Journal d’une famille (Hiroshi Shimizu, 1938)

Un scientifique marié par intérêt à une femme sage retrouve un ami de jeunesse, photographe tourmenté par son couple avec une ancienne serveuse.

Une fois n’est pas coutume, ce film de Hiroshi Shimizu impressionne d’abord par sa densité narrative. Ellipses fulgurantes, changements de protagoniste principal et variété des enjeux dramatiques caractérisent un récit polyphonique qui trouve cependant son unité: on désire toujours ce que l’on n’a pas, on regrette les directions que l’on n’a pas prises. A côté de séquences de parlotte parfois plan-plan, la mise en scène sait faire preuve d’une formidable poésie -l’ouverture- ou d’une prodigieuse finesse: un seul travelling évoque tout ce que le chichiteux Wong Kar-Waï s’est efforcé d’illustrer pendant 1h40 dans son pénible In the mood for love. Par ailleurs, comme dans Betty de Claude Chabrol, le mélodrame romanesque s’avère le véhicule d’une dure critique des conventions de la bourgeoisie. Bref, Journal d’une famille est une nouvelle réussite à porter à l’actif de Shimizu, un film riche, juste, subtil et touchant.

Allons avec Pancho Villa! (Fernando de Fuentes, 1936)

Des paysans humiliés rejoignent Pancho Villa…

Le ton démystificateur, humaniste et quotidien avec lequel sont filmés les révolutionnaires, montrés comme de braves pères de familles dépassés par leur aventure, fait songer à La Marseillaise de Renoir. Il y aussi quelques moments musicaux qui font ressortir le collectif. Cette singularité suffit à rendre ce classique du cinéma mexicain intéressant à regarder, malgré la faiblesse technique de ses scènes d’action lorsqu’on le compare aux grands films hollywoodiens ou russes.

Un jeune héritier à l’université (Hiroshi Shimizu, 1933)

Le fils d’un riche commerçant fréquente une geisha donc se trouve exclu de son équipe universitaire de rugby.

Une certaine légèreté n’empêche pas quelques scènes mélodramatiques d’être présentes. Ce n’est pas mauvais mais encore un peu laborieux, loin d’avoir la grâce des grands films ultérieurs de Shimizu.

Rose de minuit (Midnight Mary, William Wellman, 1933)

La maîtresse d’un gangster tombe amoureuse du fils d’un juge.

Un mélo bien mené car le manichéisme est atténué au profit d’une relative justesse dans le détail des scènes et le comportement des personnages. Seul le crime final, déterminant car le récit est un long flashback, paraît quelque peu artificiel. Loretta Young est adorable. Il y a une véritable expression visuelle de l’attirance érotique, une sensualité rare même dans les films dits « pre-code ». Bref, sans atteindre les sommets de Safe in Hell ou Frisco Jenny, Rose de minuit est un bon Wellman.

La déchéance de miss Drake (The story of Temple Drake, Stephen Roberts, 1933)

La voiture de son ami noceur étant tombée en panne, la fille d’un juge arrive dans un bouge fréquenté par une bande de contrebandiers…

Le noirissime roman de Faulkner Sanctuaire a été pas mal édulcoré, ravalé à un classique mélo de perdition/rédemption. C’est assez bien fait, très concis, avec une dramatisation accentuée par des trouvailles visuelles sympathiquement archaïques (Stephen Roberts a un goût particulier pour le champ/contre-champ en gros plan avec raccord dans l’axe). La photo, somptueusement contrastée, est bien digne de la Paramount et Miriam Hopkins est évidemment parfaite dans le rôle d’une jeune aristocrate sudiste décadente.

L’amiral mène la danse (Born to dance, Roy del Ruth, 1937)

Un marin en permission à New-York tombe amoureux d’une aspirante-danseuse.

Les excellentes chansons de Cole Porter et les talents des danseuses compensent assez les faiblesses du récit et les fléchissements du rythme dans la deuxième partie, après une première partie entraînante (les numéros ne dispensent pas l’éblouissement aristocratique de ceux de Fred Astaire mais sont gorgés d’une sorte de joie plébéïenne).

Le retour de Bulldog Drummond (Bulldog Drummond strikes back, Roy del Ruth, 1934)

A Londres, le capitaine Bulldog Drummond enquête sur des évènements mystérieux autour de la maison d’un notable étranger.

