS mais jamais diffusé est une oeuvre poignante et personnelle qui pourrait faire office de segment supplémentaire au chef d’oeuvre de son auteur: The big red one. A travers 30 minutes d’action quasi-continue, Fuller déploie, en ne s’interdisant pas certains raccourcis scénaristiques mais en faisant preuve d’efficacité visuelle, un drame complexe sur les relations entre l’homme et le chien dans un contexte guerrier. Ainsi, Dogface préfigure aussi White dog.

Made in Hong-Kong (Fruit Chan, 1997)

A Hong-Kong, une petite frappe tombe amoureux d’une jeune fille atteinte de mucoviscidose.

Quelques afféteries dans le montage n’entament pas la vérité émotionnelle de ce film qui conjugue précision documentaire, désespoir social, suspense policier et romantisme adolescent dans un tourbillon virtuose au milieu duquel irradie la jeunesse magnifique de Sam Lee et Neiky Yim.

Maldonne pour un espion (A dandy in aspic, Anthony Mann et Laurence Harvey, 1968)

Un agent du KGB infiltré au MI5 est missionné par ce dernier pour éliminer un agent russe identifié avec son nom.

Le grand Anthony Mann mourut au cours du tournage qui fut achevé par son acteur principal, Laurence Harvey. Cela dit, je ne sais dans quelle mesure ce drame serait responsable du caractère embrouillé et filandreux de la narration comme du kitsch de la réalisation, pleine de zooms intempestifs. L’histoire d’amour avec la jeune photographe jouée par Mia Farrow, pour convenue qu’elle soit, est ce que Maldonne pour un espion contient de plus réussi.