Le bossu ou le petit Parisien (René Sti, 1934)

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. »

Vecchiali débloque à pleins tubes quand il voue Daniel Auteuil aux gémonies pour mieux louer Robert Vidalin. Cette première adaptation parlante du roman de Paul Féval est en effet très plombée par le jeu déclamatoire de sa distribution essentiellement issue de la Comédie-française. Aujourd’hui, il est impossible de regarder ça au premier degré d’autant que la mollesse du rythme visuel et l’absence totale d’entrain de la mise en scène mettent en exergue les lourdes incohérences du rocambolesque récit initial.

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L’homme à la barbiche (Louis Valray, 1933)

Note dédiée à Paul Vecchiali

Un homme mystérieusement traqué porte plainte…

Dans ce premier moyen-métrage qu’il a écrit et réalisé, Louis Valray fait preuve d’une inventivité formelle qui le rapproche d’un Edmond T.Gréville. L’atmosphère énigmatique suscitée par un découpage éclaté -mais non gratuit car chaque raccord est justifié par l’action dramatique- rappelle aussi La nuit du carrefour puis la première partie du Fantomas de Fejos. L’exercice de style aurait pu sembler vain si une fantaisie discrètement comique, incarnée notamment par l’amusant personnage de Ledoux, ne venait l’irriguer. Si on ajoute que L’homme à la barbiche est un des très rares films à présenter Robert Le Vigan en vedette, on  comprendra sa relative importance dans le cinéma français de la première moitié des années 30.

Du samedi au dimanche (Gustav Machatý, 1931)

Le samedi soir venu, une dactylo accompagne sa collègue dans boîte fréquentée par des hommes riches.

Aux côtés des Hommes le dimanche, de Treno populare ou de l’excellent Solitude, ce film tchèque s’inscrit dans ce courant des débuts du cinéma parlant qui, par sa légèreté et son côté documentaire, préfigurait les nouvelles vagues. Il y a un gros problème de rythme dans la narration puisqu’il ne se passe pas grand-chose pendant une heure de film avant que le drame ne se noue effectivement dans le dernier quart d’heure. Pendant les longues séquences de fête, les coquetteries du découpage (Machaty aime filmer des objets pendant que les protagonistes parlent hors-champ) ne parviennent pas à susciter l’intérêt pour des personnages parfaitement inconsistants. Dans la dernière partie, il est loisible de considérer que les incertitudes d’une technique aventureuse insufflent une fraîche poésie aux séquences tragiques mais m’est avis que les nombreux laudateurs de Du samedi au dimanche ont rapidement fait fi de ses -lourds- défauts et ont exagéré ses -attachantes-qualités.

Le harpon rouge (Tiger shark, Howard Hawks, 1932)

Un pêcheur épouse la jeune maîtresse d’un de ses hommes, décédé en mer.

Mineur. Howard Hawks n’est pas aussi à l’aise avec le pittoresque populiste qu’un Raoul Walsh ou un John Ford, Zita Johann n’est pas à la hauteur de Marlene Dietrich qui reprendra son rôle dans le bon remake que Walsh réalisera dix ans plus tard et la composition de Edward G.Robinson en immigré portugais est caricaturale (il sera bien plus convaincant, débarrassé de son accent de pacotille, dans le remake). Toutefois, les séquences documentaires sur la pêche -réalisées par le fidèle Arthur Rosson- insufflent une certaine vérité à l’intrigue.

La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936)

En Vendée, un agriculteur voit ses enfants partir les uns après les autres.

Deuxième long-métrage en couleurs français. Le procédé Francita n’a pas fait long feu à cause de la complexité hasardeuse du tirage des copies mais ses caméras avaient le mérite d’être plus légères que celles du Technicolor donc plus faciles à sortir du studio. C’est ainsi que ce film précurseur accorde une large place aux extérieurs. La Vendée -en particuliers ses canaux et ses marais salants- n’a, à ma connaissance, jamais été aussi bien filmée que dans cette adaptation du populaire roman de René Bazin. La merveilleuse introduction, une scène de mariage quasi-documentaire où une femme se met à chanter une chanson folkorique, laisse augurer un très grand film régionaliste. La suite n’est pas à la hauteur de cette espérance, il faut le dire. Le jeu surrané de la quasi-totalité de la distribution dépare cette splendeur réaliste. Pierre Larquey déçoit et c’est Jean Cyrano le plus convaincant des acteurs principaux. Le découpage parfois douteux des scènes en intérieur révèle les limites de Jean Vallée, inapte à dramatiser des dialogues puissants et à synthétiser un récit aux enjeux plus complexes qu’il n’y paraît.  Toutefois, des éclats ponctuels -tel ce long panoramique sur les champs lorsque l’homme de main quitte la ferme, l’ensemble des séquences sur le port ou l’incendie avec un orange digne des Archers- maintiennent l’attention. La belle musique de Jane Bos intensifie le lyrisme de ces séquences. Enfin, découvrir, dans sa version restaurée par le CNC, La terre qui meurt, c’est bien sûr voir le seul « film français des années 30 en couleurs » visible aujourd’hui. Contempler ces acteurs et ces stéréotypes (Line Noro joue le même type de garce que Ginette Leclerc sauf qu’on voit son rouge à ongles!) ultra-connus restitués dans toutes leurs variations chromatiques, c’est faire une expérience dont la beauté insolite enrichit la stupéfiante résurrection de la Vendée traditionnelle.