Anybody’s woman (Dorothy Arzner, 1930)

Suite à une nuit d’ivresse, un avocat divorcé épouse une cliente accusée d’outrage à la pudeur.

Derrière la verdeur de cet argument, Anybody’s woman est en fait bien pusillanime. Passé le célèbre plan où Ruth Chatterton apparaît en bas affalée sur un fauteuil, son personnage se comporte comme une parfaite épouse, ce qui émousse la dramaturgie d’un film par ailleurs handicapé par le statisme et la lenteur d’une mise en scène typique des débuts du parlant. Dorothy Arzner est loin de faire preuve de la même verve que Ernst Lubitsch, Frank Capra et Harry d’Abbadie d’Arrast à la même époque. C’est peut-être pour ça qu’elle est tombée dans l’oubli.

David Golder (Julien Duvivier, 1931)

Las de travailler pour une épouse avide et une fille ingrate, un financier juif abandonne ses affaires…

Le cruel et misogyne roman de Irène Némirovsky était un matériau idéal pour Julien Duvivier. Le pathétique David Golder était un personnage parfait pour Harry Baur. Effectivement cruel, misogyne et pathétique, le film tient la majeure partie de ce qu’il promettait sur le papier. Certains passages, tel la fin, atteignent à la grandeur. Toutefois, certaine nuance qui éclairait le sombre tableau, certaine complexité dialectique qui approfondissait les caricatures, ont disparu au cours de l’adaptation. La mère n’est plus qu’un repoussoir et la fille, interprétée par Jackie Monnier qui semble aussi vieille que sa mère, n’a pas la grâce juvénile qui permettait de pardonner sa cruelle insouciance. En ces débuts de cinéma parlant, des séquences pleines d’une inventivité visuelle parfois gratuite voisinent abruptement avec les longs et lents dialogues qui, in fine, racontent l’histoire. Bref, sans être un chef d’oeuvre, David Golder est un des bons films de Duvivier.

Un héros de Tokyo (Hiroshi Shimizu, 1935)

Suite à la disparition de son récent époux, une femme devient hôtesse de bar pour subvenir aux besoins de ses enfants et du fils de son mari.

L’étonnante dernière partie et l’épure du découpage rehaussent l’intérêt d’un mélo pas si conventionnel qu’il n’y paraît au premier abord.
 

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933)

Dans un pays imaginaire, un roi-enfant est l’objet de complots révolutionnaires…

De par son sujet comme de par le point de vue adopté par l’auteur, Le petit roi est un des films les plus extraordinaires du cinéma français. Le royaume d’opérette servant de cadre à l’intrigue aurait facilement pu laisser croire à un conte de pacotille, aussi frelaté que Marianne de ma jeunesse par exemple. En fait, il sert de prétexte pour confronter la réalité de l’enfance à la pesanteur du symbole royal. Cette confrontation ne manque ni de subtilité dialectique ni de force tragique. Dans un rôle éminemment casse-gueule, le regretté Robert Lynen s’en sort admirablement. Il faut le voir fouetter sa servante pour se rendre compte de la tortueuse audace de l’auteur.

Et surtout, réalisant un de ses films les plus personnels, Julien Duvivier se montre ici au sommet de son inspiration esthétique et déploie une puissance visuelle digne d’un Sternberg. On n’en finirait pas de lister les acmés d’une oeuvre où la richesse plastique se met sans cesse au service de l’impact dramatique. L’étonnant est que le rythme de ce découpage façon « cinéma muet » n’est pas altéré par le son dont l’utilisation ne manque pas non plus d’inventivité.

Ce qui empêche ce film beau et surprenant d’être le chef d’oeuvre qu’il aurait pu être, c’est une dernière partie qui verse dans la mièvrerie et qui donne l’impression que Duvivier n’a pas su conclure sa fable.

Le bal (Wilhelm Thiele, 1931)

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Délaissée par sa mère, une jeune fille sabote le premier bal organisé par ses parents subitement enrichis.

L’incisif petit livre de Irène Némirovsky a été affadi par un traitement aussi mou que caricatural. Pour son premier film, Danielle Darrieux, en plein dans l’âge ingrat et horriblement coiffée, n’a pas encore la grâce qui sera la sienne trois plus tard.

 

Avodah (Helmar Lerski, 1935)

Documentaire de propagande sur l’urbanisation et l’irrigation du désert palestinien par les Juifs.

Une rareté plus curieuse que véritablement passionnante. Pour servir la cause sioniste, Helmar Lerski applique les recettes de Eisenstein dans La ligne générale et de Vidor dans Notre pain quotidien avec un certain brio mais sans le génie lyrique des deux cinéastes suscités.

Back street (John M.Stahl, 1932)

L’ayant rencontré dans sa jeunesse, une femme reste la maîtresse d’un homme marié toute sa vie.

En dépit de ses nombreux et parfois glorieux succédanés, ce mélodrame canonique garde quelque chose de sublime peut-être justement parce qu’il se borne à être canonique: dénué de critique sociale aussi bien que d’esthétisme lyrique, il se contente de suivre « l’autre femme », admirablement jouée par Irenne Dunne, dans un amour dont on sait dès le début qu’il est sans issue. Illusions pathétiques et abnégation fataliste sont concrètement restituées par une mise en scène des plus épurées (usage très précis des possibilités du studio).