Mademoiselle de la Seiglière (André Antoine, 1921)

Entre la Révolution et la Restauration, une famille noble et la famille de ses fermiers, se dispute un domaine.

L’exposition, où quinze minutes d’images dénuées d’action condensent trente ans de péripéties, démontre une rare inintelligence du rythme cinématographique. La suite n’a pas plus d’intérêt tant il est impossible de se passionner pour ces histoires répétitives d’exil, de retour et d’appropriation matérialisées par des images monotones de comédiens perruqués.

Comment l’esprit vient aux femmes (Born yesterday, George Cukor, 1950)

Un lobbyiste sans scrupule demande à un intellectuel de gauche d’éduquer sa maîtresse écervelée pour qu’elle intègre la haute-société de Washington.

Une fable amusante quoique prévisible et non dénuée d’artifices théâtraux (c’est l’adaptation d’une pièce de Garson Kanin). Le plus patent de ces artifices: la situation de l’action à Washington assimile un peu facilement le fait de se cultiver à l’assimilation de nobles principes hérités des pères fondateurs. La subtilité comique de Judy Holliday, la sympathie de William Holden et l’abattage -si monotone soit-il- de Broderick Crawford portent le film.

Absence de malice (Sydney Pollack, 1981)

Tuyautée par un ami du FBI, une journaliste écrit un article incriminant le fils d’un trafiquant d’alcool dans la disparition d’un leader syndical.

La nonchalante élégance de Paul Newman illumine ce faux thriller au scénario astucieux mais à la mise en scène un peu empâtée. Via l’émouvant personnage de l’amie catholique pointe une mélancolique réflexion sur l’inconséquence superficielle de ceux qu’on n’appelait pas encore les bobos. Attachant.

Le lien (Ingmar Bergman, 1971)

L’épouse d’un professeur suédois devient la maîtresse d’un collègue anglais de son mari.

Caricature de film de Bergman où la rigueur formelle du maître a disparu. En résulte une sempiternelle histoire d’adultère féminin où l’expression passe par les mots, bien choisis, plus que par la mise en scène malgré l’attention maintenue aux visages. Le Suédois s’avère inapte à filmer le bonheur amoureux, pourtant essentiel à la dialectique dramatique d’un tel récit. Barbant.

 

Der Herr auf Bestellung (Geza von Bolvary, 1930)

Un discoureur de mariage tombe amoureux d’une baronne.

Pourquoi ce poussiéreux navet s’est-il retrouvé sur mon disque dur? Impossible de me rappeler. La signature du pourtant très médiocre Geza von Bolvary? La présence de Willy Forst dont je n’ai jamais été fan en tant que comédien (c’est un Henri Garat allemand) ? Il est temps de calmer cette cinéphilie qui parfois vire au délire.

Romances et confidences (Mario Monicelli, 1974)

Un délégué syndical quinquagénaire épouse une superbe jeune fille mais commence à être rongé par la jalousie lorsque celle-ci rencontre un jeune policier venu se plaindre d’avoir été blessé lors d’une manif.

Sur le thème assez classique dans la comédie italienne de l’homme mûr amoureux d’une jouvencelle, Mario Monicelli a réalisé un de ses meilleurs films. C’est dû à la complexité du comportement de l’homme, tentant de refréner ses instincts jaloux au nom de la haute idée qu’il se fait de la civilisation et du progrès. Il tente de vivre sincèrement ses valeurs, ce qui donne lieu à des scènes particulièrement poignantes par leur noblesse. La relation entre les époux est également d’une belle richesse, déjouant à plusieurs endroits, tel le lit, les schémas attendus. Grâce aux détails qui singularisent leur relation et évidemment à l’immense qualité de leur interprétation , le couple formé par Ugo Tognazzi et Ornella Mutti fonctionne vraiment. Un des autres atouts du film est sa savante construction en flashbacks mâtinés de différentes voix-off. Loin de compliquer inutilement la narration, cela justifie pleinement le second terme du titre français. Le ton de l’oeuvre y gagne en intimisme et en humour puisque les commentaires du personnage principal ne sont pas exempts d’auto-dérision. Bref, malgré une photographie ingrate et un coup de mou aux deux tiers du film suivi par une relance quelque peu artificielle de son intrigue, Romanzo populare est une belle réussite, plus émouvante que drôle et clairement supérieure à Drame de la jalousie.

