Les croisades (Cecil B.DeMille, 1935)

Partant à la troisième croisade, Richard Coeur de Lion épouse la fille du roi de Navarre pour que son père fournisse de la nourriture à son armée.

Malgré d’impressionnantes séquences de batailles, l’écriture de ce film est foncièrement théâtrale. En plus de disposer du lyrisme spectaculaire et sacré propre à DeMille, Les croisades surprend agréablement avec ses scènes de comédie de remariage (rappelons que DeMille inventa le genre autour de 1918) et une belle hauteur de vue quant au conflit Chrétienté/Islam mais est desservi par le trop apparent carton-pâte des décors, l’absence de charisme de Henry Wilcoxon (qui joue Richard Coeur de Lion) et un découpage heurté, peinant à instaurer fluidité et naturel au récit d’une grande hétérogénéité.

Il faut vivre dangereusement (Claude Makovski, 1975)

Un détective privé est appointé par un Allemand pour enquêter sur les infidélités de son épouse mais il y a anguille sous roche.

Contrairement à un film de Philippe de Broca, ça manque de fantaisie et de style et le mélange des registres manque d’équilibre . Cependant, si on est indulgent, ça se laisser regarder grâce à la présence de Annie Girardot et Claude Brasseur.

Middle age crazy (John Trent, 1980)

Crise de la quarantaine chez un bourgeois américain.

Film tiré de la chanson éponyme de Sonny Throckmorton immortalisée par Jerry Lee Lewis (qui a co-écrit le scénario). Ce n’est pas du Blake Edwards mais c’est bien vu, tendre et touchant voire non dénué d’une certaine complaisance. Figurer la crise de conscience avec des inserts « mentaux » est facile mais efficace.

Histoire de trois amours (Gottfried Reinhardt et Vincente Minnelli, 1953)

Trois passagers d’un paquebot se souviennent d’un amour:

  • Un créateur de ballet (James Mason) rencontra une ballerine (Moira Shearer) à qui les médecins avaient interdit de danser.
  • A Rome, une professeur de Français (Leslie Caron) tomba amoureuse de son élève de 11 ans (Ricky Nelson) transformé en homme (Farley Granger) le temps d’une nuit.
  • A Paris, un ancien trapéziste (Kirk Douglas) traumatisé par un accident sauve une jeune fille (Pier Angeli) qui s’était jetée dans la Seine et en fait sa partenaire pour un prochain numéro.

C’est le deuxième segment qui est mis en scène par le grand Vincente Minnelli mais il n’est pas spécialement mieux que les deux autres. Dans l’ensemble, c’est plutôt très bon, à la fois classiquement hollywoodien avec le Technicolor, les stars, les capitales européennes reconstituées en studio et le sens du spectacle (trapèze, danse, fantastique) mais aussi révélateur d’une certaine modernité car chacune des trois intrigues, traitées avec justesse, s’articule autour d’une ou de deux névroses, plus ou moins graves. Le dernier sketch est à ce titre le chef d’oeuvre du spicilège.

En rade (Alberto Cavalcanti, 1926)

Dans un port, le fils d’une blanchisseuse rêve de partir au loin avec une serveuse.

« Fleuron » à juste titre oublié de l’avant-garde française, En rade, s’il contient moins de rhétorique esthétisante que d’autres films de ce courant, échoue totalement à insuffler de la consistance à ses personnages à cause d’une narration obscure, d’un drame schématique et d’une direction d’acteurs uniformément pesante. Les historiens qui en font un « précurseur du réalisme poétique » ont raison mais, en la matière, En rade vient cinq ans après Fièvres qui réussissait mieux sa retranscription de l’atmosphère des bouges.

Eclair de lune (Norman Jewison, 1987)

Son fiancé parti accompagner sa mère dans ses derniers instants en Sicile, une trentenaire italo-américaine tombe amoureuse de son futur beau-frère.

La tendresse du regard sur certains personnages secondaires n’empêche pas d’être frustré devant cette comédie qui sonne parfois faux, notamment à cause de dialogues artificiels.

Sally in our alley (Maurice Elvey, 1931)

Une serveuse de pub s’inquiète de ne jamais revoir son fiancé parti à la guerre.

Une nouvelle preuve de l’infériorité du cinéma anglais dans les produits de consommation standard, malgré un ancrage assez intéressant dans un quartier populaire de Londres (reconstitué en studio): la star est laide et chante mal, le jeu des acteurs sonne parfois complètement faux à force de surjeu théâtral, la photographie est d’une absolue platitude et le rythme est poussif.

Ici brigade criminelle (Private Hell 36, Don Siegel, 1954)

Après avoir neutralisé un bandit, un flic s’accapare une partie de son butin malgré les grandes réticences de son collègue.