Comédie policière, frôlant par instants la parodie tant les situations sont réduites par la mise en scène à leur essence la plus conventionnelle, menée avec entrain et science visuelle. Ce n’est pas grand-chose mais, dans les limites de sa modeste ambition, c’est bien fait. Comme le veut son personnage, Ronald Coleman est une vraie tête à claques et les yeux de Loretta Young sont toujours aussi beaux.

Taxi! (Roy del Ruth, 1932)

A New-York, la fille d’un brave chauffeur de taxi en prison pour avoir tué un rival mafieux est séduite par un chauffeur indépendant, qui veut s’opposer violemment à la mafia des taxis…

Une sympathique romance prolétarienne comme en réalisaient Raoul Walsh ou Tay Garnett à la même époque. Roy Del Ruth, qui sait inventer des plans percutants, n’a cependant pas la fluidité de Garnett. Le film est vif et dru, les deux personnages passant autant de temps à se taper qu’à s’embrasser. La mise en scène est riche de détails réalistes et de personnages secondaires pittoresques qui enracinent l’action dans les quartiers populaires de New-York. Loretta Young et James Cagney forment un couple jeune, attachant et plein de vitalité. Le récit a cette finesse de justifier à moitié les emportements du personnage violent de Cagney par les agressions et la domination injuste qu’il subit. Cependant, son opposition avec son épouse, qui craint de le perdre comme elle a perdu son père, finit par apparaître abstraite et invraisemblable lorsque cette dernière en vient à desservir celui qui est quand même son mari: comme souvent dans ces courts films américains du début des années 30, il y a une belle densité narrative mais aussi un regrettable manque de continuité dans l’évolution psychologique des personnages. Taxi! est donc un assez bon film mais décevant dans sa dernière partie.

St Louis blues (Raoul Walsh, 1939)

Une chanteuse de Broadway fuit son imprésario qui la force à se déshabiller et rejoint un showbat sur le Mississipi…

Une surprise qui récompense le cinéphile s’étant précédemment enquillé une vingtaine de films de Raoul Walsh des années 30. En effet, la qualité des numéros musicaux, la splendeur du noir et blanc, le pittoresque des seconds rôles (la vieille avec son cigare), la beauté assez complexe des rapports entre la chanteuse et son producteur, la vivacité du rythme et le dynamisme général font de St Louis blues un vrai bon film, selon moi le meilleur musical signé Raoul Walsh.

College swing (Raoul Walsh, 1938)

Pour hériter de l’université fondée par son aïeul il y a deux cents ans, une cancre doit obtenir son examen.

Comédie musicale plus consternante qu’autre chose. En plus de préfigurer Samuel Fuller, Martin Scorsese ou Clint Eastwood, Raoul Walsh a aussi préfiguré Christian Gion (les films analogues de Claude Zidi sont mieux).

L’honorable M.Wong (The hatchet man, William Wellman, 1931)

A San Francisco, un immigré chinois tueur pour les triades est forcé de tuer son meilleur ami qui lui a promis la main de sa fille…

Exotisme à deux balles et scénario à la fois prévisible et rocambolesque. Un éclat: la fin, où Wellman invente un enchaînement de plans d’une violence terrifiante.

Le désir de chaque femme (A lady to love, Victor Sjöström, 1930)

A cause d’un malentendu, la fiancée d’un immigré italien de la Napa Valley est troublée par son ami, plus jeune.

Le statisme de la mise en scène et la trop visible omniprésence du studio, directement corrélées à l’arrivée du parlant, ainsi que le cabotinage « ethnique » de Edward G.Robinson, aussi mauvais que Paul Muni, écrasent de fausseté cette plate adaptation d’un succès théâtral, déjà pas très intéressante à la base.

La malle de Singapour (China seas, Tay Garnett, 1935)

Sur son paquebot dont la cargaison d’or attire les pirates, un capitaine est poursuivi par la dernière femme qu’il a séduite au port et retrouve par hasard son ancienne fiancée de la haute-société…

Un film d’aventures dont la dramaturgie conventionnelle est épicée par le sexy duo Clark Gable/Jean Harlow, une atmosphère truculente typique de Tay Garnett et un petit parfum de lutte des classes qui nuance le manichéisme habituel.