Le petit roi (Julien Duvivier, 1933)

Dans un pays imaginaire, un roi-enfant est l’objet de complots révolutionnaires…

De par son sujet comme de par le point de vue adopté par l’auteur, Le petit roi est un des films les plus extraordinaires du cinéma français. Le royaume d’opérette servant de cadre à l’intrigue aurait facilement pu laisser croire à un conte de pacotille, aussi frelaté que Marianne de ma jeunesse par exemple. En fait, il sert de prétexte pour confronter la réalité de l’enfance à la pesanteur du symbole royal. Cette confrontation ne manque ni de subtilité dialectique ni de force tragique. Dans un rôle éminemment casse-gueule, le regretté Robert Lynen s’en sort admirablement. Il faut le voir fouetter sa servante pour se rendre compte de la tortueuse audace de l’auteur.

Et surtout, réalisant un de ses films les plus personnels, Julien Duvivier se montre ici au sommet de son inspiration esthétique et déploie une puissance visuelle digne d’un Sternberg. On n’en finirait pas de lister les acmés d’une oeuvre où la richesse plastique se met sans cesse au service de l’impact dramatique. L’étonnant est que le rythme de ce découpage façon « cinéma muet » n’est pas altéré par le son dont l’utilisation ne manque pas non plus d’inventivité.

Ce qui empêche ce film beau et surprenant d’être le chef d’oeuvre qu’il aurait pu être, c’est une dernière partie qui verse dans la mièvrerie et qui donne l’impression que Duvivier n’a pas su conclure sa fable.

Le maître de forges (Abel Gance & Fernand Rivers, 1933)

Abandonnée par son aristocratique prétendant qui espérait une grosse dot, une marquise désargentée se marie à un grand ingénieur…

Après bien des rebondissements désuets mis en boîte sans grande imagination et entrecoupées d’images de forge saisissantes mais décorrélées de l’intrigue (dues à Abel Gance?), la tragédie, finalement, se noue et, soutenue par la conviction de Gaby Morlay, émeut.

Les deux orphelines (Maurice Tourneur, 1933)

Sous Louis XV, les mésaventures de deux orphelines montées à Paris et abusées par divers personnages…

Le talent visuel de Maurice Tourneur ne suffit pas pour insuffler un quelconque intérêt dramatique à ce poussiéreux mélo fait de manichéisme outrancier, de personnages caricaturaux et de coïncidences grossières. L’omniprésence du studio et l’absence de plan d’ensemble des rues de Paris accentue l’aspect essentiellement illustratif de la mise en scène. Toutefois, une scène, d’une beauté hallucinée, surprend: celle où la marâtre berce le cadavre de son fils.

Un soir de réveillon (Karl Anton, 1933)

Pendant les fêtes de fin d’année, un riche noceur s’entiche d’une jeune fille surveillée par son chauffeur.

Il y a quelques traits amusants, Meg Lemmonier est mignonne mais Karl Anton n’a aucun sens du rythme. D’où que sa comédie est trop longue d’au moins une demi-heure, jusqu’à se déliter dans un final aussi dispendieux que filandreux.

En v’là des histoires (Roger Capellani, 1933)

Montage d’histoires drôles reliées par des séquences dans un café.

Cet amusant moyen-métrage est bizarrement crédité sur Internet à un certain Romain Agret quoique son générique crédite le fils de l’illustre Albert Capellani à la mise en scène. C’est une curiosité et l’histoire du juif qui apprend à nager à son fils est tordante.

Les 28 jours de Clairette (André Hugon, 1933)

Capture

Apprenant qu’elle est trompée, l’épouse d’un réserviste rejoint celui-ci dans sa caserne…

Un vaudeville troupier vulgaire à bien des endroits (les seconds rôles en roue libre) mais assez efficace. André Hugon fait preuve d’une relative inventivité stylistique (les nombreux travellings, le plan sur les soldats de plomb) qui ne rehausse guère l’intérêt de la pochade mais qui contribue à me le rendre encore plus sympathique.