La mort d’un bûcheron (Gilles Carle, 1971)

Une jeune campagnarde part à Montréal pour enquêter sur la disparition de son père bûcheron.

Racontant à la fois le classique dévergondage d’une belle innocente qui rencontre des hommes médiocres à son arrivée dans la grande ville et une enquête qui se conclut par une évocation de la lutte des classes, La mort d’un bûcheron s’éparpille sans convaincre dans aucun des registres abordés, faute de la moindre rigueur dramatique. Des fois, je me suis dit que, au-delà de son récit hétéroclite, Gilles Carle était surtout intéressé par faire exister à l’écran une communauté de personnages loufoques et variés ainsi que par la mise en valeur de sa muse sublime (Carole Laure) mais, peut-être est-ce l’accent québécois, ses scènes de groupe sont pénibles et laborieuses. Reste Carole Laure.

La vraie nature de Bernadette (Gilles Carle, 1972)

La mère d’un enfant de deux ans part s’installer à la campagne, se donne à plusieurs paysans et rencontre un agriculteur endetté qui veut créer un syndicat.

Etonnant à plus d’un titre. Indéniablement, la narration de La vraie nature de Bernadette s’inscrit dans la tendance « moderne » du cinéma, de par ses ellipses et ses coq-à-l’âne mais elle n’en demeure pas moins profondément cohérente et articulée. Au gré de son récit, Gilles Carle alterne la farce, le pamphlet social, le pathétique, la satire et les fusillades de western. Malgré que ces changements ne paraissent pas arbitraires, il résulte quand même de la projection une sensation d’inabouti et de manque d’unité. Où l’auteur a t-il venu en venir? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre, en tout cas après une seule vision. Pour radical qu’il soit, le propos politique n’est qu’esquissé. En revanche, il y a un vrai sens plastique: les images en Cinémascope de la campagne québécoise pendant l’été indien sont superbes et apportent un certain lyrisme.

La mégère apprivoisée (Ferdinando Maria Poggioli, 1942)

Un riche américain épouse et mate l’irascible fille d’un tailleur…

En plus d’être une comédie concise, enlevée et pleine de gaieté, cette transposition moderne de Shakespeare étonne par son ancrage dans la réalité de son temps: c’est pendant un spectacle dans un abri anti-bombardement que la jeune femme entame sa soumission. Les grimaces de Lila Silvi, uniformément caricaturale, altèrent la grâce de l’ensemble.

L’homme à femmes (Ferdinando Maria Poggioli, 1944)

Deux vieilles filles couturières tombent en adoration devant leur neveu, beau jeune homme indolent venu s’installer chez elles…

Une pépite inattendue. Sous les dehors d’une comédie sous cloche comme en produisait à la chaîne le cinéma italien sous Mussolini, cette adaptation du roman Sorelle Materassi montre l’amour avec une cruauté digne de Josef Von Sternberg (sauf qu’ici, ce sont des femmes qui sont victimes d’un Adonis). Cette cruauté n’exclut pas l’empathie pathétique, sans jamais sombrer dans le mélo toutefois. La mise en scène est à la fois simple d’apparence et riche d’évocations au service d’une profonde acuité psychologique; voir par exemple l’ironie des inserts de statues d’éphèbes lorsque l’une des soeurs commente son voyage à Rome, le grotesque bunuelien de la scène de mariage ou les hurlements hors-champ dans le plan final.

L’homme sans visage (Mel Gibson, 1993)

Dans une ville côtière à la fin des années 60, un jeune garçon demande à un ermite défiguré qui fut professeur de l’aider à passer le concours d’entrée de l’académie d’aviateurs dans laquelle il rêve d’entrer.

Quelques incohérences scénaristiques n’empêchent pas cette jolie fable d’être rondement menée et de toucher par la justesse de son appréhension de la psychologie enfantine et par la force de son lyrisme (belle musique de James Horner et paysages somptueusement filmés au diapason des états d’âme des deux personnages).

Doucement les basses (Jacques Deray, 1971)

Le curé d’un village breton voit son épouse qu’il croyait morte resurgir, au bras d’un truand: elle le menace de se donner à tous les marins du port si il ne la reprend pas.

Aïe. Jouant un curé dans une comédie avec Paul Préboist, Alain Delon a voulu sortir de ce que l’on appellerait aujourd’hui sa « zone de confort » mais force est de constater que le ratage est total et absolu. Intrigue paresseuse, invention comique quasi-inexistante (plus un gag est navrant plus souvent il est répété), vulgarité de « l’inspiration » et, il faut le dire, cabotinage lamentable du grand acteur qui vaut cependant le coup d’être vu par curiosité tant ce film et cette interprétation détonnent dans sa filmographie.