…Sans laisser d’adresse (Jean-Paul Le Chanois, 1951)

A Paris, un chauffeur de taxi conduit une jeune fille de Chambéry à la recherche d’un journaliste qui l’a séduite.

Le prétexte est astucieux et suffisamment bien développé pour que la vadrouille nocturne dans la capitale paraisse vraisemblable. En effet, le premier objectif de ce rejeton français du néo-réalisme rose semble être de présenter, avec sympathie et vivacité mais sans pittoresque excessif, une vue transversale de la société parisienne; en particulier le milieu des journalistes et celui des chauffeurs de taxi. Objectif atteint grâce à des notations documentaires précises sur le travail des protagonistes, à des seconds rôles gouailleurs et authentiques -de Carette à Trabaud en passant par les jeunes De Funès et Piccoli- et à l’importante présence des décors réels. Du métro aérien de la Chapelle au village de Montmartre, de l’Hôtel-Dieu aux caves de Saint-Germain, de la Mutualité où se tient une réunion syndicale à la rédaction de France-soir (France Roche tient un rôle important et beau), rarement Paris aussi été aussi largement montré dans une fiction. Le découpage est fluide et enlevé. Cette chaleureuse entomologie du Paris de l’après-guerre fait de …Sans laisser d’adresse une sorte de film de Becker sans le génie. C’est déjà pas mal.

De plus, cette oeuvre unanimiste (à ce titre, le climax où Le Chanois se prend pour Capra est ce qu’il y a de moins convaincant) contient sa propre critique en révélant au fur et à mesure de son déroulement le drame d’une laissée-pour-compte de ce qu’il faut bien appeler la société patriarcale. Cette critique est surtout matérialisée par deux séquences qui brillent par leur tact plein de justesse quoique empli d’un sourd appel à l’émancipation: l’une dans un « centre d’accueil pour jeunes mamans », l’autre confrontant une jeune femme à la famille de son amant. Danièle Delorme se sort très bien d’un rôle qui aurait pu faire sombrer le film dans la mièvrerie. Quant à Bernard Blier, il est toujours parfait dans la banalité; la foncière vénalité de son personnage -ce qui n’est pas présenté comme un défaut moral mais comme une caractéristique de son métier- rend d’autant plus sublime ses élans de générosité.

Beaucoup plus réussi que Agence matrimoniale, …Sans laisser d’adresse est donc un des plus dignes représentants de la comédie populiste d’après-guerre.

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