Pour un sou d’amour (Jean Grémillon, 1931)

Pour s’assurer les sentiments d’une jeune fille, un milliardaire se fait passer pour son domestique et vise-versa.

Les flottements de la narration introduisent une certaine dose d’incertitude dans une intrigue fondamentalement conventionnelle, prétexte aux tours de chant de André Baugé. A noter que pour le plan d’ouverture, Jean Grémillon s’est amusé avec un travelling digne de Soy Cuba, parfaitement inutile.

Le rappel de la terre (Alessandro Blasetti, 1931)

Un duc revient sur ses terres, qui périclitent à cause de l’absence de chef.

Non, le cinéma italien n’a pas attendu le néo-réalisme pour « sortir les caméras du studio ». Le rappel de la terre s’inscrit aussi évidemment dans l’idéologie fasciste que dans le courant « réaliste et paysan », celui que laboureront Marcel Pagnol et King Vidor quelques années plus tard. Le style de Alessandro Blasetti, chef de file du cinéma fasciste, est ici celui d’un formaliste vraisemblablement influencé par les grands Soviétiques. Moins porté sur le montage que sur les longs mouvements de caméra, il filme la cohésion entre un peuple et son chef contre les prédateurs déracinés. A cause de quelques faux raccords, c’est parfois raté mais on note une technique parlante particulièrement maîtrisée compte tenu de l’année de production. Les gros sabots fallacieusement démonstratifs du récit sont occasionnellement atténués par la pudeur de la mise en scène; ainsi la séquence de l’adieu du duc à la jeune paysanne, d’autant plus belle qu’elle commence par de longs plans éloignés. De belles images de troupeaux de moutons, d’incendies ou de femmes ramassant le foin nourrissent le lyrisme géorgique de l’oeuvre.

Ihre Hoheit befiehlt/Princesse, à vos ordres (Hanns Schwarz, 1931)

Une princesse tombe amoureuse d’un de ses cavaliers.

Que Billy Wilder ait participé au scénario n’empêche pas ce dernier d’être d’une nullité exceptionnelle. Je n’avais jamais vu un film avec une répétitivité aussi laborieuse des scènes « comiques ». Les mouvements de caméra de Hanns Schwartz sont parfois impressionnants mais ne constituent ici qu’un enrobage inapte à relever la saveur d’une insipide opérette.

Mon épouse et la voisine (Heinosuke Gosho, 1931)

Un dramaturge est soi-disant empêché d’écrire par le bruit que font sa femme, ses enfants et sa voisine chanteuse de jazz.

Ce premier film parlant japonais est une comédie domestique qui contient quelques gags amusants et inventifs (dans leur exploitation du son notamment) mais qui pèche par lenteur et par absence quasi-totale de récit.

La croix du sud (André Hugon, 1931)

Une jeune fille partie avec son père anthropologue dans le Sahara est enlevée par des pillards du désert…

La croix du sud est un film assez typique de André Hugon dans la mesure où l’ambition est aussi visible que mal concrétisée. C’est un mélange de film d’aventures et de documentaire. Quoique essentiellement folklorique (mais respectueux), l’aspect « documentaire » demeure le plus intéressant notamment grâce à une utilisation originale du commentaire textuel, hérité du cinéma muet, sur les images de la fiction. Un découpage pour le moins incertain nuit à l’intensité dramatique recherchée par ailleurs mais il y a quelques plans pas mal.

La terreur des Batignolles (Henri-Georges Clouzot, 1931)

Un cambrioleur est surpris par un couple qui rentre plus tôt que prévu pour se suicider.

Pour ce premier film, Clouzot a refait un court-métrage de Jacques de Baroncelli sorti en 1916 et dont l’idée de départ était astucieuse. Il en a modifié le dénouement, en accentuant l’humour noir, et a fait preuve d’une inventivité visuelle au service de l’oeuvre. Bref, c’est déjà très bien.

Du samedi au dimanche (Gustav Machatý, 1931)

Le samedi soir venu, une dactylo accompagne sa collègue dans boîte fréquentée par des hommes riches.

Aux côtés des Hommes le dimanche, de Treno populare ou de l’excellent Solitude, ce film tchèque s’inscrit dans ce courant des débuts du cinéma parlant qui, par sa légèreté et son côté documentaire, préfigurait les nouvelles vagues. Il y a un gros problème de rythme dans la narration puisqu’il ne se passe pas grand-chose pendant une heure de film avant que le drame ne se noue effectivement dans le dernier quart d’heure. Pendant les longues séquences de fête, les coquetteries du découpage (Machaty aime filmer des objets pendant que les protagonistes parlent hors-champ) ne parviennent pas à susciter l’intérêt pour des personnages parfaitement inconsistants. Dans la dernière partie, il est loisible de considérer que les incertitudes d’une technique aventureuse insufflent une fraîche poésie aux séquences tragiques mais m’est avis que les nombreux laudateurs de Du samedi au dimanche ont rapidement fait fi de ses -lourds- défauts et ont exagéré ses -attachantes-qualités.

