Paul Sanchez est revenu ! (Patricia Mazuy, 2018)

Dans le Var, une jeune gendarmette prend à coeur la traque d’un homme qui, ayant assassiné sa famille dix ans auparavant, serait revenu.

Même si elle instrumentalise la schizophrénie de son personnage éponyme pour faire opportunément rebondir son scénario, Patricia Mazuy a réalisé un beau film sur le besoin d’extraordinaire d’autant plus grand et irrationnel que l’ordinaire dans lequel on s’ébroue est morne. S’il y a bien une constante dans l’hétéroclite filmographie de Mazuy, c’est la sourde mise en exergue de l’étroitesse provinciale. Cela enrichit la quête de l’héroïne d’une tonalité grotesque et satirique. Pour autant, l’auteur ne se contente pas de pointer le ridicule ponctuel de ses personnages. Ainsi, dans la séquence où la gendarmette va interroger les maraîchers, le spectateur comprend son exaltation (amplifiée par l’audacieuse musique de John Cale) sans forcément la faire sienne. Dans cet art d’équilibriste réside la richesse de la mise en scène. L’ironie de la fable ne le cède jamais à la tension du thriller. Cette réussite doit énormément à l’interprétation de Zita Hanrot dont chaque geste rend sensible le vacillement obsessionnel de son charmant personnage.

Moulin rouge (André Hugon, 1939)

Deux amis qui vivent sous le même toit tentent de joindre les deux bouts en en faisant le moins possible.

Yves Mirande refait Baccara mais c’est nettement moins bien que son chef d’oeuvre car la relation entre les deux hommes est moins précisément étayée (de ce fait, l’homosexualité est d’autant plus suggérée) et le récit ne sait pas trop où il va. Ceci dit, les dialogues sont pas mal, il y a des chansons de Van Parys, et le duo contrapuntique formé par le très élégant René Dary et le cabotin Lucien Baroux fonctionne bien. D’où que ce Mirande moyen s’avère un assez bon Hugon.

La goualeuse (Fernand Rivers, 1938)

Une chanteuse des rues est amenée à témoigner dans un procès opposant son amant criminel au père de ce dernier qui est accusé du crime de son fils naturel.

De ce mélo improbable concocté par Jean Guitton à l’intention de Lys Gauty, célèbre chanteuse d’alors, Fernand Rivers a réussi à tirer un film admirable et singulier. Le premier coup de génie a été d’accorder une grande importance à des personnages n’ayant qu’une incidence tardive sur l’action dramatique. Le regard sur ces mariniers marginaux est à la fois tendre, cocasse et digne. C’est sans avoir l’air d’y toucher que leurs scènes avec la police expriment la méfiance immémoriale du petit peuple envers les forces de l’ordre. Par exemple, lors de la première audition des témoins au palais de Justice, le film s’attarde beaucoup sur les déambulations de Dorville dans le bâtiment. Accentué par la largeur inhabituelle des cadres, le fossé entre le peuple et l’institution judiciaire est mis en exergue avec une drôlerie certaine. Plus tard, avec une audace folle mais assurée, le découpage insuffle de l’humour à une étonnante séquence de noyade. Par ailleurs, l’insertion des -belles- séquences de chant montre comment la commande pouvait stimuler la liberté de la narration.

Ce décalage ponctuel du traitement n’est qu’une manifestation parmi d’autres de l’élégance du metteur en scène. L’absence d’appesantissement d’une caméra dynamique, l’exceptionnelle richesse de la musique, qui fait la part belle à la trompette et à la clarinette, et la qualité de la photographie (on retrouve les contrastes vespéraux du Chemineau) en sont d’autres. Tandis que le groupe des mariniers amuse (le couple formé par Marguerite Pierry et Arthur Devère !), les acteurs du drame central jouent avec conviction mais sans caricature. In fine et par-delà les aberrations du scénario, les drames d’un père réconcilié avec sa chair  et d’une veuve éplorée émeuvent.

Sa meilleure cliente (Pierre Colombier, 1932)

Pour se renflouer, un couple de joueurs ruinés ouvre un institut de rajeunissement en faisant croire que madame est la mère de monsieur.

L’idée de départ est astucieuse mais les développements ressortent du vaudeville le plus éculé. Le dramaturge Louis Verneuil ne s’est pas foulé pour adapter son écriture au médium cinématographique. Et dire que Paul Vecchiali y voit « un chef d’oeuvre »…

Le chemineau (Fernand Rivers, 1935)

Un journalier itinérant met une fille de ferme enceinte avant de repartir…

Après le beau film muet de Henry Krauss, voici une nouvelle adaptation de la pièce de Jean Richepin. Plus encore que le sobre Krauss, Fernand Rivers a magnifié la campagne française. La liberté du ton (ménage à trois en toute tranquillité), le lyrisme de la musique et, surtout, l’intégration des personnages aux paysages ensoleillés, renforcée par les travellings, confèrent à la première partie une sensualité lumineuse et panthéiste qui préfigure Une partie de campagne. La photographie de Jean-Pierre Mundviller ne se borne pas enregistrer la spendeur de la Nature mais dramatise plusieurs plans grâce à de superbes contrastes. Chantant, dansant ou doutant, Victor Francen interprète un personnage aux multiples facettes. Cette inspiration variée de la mise en scène permet de faire passer les artifices d’une dramaturgie qui reste fondamentalement théâtrale. Cette fois, même si je ne le partage pas à 100%, l’engouement de Paul Vecchiali (« une des oeuvres les plus fortes réalisées en France dans les années 30 ») est compréhensible.