Mandingo (Richard Fleischer, 1975)

Dans une plantation du Sud des Etats-Unis, le fils achète un esclave et en fait un lutteur.

Au-delà des images de violence sauvage qui n’ont rien perdu de leur puissance de choc, cette grande fresque de l’esclavage, si elle pâtit d’une exposition un peu longue, rend sensible une dialectique de la déshumanisation et de la réhumanisation qui passe aussi bien par les rebondissements d’un récit retors mais cohérent car centré sur les pulsions sexuelles des personnages que par l’attention de la caméra au regard perdu de Ken Norton. Finalement, seul le personnage de James Mason, avec son enfant noir repose-pieds, apparaît caricatural. Comme dans Les damnés, l’abondance de zooms, étonnante chez un cinéaste classique de l’acabit de Richard Fleischer, participe d’une esthétique déviante en accord avec le sujet infernal et décadent. En définitive, Mandigo s’avère un des meilleurs films de son réalisateur.

Soleil vert (Richard Fleischer, 1973)

En 2022, dans un New-York ultra-pollué, un policier enquêtant sur le meurtre d’un notable met à jour une terrible vérité.

Avec les propos terrifiants de justesse du personnage de Edward G.Robinson au début du film, j’ai craint que visionnier ce dernier ne me fasse culpabiliser de mon mode de vie d’occidental et n’entraîne chez moi une prise de conscience me transformant en écolo relou. Heureusement, plus de peur de que de mal: réduisant son récit à une intrigue policière (mal fichue car contenant des concessions mal intégrées à l’image de la star), il s’est avéré tout à fait inoffensif politiquement parlant. Soleil vert fait partie de l’espèce terriblement ennuyeuse des films se réduisant à une idée. Et comme cette idée est plus connue que le film lui-même, regarder le film ne présente à peu près aucun intérêt.

L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968)

Au début des années 60, la police de Boston chercher à retrouver un criminel qui étrangle des femmes.

Suremployé, le split-screen a tout d’un gadget fatigant. La narration ne privilégiant aucun point de vue, le spectateur ne sait pas vraiment pourquoi les auteurs se sont piqués de faire un film de ces faits divers monstrueux: l’adresse finale fait office de note d’intention plus que de conclusion. Heureusement, il y a Henry Fonda (le jeu de Tony Curtis est trop chargé).

L’énigme du Chicago-express (The narrow margin, Richard Fleischer, 1952)

Un policier est chargé de protéger une témoin-clé d’un procès contre la mafia dans le train qui l’amène au tribunal.

Un titre emblématique des qualités techniques de la série B américaine policière du début des années 50 : sécheresse, concision, dureté. L’inventivité formelle de Richard Fleischer se manifeste dans l’importance dramatique des reflets mais c’est bien le seul trait qui singularise son film, exercice de style habile mais dénué de toute profondeur morale, psychologique, documentaire ou politique.

Child of divorce (Richard Fleischer, 1946)

Les parents d’une petite fille divorcent.

Un drame court, sec et juste. Voir un film hollywoodien montrer, avec autant de cruauté tranquille que chez Luigi Comencini ou Mikio Naruse, des parents se désintéresser de leur progéniture stupéfie. Coup d’essai, coup de maître pour Richard Fleischer.

Mir kumen on (Aleksander Ford, 1936)

La vie dans un sanatorium pour enfants construit par le Bund, organisation socialiste juive.

Les chants d’enfants faisant des farandoles dans la nature sont d’autant plus poignants qu’il est impossible de regarder ce film sans avoir à l’esprit ce qui est arrivé à la quasi-totalité de ces jeunes Juifs polonais une demi-douzaine d’années après le tournage. Mir kumen on (en yiddish: « Nous arrivons ») est un film d’un sublime particulier.

La rue sans joie (André Hugon, 1938)

Parce que la propriétaire des lieux voulait l’entremettre avec un riche malfrat, une jeune fille pauvre est mêlée à une affaire de meurtre dans un bordel.

Adapté par André Hugon, le roman de Hugo Bettauer rendu célèbre par le chef d’oeuvre muet de G.W Pabst tend nettement vers le mélodrame de l’espèce la plus simplette. Cependant, une technique ambitieuse pallie, tant bien que mal, aux faiblesses de l’écriture. Un art consommé du montage parallèle allié à la musique concourt à maintenir l’intérêt du spectateur. Si les décors sont indigents, certains plans semblent tournés à la grue, ce qui étonne dans un film français des années 30. Enfin, une distribution prestigieuse dirigée sans trop de caricature et un beau numéro de Fréhel achèvent de me rendre indulgent avec ce cher André Hugon. Encore une fois.