Produit, écrit et interprété par Ida Lupino, ce film dont le héros amoureux d’une femme vénale passe du mauvais côté de la barrière a une intrigue de film noir mais est mis en scène avec une sécheresse réaliste qui le tire vers la chronique. Confrontés à leurs soucis matériels et conjugaux, les flics sont présentés avec une sympathie entomologiste qui préfigure les grands films adaptés de Joseph Wambaugh. Les acteurs sont tous impeccables, Steve Cochran fait même preuve d’un charisme certain, il n’y a pas de fioriture visuelle, le retournement final est habile et la mise en scène s’avère géniale au moment crucial où les flics se retrouvent face au magot, rendant sensible la naissance de la Tentation dans l’esprit du deuxième flic. A l’exception d’un dénouement moralisateur un peu artificiel et de quelques dialogues un brin surexplicatifs notamment lorsqu’il s’agit de traduire le matérialisme des personnages, c’est donc quasi-parfait.

Mahjong (Edward Yang, 1996)

Une jeune Française arrivée à Taïwan pour rejoindre un homme avec qui elle a eu une liaison à Londres est prise en charge par des adolescents louches.

L’exposition, qui présente avec fraîcheur et vivacité de nombreux personnages et de multiples enjeux, est remarquable mais le récit se délite par la suite, faute d’unité et de focus. Le découpage visuel est à l’image du récit: l’abondance de plans larges dénote l’absence de mise d’accent accent dramatique. Mahjong s’avère en définitive un cruel constat moral sur Taïwan, constat dont l’amertume est adoucie par la grâce de Virginie Ledoyen, actrice alors sublime qu’on ne voit cependant pas assez souvent à l’image.

La divine croisière (Julien Duvivier, 1929)

L’équipage d’un armateur véreux disparaît dans une tempête. La fille de l’armateur, amoureuse du capitaine, monte une expédition pour partir à leur recherche.

Le sens visuel de Julien Duvivier, alors à son sommet, poétise une histoire tarabiscotée et teintée de mysticisme chrétien.

Tout simplement noir (Jean-Pascal Zadi et John Wax, 2020)

Peinant à trouver des emplois, un comédien noir décide d’organiser une marche des hommes noirs qui l’aidera à se faire connaître.

La structure narrative est déficiente et le film apparaît finalement comme une succession de sketches mais le sujet de l’identité est traité avec un génie comique tous azimuts qui empêche le film d’être récupéré par tel ou tel camp: tantôt outrancier et surprenant jusqu’au malaise (la séquence au restaurant qui vire au film d’horreur sans forcément perdre en vraisemblance) tantôt très subtil (la scène avec Omar Sy, doucement cruelle), Jean-Pascal Zadi pourrait s’avérer un digne héritier de Dino Risi: son regard sur son personnage médiocre est impitoyablement lucide et gorgé de dérision mais non dénué d’empathie et mis en relation avec des problèmes sociaux cernés avec acuité.

Pasqualino (Lina Wertmüller, 1975)

Un maquereau napolitain prisonnier des nazis prend conscience de l’horreur nazie mais tente de survivre quitte à se compromettre avec les tortionnaires.

Traitant le plus épineux des sujets épineux qu’est l’extermination nazie, Lina Wertmüller n’a nullement renoncé à l’outrance caricaturale de son style, ce qui engendre des scènes proprement hallucinantes telles les longues séquences de massacre de masse dans le camp de concentration avec amples mouvements de caméras, gros plans plans sur des sexes d’hommes morts et chevauchée des Walkyries en fond sonore! Sans jouer au moraliste du cinéma, c’est quelque chose qui m’a personnellement répugné. Comme m’ont répugné la systématique laideur des personnages féminins, laideur exacerbée par la mise en scène qui abuse du gros plan (si possible disgracieux), la lumière pléonastiquement verdâtre dans la confrontation entre le prisonnier et sa geôlière et le générique stupéfiant de crétinerie où des images d’archives des dictateurs sont accompagnées par une chanson italienne ponctuée de gras « oh yeah! ». Néanmoins, je ne suis pas d’accord pour taxer Pasqualino de confusionnisme idéologique car le sens du récit m’a semblé parfaitement clair tant il est dénué de finesse dans son expression: le voyage au bout de l’enfer du minable maquereau occasionne à la fois sa prise de conscience morale et sa salissure irrémédiable, mais nécessaire à sa survie. Ce n’est pas que du nietzschéisme de bazar.

Une femme a passé (René Jayet, 1928)

Un marinier enlève une chanteuse de cabaret mais son fils adoptif est à son tour séduit elle…

Canevas schématique transfiguré par une virtuosité représentative des cimes atteintes par le cinéma à la fin de sa période muette. Si, à force de montage rapide, le passage censé être le plus dramatique vire à la rhétorique, l’ensemble est remarquablement tenu et fluide; dans ce premier film, René Jayet, 22 ans, restitue la beauté des fleuves et le grouillement des bouges aussi bien que la brutalité sensuelle qui meut ses personnages de primitifs. Brillant.

