La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936)

En Vendée, un agriculteur voit ses enfants partir les uns après les autres.

Deuxième long-métrage en couleurs français. Le procédé Francita n’a pas fait long feu à cause de la complexité hasardeuse du tirage des copies mais ses caméras avaient le mérite d’être plus légères que celles du Technicolor donc plus faciles à sortir du studio. C’est ainsi que ce film précurseur accorde une large place aux extérieurs. La Vendée -en particuliers ses canaux et ses marais salants- n’a, à ma connaissance, jamais été aussi bien filmée que dans cette adaptation du populaire roman de René Bazin. La merveilleuse introduction, une scène de mariage quasi-documentaire où une femme se met à chanter une chanson folkorique, laisse augurer un très grand film régionaliste. La suite n’est pas à la hauteur de cette espérance, il faut le dire. Le jeu surrané de la quasi-totalité de la distribution dépare cette splendeur réaliste. Pierre Larquey déçoit et c’est Jean Cyrano le plus convaincant des acteurs principaux. Le découpage parfois douteux des scènes en intérieur révèle les limites de Jean Vallée, inapte à dramatiser des dialogues puissants et à synthétiser un récit aux enjeux plus complexes qu’il n’y paraît.  Toutefois, des éclats ponctuels -tel ce long panoramique sur les champs lorsque l’homme de main quitte la ferme, l’ensemble des séquences sur le port ou l’incendie avec un orange digne des Archers- maintiennent l’attention. La belle musique de Jane Bos intensifie le lyrisme de ces séquences. Enfin, découvrir, dans sa version restaurée par le CNC, La terre qui meurt, c’est bien sûr voir le seul « film français des années 30 en couleurs » visible aujourd’hui. Contempler ces acteurs et ces stéréotypes (Line Noro joue le même type de garce que Ginette Leclerc sauf qu’on voit son rouge à ongles!) ultra-connus restitués dans toutes leurs variations chromatiques, c’est faire une expérience dont la beauté insolite enrichit la stupéfiante résurrection de la Vendée traditionnelle.

3 commentaires sur “La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936)

  1. Mes meilleures salutations, Christophe !

    Avant toutes choses, sachez que j’apprécie infiniment votre blog, pour une raison simple : son caractère exhaustif. Un vrai cinéphile, d’après moi, c’est quelqu’un qui a bien évidemment ses goûts propres, mais qui n’a aucun a priori quant au pays d’origine ou à la période. Or on trouve sur votre site aussi bien des films des années trente que des productions récentes, et ce, qu’ils soient américains, français ou japonais. Tout cela témoigne un éclectisme rare. Bravo !

    S’agissant maintenant de « La terre qui meurt », je résume votre post en disant que vous avez trouvé le film un brin convenu, bien qu’il ait au moins le mérite de mettre en valeur un terroir généralement négligé du cinéma : la Vendée. C’est très certainement le cas… mais dites-moi : comment avez-vous pu visionner cette rareté ? DVD, cinémathèque ou lointaine réminiscence d’une séance passée ? Il y a d’ailleurs plusieurs films que vous chroniquez que je ne suis jamais parvenu à trouver dans le commerce ou auprès d’amis cinéphiles (comme par exemple, « Le mensonge de Nina Petrovna » ou « Cessez le feu »).

    En tout cas merci pour vos avis, souvent ils me confirment dans un choix de recherche, ou au contraire, me détournent d’un film dont je pressentais le navet…
    Bien à vous,

    • Bonjour Philippe,
      Merci pour vos compliments.
      Les biais par lesquels je vois les films chroniqués ici sont très variés.
      Pour La terre qui meurt, il a été projeté à la Cinémathèque française dans le cadre de leur festival dédié aux restaurations. C’est là que je l’ai vu. Si vous être intéressé par ce film de Jean Vallée, sachez que la Cinémathèque de Vendée édite un DVD (où il y a également la version de Jean Choux) mais qui ne présente pas la très récente -et à mon avis capitale compte tenu de la nature très particulière de cette oeuvre- restauration du CNC.
      Très cordialement,
      Christophe

      • Bonjour Christophe, et merci pour votre réponse !
        Je me disais bien que vous aviez vu le film dans une version restaurée du CNC, dans ce cas, peut-être vont-ils le rééditer d’ici quelques années en DVD ? Ou le passer à la TV ?
        Mais merci de l’info au sujet de la Cinémathèque de Vendée – quoique cinéphile, je pensais naïvement que les cinémathèques régionales ne commercialisaient que des documents d’archive, du genre présentation touristique de la région qu’elles représentent. Apparemment, voilà une source documentaire à ne pas sous-estimer… car la version de Jean Choux a peu de chances de faire l’objet d’une restauration, et ne peut donc être retrouvée qu’ici !

        Bien à vous,

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