Le syndicat du crime 3 (Tsui Hark, 1989)

En 1975, deux cousins qui veulent fuir Saïgon pour Hong-Kong s’allient à une belle et mystérieuse trafiquante.

Rien à voir avec les deux précédents opus qui étaient signés John Woo. Ici, le sens de l’Histoire et la présence du féminin permettent de concrétiser l’ambition lyrique. Là où, indifférent à tout contexte, Woo engluait ses personnages dans un sentimentalisme outrancier sans même assumer l’homosexualité sous-jacente, la hauteur de vue de Tsui Hark est tangible dans le plan, bref et poignant, où les héros se rendent compte que l’hôpital où ils ont emmené leur amie agonisante est déjà rempli d’enfants blessés. L’éducation sentimentale frottée à la tragédie historique -tragédie restituée avec un sens de l’urgence à l’opposé de tout académisme- engendre un romanesque à la David Lean.

L’excellent trio d’acteurs, au milieu duquel rayonne une Anita Mui sublimée, permet au côté Jules et Jim de l’histoire de très bien fonctionner. Les fusillades, plus gracieuses car moins sanguinolentes et plus dansantes que chez John Woo, alternent avec des instants de pur bonheur. C’est un des privilèges du cinéma de Hong-Kong de ces années-là que d’avoir pu ranimer des archétypes et des sentiments simples grâce au contexte de la fin de la guerre du Viêt-Nâm et des exils afférents, permettant de réactiver les grands récits épiques à base de terres promises et de rêves de nouveaux départs avec la candeur des premières fois. Même la musique synthétique, sans être géniale, est nettement plus variée et touchante que celle, très agaçante, du précédent épisode.

Le bancal de certaines articulations de scénario visant à maintenir une opposition dramatique tout le long du récit n’empêche pas Tsui Hark d’emporter le morceau avec une fin déchirante où l’émotion se passe de mots. Magnifique découverte.

 

9 commentaires sur “Le syndicat du crime 3 (Tsui Hark, 1989)

  1. Bonjour Christophe, ça fait un bail ! D’accord sur quasiment tous les points de votre notule et nous sommes peu, apparemment, à préférer ce troisième volet (en fait une « prequel ») aux deux précédents. Je reste tout de même un grand inconditionnel de John Woo et plus particulièrement The Killer et Une balle dans la tête dont la virtuosité des séquences d’action mêlée à une émotion débridée, outrancière mais sincère, me laisse à chaque fois ébahi. Est-ce de la mauvaise foi si je trouve que, des « gunfights » de Peckinpah, Woo a amplifié le spectaculaire tout en évitant miraculeusement le côté roublard voire rhétorique du premier ? Toujours est-il que je jette davantage la pierre à des cinéastes comme Walter Hill qui, s’ils ont signé leur lot de bons films, se sont contentés d’émuler souvent sans passion le style de Bloody Sam. Et la passion, chez Woo, on la sent à chaque plan.

    • Salut Dédé, ça fait plaisir de vous retrouver!
      Si je veux bien que l’on privilégie le 1 pour son côté « classique fondateur », ça me semblerait complètement délirant de mettre le 2 au dessus du 3.
      Quant à Woo, décidément, je ne suis pas fan. Justement, ce film de Hark est comparable à Une balle dans la tête (le projet initial est le même) mais je ne crois pas une seule seconde à l’outrance sentimentale (lyrique, diront les fans) et je m’ennuie devant ce qui m’apparaît comme une pure et simple succession de chromos hypertrophiés par la rhétorique (ralentis…). Dans Le syndicat du crime 3, Hark mêle l’intimisme à la grande Histoire avec une hauteur de vue admirable.

      • je comprends votre allergie, Woo ça passe ou ça casse. Je hais généralement les gros sabots mais, dans le cas du cinéma HK de l’âge d’or, il y a une énergie, une liberté de ton et une candeur (quasiment introuvable de nos jours) qui me font y revenir avec toujours le même plaisir.
        (Je chipote mais on dira plutôt « un film de Tsui », Hark étant son prénom.)

  2. Oui le début du film est très intéressant, avec une sensibilité au mouvement étudiant de 1989 et à la présence chinoise au Vietnam, le rapport complexe à Hong Kong. Cela rappelle un peu la sensibilité politique, y compris dans sa portée pédagogique, et le mélange de mélancolie et de sens de l’épique de HHH pour Taïwan. Mais après cela se délite un peu et devient très schématique ( l’attentat qui coûte la vie au père, le sadisme du rival). Les anachronismes (costume, avions et voitures de la fin des années 80 pour un film censé se passer pendant la guerre du Viet-Nam) m’ont de surcroît sorti du film, même si c’est peut-être une forme de jeu avec les conventions du feuilleton.

  3. D’autant plus dommage que c’est un beau personnage, qui donne de la profondeur au film. Merci en tout cas pour votre site, je me retrouve souvent dans vos avis, à plusieurs années de distance (je deviens un peu macmahonien en vieillissant) et si vos réserves sont rarement injustes, cela veut dire que vos enthousiasme sont fondés.

    • Le HHH des années 80 (en gros des Garçons de Fengkuei à La cité des douleurs), c’est une série de films en état de grâce, foisonnants et souverains, qui n’ont rien à voir avec les suivants, de plus en plus dénués de substance et calibrés pour alpaguer le bobo festivalier lambda. Millennium Mambo est un terrible pensum.

  4. c’est juste, le marrant. Ce troisième Syndicat a par instants l’ambiance et la sensibilité d’un film comme La cité des douleurs qui lui est d’ailleurs contemporain.

    • vous me donneriez presque envie de retenter ma chance avec HHH que je fuyais depuis les déconvenues absolues de Café Lumière et Millenium Mambo

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