Fortunes rapides (Quick millions, Rowland Brown, 1931)

Après une altercation avec un policier, un routier monte un gang de racketteurs.

La trame est vue et revue, la narration est rapide jusqu’à l’aridité (caractéristique typique de l’époque et du genre) tandis que la sympathie de Spencer Tracy accentue l’ambiguïté morale. Bref, c’est pas mal mais un peu surestimé.

David Golder (Julien Duvivier, 1931)

Las de travailler pour une épouse avide et une fille ingrate, un financier juif abandonne ses affaires…

Le cruel et misogyne roman de Irène Némirovsky était un matériau idéal pour Julien Duvivier. Le pathétique David Golder était un personnage parfait pour Harry Baur. Effectivement cruel, misogyne et pathétique, le film tient la majeure partie de ce qu’il promettait sur le papier. Certains passages, tel la fin, atteignent à la grandeur. Toutefois, certaine nuance qui éclairait le sombre tableau, certaine complexité dialectique qui approfondissait les caricatures, ont disparu au cours de l’adaptation. La mère n’est plus qu’un repoussoir et la fille, interprétée par Jackie Monnier qui semble aussi vieille que sa mère, n’a pas la grâce juvénile qui permettait de pardonner sa cruelle insouciance. En ces débuts de cinéma parlant, des séquences pleines d’une inventivité visuelle parfois gratuite voisinent abruptement avec les longs et lents dialogues qui, in fine, racontent l’histoire. Bref, sans être un chef d’oeuvre, David Golder est un des bons films de Duvivier.

Le bal (Wilhelm Thiele, 1931)

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Délaissée par sa mère, une jeune fille sabote le premier bal organisé par ses parents subitement enrichis.

L’incisif petit livre de Irène Némirovsky a été affadi par un traitement aussi mou que caricatural. Pour son premier film, Danielle Darrieux, en plein dans l’âge ingrat et horriblement coiffée, n’a pas encore la grâce qui sera la sienne trois ans plus tard.

 

Le roi du cirage (Pierre Colombier, 1931)

Bouboule, cireur de chaussures râleur et hâbleur, quitte son patron afin de s’établir à son compte et s’entiche d’une femme de la haute.

L’indigence des répliques et des gags (le plus drôle est celui où Milton met son pommeau de douche près de son oreille et dit « Allô ») n’a d’égale que celle du récit, affreusement délayé. Milton est un « comique » justement tombé dans l’oubli.

Une tragédie américaine (Josef von Sternberg, 1931)

Séduisant une riche jeune fille, un jeune contremaître se trouve encombré par sa précédente conquête, une ouvrière qu’il a mise enceinte.

Cette première adaptation du roman de Theodore Dreisler est un film nettement plus réussi que Une place au soleil. Beaucoup plus fin, beaucoup plus crédible, beaucoup plus beau, aussi. Philip Holmes n’a pas les manières larmoyantes de Monty Clift et n’appelle aucune compassion hors de propos pour son personnage infiniment médiocre. Sylvia Sydney est bien plus jolie que Shelley Winters donc bien plus désirable. Lee Garmes a superbement photographié les parcs qui servent de cadre à la fatale idylle. Le découpage de Sternberg est fluide, concis et subtil, à l’exemple de ces travellings qui mettent au premier plan le travail des ouvrières tandis qu’à l’arrière-plan, le contremaître surveille, explique et…désire. La cruciale séquence de noyade garde son ambiguïté nécessaire au bon fonctionnement de la dramaturgie. La fin, en restant focalisée sur les rapports d’un fils avec sa mère et en se passant de généralisation moralisatrice, est acceptable. Plusieurs trouvailles amusantes, telle la sèche exclusion du juré ayant crié à « A mort! », vivifient l’obligatoire procès et montrent, sans insistance, le caractère théâtral de l’exercice judiciaire. Bref, Une tragédie américaine est un bon film même si l’interrogation demeure quant à l’intérêt de raconter l’histoire d’un type aussi vide de coeur, d’esprit et de volonté. C’est que la transformation de l’étude sociale en film de procès rétrécit le drame autour de la question « va t-il s’en sortir ou non? » et élude les enjeux politiques du récit.

Paris béguin (Augusto Genina, 1931)

Une capricieuse vedette de music-hall s’éprend d’un mauvais garçon qui voulait cambrioler chez elle.

Le récit a beau être essentiellement construit sur des clichés typiques de l’époque, Jeanne Marnac a beau surjouer de façon archaïque, Paris béguin est une curiosité qui reste plaisante grâce au fascinant charisme imprimé par le jeune Gabin, qui dès son apparition dans le plan rend caduc toute question sur la vraisemblance de son personnage complètement stéréotypé, et à la vive sympathie inspirée par Fernandel, aussi génialement expressif dans la drôlerie que dans l’émotion. Le talent des deux futures stars est ainsi d’autant plus éclatant qu’elles sont cantonnées à des seconds rôles.