Les aventures de Pinocchio (Luigi Comencini, 1972)

A la fin du XIXème siècle en Italie, un pauvre ébéniste crée une marionnette qui se transforme en petit garçon…

La haute réputation de cette télésuite en 6 épisodes chez certains éminents cinéphiles m’interroge. Si le début dans le village enneigé et misérable frappe par une certaine âpreté presque documentaire, la suite est longue et répétitive dans ses péripéties, de plus en plus artificielles: sans cesse, le gamin -doté d’une des pires têtes à claques vues au cinéma- dévie du bon chemin et s’en trouve puni. J’ai eu peine à croire que le budget avait été très important tant les images sont indigentes, le découpage sans invention et la musique ressassée. Les scènes entre Gepetto et Pinocchio sont assez touchantes mais finalement, sur les six heures que dure l’oeuvre, très rares. Pour autant, d’après mon souvenir, la version « courte » pour le cinéma n’est guère plus passionnante. Sur le thème de l’enfance, Luigi Comencini a fait tellement et si souvent mieux.

L’Écrin de l’ombre (The shadow box, Paul Newman, 1980)

Dans une clinique, trois personnes condamnées, rejointes par leurs familles, acceptent de répondre à des questions devant une caméra.

L’humilité de la mise en scène de Paul Newman efface l’origine théâtrale de son script pour atteindre à une vérité universelle sur la mort, la vie, la famille, l’amour…Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice abstrait de dramaturge sur des thèmes majuscules se révèle vibrant de justesse et de sensibilité grâce, notamment, à des acteurs parfaits et à un ton qui, tantôt drôle, tantôt sentimental, tantôt amer, tantôt allègre (la danse improvisée), n’est jamais plombant malgré l’extrême gravité du sujet: c’est le récit d’un consentement (à l’inéluctable) qui nous est narré.

Les aventures fantastiques du baron Münchhausen (Josef Von Baky, 1943)

Au XVIIème siècle à travers l’Europe, les aventures du baron de Münchhausen à qui Cagliostro donna des pouvoirs magiques.

L’imagerie et les trucages à la Méliès sont parfois charmants mais la mollesse du rythme, la platitude étriquée des plans et la laideur des comédiens empêchent la fantaisie de nous accrocher comme dans un bon équivalent hollywodien.

La loi et la pagaille (Ivan Passer, 1974)

A New-York, des commerçants excédés par l’insécurité intègrent une équipe supplétive de la police.

L’épaisseur du trait dans les scènes comiques altère parfois l’harmonie du mélange des registres mais le regard de Ivan Passer sur ses personnages petits-bourgeois, entre empathie et satire, est par ailleurs plein de justesse. Beau film, qui aurait pu être encore mieux.

Magic town (William Wellman, 1947)

Un sondeur s’installe dans une petite ville américaine qui reflète exactement les choix de l’ensemble du pays mais son entreprise est mise à mal par une journaliste qui veut justement faire évoluer l’opinion locale.

D’un côté, Robert Riskin, le fameux scénariste de Capra, s’empare d’un sujet très actuel (les sondages) mais d’un autre, son récit demeure trop abstrait et ses enjeux dramatiques trop flous. On a l’impression qu’il tente d’appliquer ses schémas classiques (type cynique qui devient gentil parce que frappé par la candeur du peuple, amour entre deux personnages opposés…) à une réalité nouvelle; sans beaucoup de succès, faute de clarté. Jane Wyman est bien et James Stewart superbe dans un rôle à la fois taillé pour lui et d’une noirceur relative mais inédite avant ses collaborations avec Hitchcock et Anthony Mann. William Wellman emballe ça de façon tout à fait impersonnelle. Bref, c’est moyen, malgré le prestige de l’affiche et l’originalité du sujet.

Un petit carrousel de fête (Zoltan Fabri, 1955)

Sur le point de se fiancer à un jeune homme choisi par ses parents, la fille d’un paysan hongrois tombe amoureuse d’un beau garçon…

Plus que par ses jeux de montage désuets et son pittoresque parfois appuyé trop longuement, ce joli classique du cinéma hongrois touche par la fraîcheur de ses interprètes et de ses décors, la subtilité de certaines scènes où le découpage permet d’imaginer ce qui se passe dans la tête d’un personnage et l’empathie de l’auteur pour chacun des personnages qui hausse le ton du récit.

Un homme pas comme les autres (Trouble along the way, Michael Curtiz, 1953)

Pour sauver son université de la faillite, un curé embauche un entraîneur de football américain au passé prestigieux. Celui-ci accepte avec d’autant plus d’empressement que, en plein conflit avec son ex-femme pour la garde de sa fille, il veut montrer sa bonne moralité.

Le comportement de l’épouse, trop diabolisée, manque de cohérence et ce qui y a trait constitue la faiblesse d’un récit particulièrement varié dans ses enjeux dramatiques et mené avec tact et fluidité. La relation entre le personnage de John Wayne et sa fille n’y manque pas de tendresse et surprend au regard de l’image de l’acteur.