 

La terre (André Antoine, 1921)

Partageant sa propriété entre ses trois enfants, un vieux paysan beauceron se voit confronté à l’égoïsme filial.

Un beau film, emblématique des forces et des limites de Antoine cinéaste. La force essentielle, c’est bien sûr le constant réalisme de surface: décors naturels, insertion de nombreux tableaux de genre. Antoine a un sens du cadre qui rend véritablement présent le milieu géographique, architectural et social où évoluent ses protagonistes. Il utilise amplement et pertinemment la profondeur du champ. En résultent vérité immédiate et force dramatique du plan. Certains ont critiqué ses acteurs au motif qu’ils venaient de la Comédie-française, je les ai trouvés bons: naturels et pas excessifs. La limite de l’oeuvre, c’est en fait le manque d’unité du récit, le dessein d’ensemble qui peine à être rendu sensible faute d’un rythme pensé dans la globalité du film: les scènes se succèdent sans que l’accent ne soit mise sur l’une ou l’autre, à part à la fin avec la longue agonie du personnage principal.

Train, amour et crustacés (It happened to Jane, 1959)

Dans une petite ville du Maine, une vendeuse de homards attaque une puissante compagnie ferroviaire après un retard de train qui a entraîné l’échec d’une livraison.

Plus que jamais, Richard Quine imite Frank Capra. La mise en scène n’a plus le dynamisme saillant de Une Cadillac en or massif. Le beau Technicolor met bien en valeur la campagne verdoyante mais la caméra a perdu en vivacité. Mêlant comédie romantique, démagogie américaine (la fin consensuelle ôte toute illusion sur la profondeur de la satire) et légère mélancolie (le titre français est parfait), le récit n’est pas toujours articulé avec vraisemblance. L’inévitable moment d’euphorie collective, de même que le discours façon Mr Smith au sénat, paraissent forcés. De plus, Doris Day n’a pas l’entrain comique de Judy Holliday mais heureusement, il y a Jack Lemmon et Ernie Kovacs. Bref, ça reste plaisant pour peu qu’on soit client du genre (et qui n’est pas client de la comédie américaine?) mais c’est loin d’être un chef d’oeuvre.

La communion solennelle (René Féret, 1977)

L’histoire d’une famille du Nord de la France au XXème siècle.

La chronologie éclatée introduit une absurde confusion dans cette histoire qui n’en demeure pas prenante grâce à sa richesse intrinsèque et à la chaleur de son interprétation; stars, futures stars et inconnus brillent également. Réalisant une des rares fresques familiales françaises -genre plus prisé par les Italiens et les Américains- René Féret évite aussi bien la mièvre démagogie que le cynisme facile pour emprunter la voie étroite de la justesse des observations.

Le trésor du Guatemala (Treasure of the golden condor, Delmer Daves et Otto Preminger, 1953)

Au XVIIIème siècle, un jeune Breton accompagne un vieil homme chercher un trésor au Guatemala pour reconquérir le titre et les terres dont son oncle l’a dépossédé.

Dans ce film d’aventures, Delmer Daves, secondé par Otto Preminger, ne fait preuve d’aucun génie mais le Technicolor et un récit dense et varié niveau décors assurent le minimum syndical en terme de divertissement.

La nuit des généraux (Anatole Litvak, 1967)

En Pologne puis en France occupée, enquête sur des meurtres sadiques de prostituées commis par un général allemand.

J’ai rarement vu un « whodunit » aussi prévisible mais le film, superproduction sans personnalité mais non dénué d’une intelligence minimale notamment dans le point de vue sur l’attentat du 20 Juillet, se suit quand même agréablement. Les sauts de la narration et la prestigieuse distribution y sont pour beaucoup. J’ai découvert que Omar Sharif pouvait avoir du charisme. Un effet de son uniforme bien coupé?