First cow (Kelly Reichardt, 2020)

Dans l’Oregon au XIXème siècle, deux chasseurs de castors -un Chinois et un Américain- s’associent pour fabriquer des beignets et les vendre aux pionniers.

Un exemple de l’imposture d’une certaine modernité et d’un cinéma soi-disant indépendant.

Derrière la posture démysthificatrice: une dramaturgie hyper-simpliste, avec ses deux gentils pauvres et son riche méchant, qui veut tuer les deux pauvres juste parce qu’ils ont trait sa vache. Que l’on est loin de la subtilité et de la complexité agissante du Passage du canyon, sublime western vieux de 75 ans racontant également (entre autres choses) une histoire d’amitié dans l’Oregon des pionniers.

Derrière les préoccupations politico-écolo clamées en interview*: un contexte social que l’insipidité des acteurs, le schématisme du récit et la pauvreté des cadres rendent inexistant autrement que par les dialogues (aussi piteux que le reste mais chargés d’expliciter ce que nombre de westerns classiques, tel La captive aux yeux clairs, exprimaient par le seul truchement de leur mise en scène: les thèmes de la frontière, de l’enrichissement capitaliste…).

Derrière les références à Mizoguchi**: des plans étriqués aux antipodes de la richesse et du dynamisme de ceux du maître nippon. La superposition de protagonistes dans des champs sans profondeur et mal éclairés (car à l’époque les saloons étaient mal éclairés) n’engendre que confusion et étouffement. A peu près aucun plan d’ensemble qui restituerait, par exemple, la topographie du fort. Il y a certes quelques jolies images automnales mais, encore une fois, même d’un strict point de vue visuel, on reste loin de la splendeur de n’importe quel chef d’oeuvre du genre tourné entre 1945 et 1960 (cf Le passage du canyon, encore une fois).

Si coup de génie de Kelly Reichardt il y a, c’est d’avoir réalisé un western étriqué (soit l’équivalent d’une comédie pas drôle).

*l’autrice compare son méchant au patron d’Exxon mais son commentaire est nécessaire pour que le spectateur fasse le rapprochement. Preuve de l’échec de l’oeuvre.

**visiblement confondu avec Ozu par la réalisatrice américaine dans son entretien en bonus du DVD mais ce n’est pas grave car ça fait toujours chic de citer des cinéastes asiatiques.

7 commentaires sur “First cow (Kelly Reichardt, 2020)

  1. bonjour Christophe ! Vous n’y allez pas de main morte avec ce film qui m’a personnellement séduit à l’instar d’autres réalisations de Kelly Reichardt (Old Joy, La dernière piste, Night Moves, Certain Women). J’y trouve une sérénité, une force tranquille, une façon de filmer l’Amérique profonde assez éloignée des tics « Indie/Sundance » qui ont tendance à me filer des boutons. Certes, tout n’est pas parfait et je trouve la plupart de vos réserves pertinentes ; mais en tant que fan de western des années 40-50, période qui a évidemment vu naître les plus parfaits spécimens du genre (et La captive aux yeux clairs comme Le passage du Canyon y figurent sans doute parmi les dix plus beaux), déplorant la manière uniforme dont on ne sait désormais plus qu’aborder le genre depuis des décennies, c’est-à-dire cynique, sinistre, pseudo-naturaliste ou en se reposant encore et toujours sur la panoplie leono-peckinpaïenne, je me suis dit que mine de rien, First Cow est sans doute la meilleure façon de tourner un western aujourd’hui. On évite aussi le néo-classicisme chiant des films de Costner (entre autres) pour retrouver quelque chose que j’avais ressenti dans des bandes comme L’ouragan de la vengeance de Monte Hellman ou L’homme sans frontière de Peter Fonda: un côté modeste et chaleureux. Peut-être que je me mets le doigt dans l’oeil et n’ai pas su déceler le sous-texte démago-libéral (en mode démocrate US bien-pansement) de la chose ; si c’est le cas, Reichardt a bien su me berner !

    • Bonjour Dédé!
      Je comprends le rapprochement avec L’ouragan de la violence, film que je déteste (modeste oui, chaleureux, pas du tout, dans mon souvenir).
      Je dois dire que je n’ai vu aucun western âgé de moins de 20 ans (en dehors d’Open range, vieux de 19 ans).

      • je trouve le Hellman sublime quant à moi, et chaleureux, oui, ne serait-ce que dans la complicité tacite entre Nicholson et Cameron Mitchell qui se retrouve d’ailleurs un peu entre les deux protagonistes de First Cow. Vous êtes sûr de ne pas confondre avec The Shooting, le faux-jumeau de L’ouragan de la vengeance et qui lui est effectivement un exercice un peu vain dans son baroquisme et sa prétention ?
        Je ne vous jette pas la pierre en ce qui concerne le fait d’éluder le western contemporain. Il y a beaucoup à jeter mais certaines choses sont bonnes à prendre – encore une fois de mon humble point de vue. Essayez peut-être, au hasard, le très beau Broken Trail de Walter Hill tourné pour la TV…

  2. Merci pour vos conseils en la matière, n’hésitez pas!
    J’avais vu L’ouragan de la violence et The shooting dans la foulée, il y a une quinzaine d’années et n’avais pas vu grande distinction entre les deux, qui m’avaient profondément ennuyé…

  3. avec plaisir !
    P-s: je vous suis totalement pour le Tanaka fraîchement chroniqué et… je vous ai déniché sur Facebook 😉

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