Let’s go native (Leo McCarey, 1930)

Une modiste endettée et son amoureux fils de bonne fuient vers l’Amérique du Sud mais échouent sur une île du Pacifique sud.

Une ineptie digne des nanars français des années 30. Le scénario est nul mais, de plus, la facture est piteuse quoique le film soit produit par Paramount. Il n’y a rien à sauver, pas même les chorégraphies signées Busby Berkeley.

Madame et ses partenaires (Part time wife, Leo McCarey, 1930)

Un PDG tente de reconquérir sa femme délaissée en se mettant au golf.

Véritable ébauche de Cette sacrée vérité. On y retrouve l’intrigue mais aussi plusieurs détails tel l’importance d’un chien. On décèle aussi le talent de Leo McCarey pour le contraste émotionnel. Grâce à son attention à chacun des personnages et à son jusqu’au boutisme, il fait passer le spectateur de l’amusement à la poignante gravité à l’intérieur d’une même séquence sans que ça ne paraisse forcé. Les ruptures de ton les plus frappantes, tel le gazage du chien, ne sont pas artifices lacrymaux décorrélés du reste mais justifient l’oeuvre dans toute sa profondeur; ainsi l’improbable amitié entre un PDG et un gamin vagabond est-elle expliquée par une solidarité de coeur. Edmond Lowe n’a pas le génie comique de Cary Grant et le découpage n’est pas aussi fluide que celui du chef d’oeuvre de 1937 mais, pour un film de 1930, Madame et ses partenaires est un film aéré et dynamique. En dehors de Soupe au canard qui appartient autant aux Marx brothers qu’à son réalisateur, c’est, de loin, le meilleur long-métrage de McCarey d’avant L’extravagant Mr Ruggles.

Wild company (Leo McCarey, 1930)

Un fils à papa frise la délinquance en fréquentant la poule d’un gangster ennemi de son père.

Film à thèse que la surabondance de parlotte rend d’autant plus assommant. On note que l’attention est portée aux rapports entre le père et son fils: pour être très mineur, Wild company n’en demeure pas moins un film de Leo McCarey.

Chacun sa chance (Hans Steinhoff, 1930)

Un vendeur se faisant passer pour un baron et une marchande de chocolats déguisée en grande dame se rencontrent dans une loge de l’opéra…

Le premier film avec Jean Gabin est une ineptie qui, de par l’importance qu’il accorde à des « gags » nullissimes (l’échange du manteau), prend vraiment le spectateur pour un imbécile. Gabin lui-même imprime infiniment mieux la pellicule dans son film suivant Paris-béguin, bien qu’il n’y tienne qu’un second rôle.

Anybody’s woman (Dorothy Arzner, 1930)

Suite à une nuit d’ivresse, un avocat divorcé épouse une cliente accusée d’outrage à la pudeur.

Derrière la verdeur de cet argument, Anybody’s woman est en fait bien pusillanime. Passé le célèbre plan où Ruth Chatterton apparaît en bas affalée sur un fauteuil, son personnage se comporte comme une parfaite épouse, ce qui émousse la dramaturgie d’un film par ailleurs handicapé par le statisme et la lenteur d’une mise en scène typique des débuts du parlant. Dorothy Arzner est loin de faire preuve de la même verve que Ernst Lubitsch, Frank Capra et Harry d’Abbadie d’Arrast à la même époque. C’est peut-être pour ça qu’elle est tombée dans l’oubli.

Laughter (Harry d’Abbadie d’Arrast, 1930)

Une chercheuse d’or mariée à un millionnaire s’entiche d’un jeune pianiste…

En dépit d’un rythme pâteux typique des débuts du parlant, Laughter s’avère merveilleux. Certains historiens du cinéma en font la première des grandes comédies américaines de l’âge d’or mais le comique reste assez discret. Quant à l’émotion, elle n’est pas que sous-jacente tel qu’en témoigne le très surprenant suicide. Si Harry d’Abbadie d’Arrast préfigure ici Frank Capra et Leo McCarey, c’est grâce à l’originalité du ton avec lequel il transfigure son intrigue canonique. Chaque personnage est montré avec une empathie et une hauteur de vue qui l’arrachent à son rôle conventionnel pour le restituer dans une humanité pleine et entière. A elle seule, la délicatesse du découpage nuance et approfondit le sens de plusieurs scènes. Ainsi le gros plan sur le bracelet qui charge le happy-end d’une insondable mélancolie…

Tu m’oublieras (Henri Diamant-Berger, 1930)

Après la mort d’une chanteuse qui avait leur fortune, deux éditeurs de musique associés recueillent la jeune fille de cette dernière.

Les cadrages guindés accentuent l’impression de préciosité désuète qui émane de ce film rendu plus attachant encore par l’extrême douceur du ton qui refoule mal des fantasmes incestueux. Cela ne m’étonnerait pas que Jacques Demy ait vu Tu m’oublieras et s’en soit souvenu au moment de réaliser Trois places pour le 26.