1860 (Alessandro Blasetti, 1933)

En 1860, un jeune Sicilien s’en va chercher Garibaldi pour délivrer son île des Bourbons.

L’étrange parangon d’une épopée épurée. L’expédition des Mille est racontée en 1h15. Alessandro Blasetti ne fait pas de concession au récit classique: personnage principal tellement peu caractérisé qu’il est presque inexistant, absence d’emphase, notamment dans les séquences de batailles pourtant admirablement découpées. En revanche, sa mise en scène est riche de notations brèves mais évocatrices: souffle épique et grandeur pathétique mais aussi tendresse sentimentale et (légère) ironie satirique. Le sens du cadre est remarquable et à plusieurs endroits, la forme dialectise la propagande fasciste. Par exemple, le triomphalisme de la voix-off finale sur la naissance de l’Italie est considérablement nuancé par le mouvement de caméra sur deux cadavres ensanglantés qu’elle accompagne. Bref, 1860 est un des meilleurs films de Blasetti.

Les bleus du ciel (Henri Decoin, 1933)

Pour séduire une aviatrice, un mécano tente d’apprendre à piloter.

Ce premier long-métrage de l’ancien aviateur qu’était Henri Decoin souffre de faiblesses techniques mais séduit un peu grâce à l’originalité de son intrigue qui renverse les stéréotypes et à la légèreté du ton, plusieurs chansons étant introduites dans l’action: une opérette avec des avions, c’est rare.

L’homme à la barbiche (Louis Valray, 1933)

Note dédiée à Paul Vecchiali

Un homme mystérieusement traqué porte plainte…

Dans ce premier moyen-métrage qu’il a écrit et réalisé, Louis Valray fait preuve d’une inventivité formelle qui le rapproche d’un Edmond T.Gréville. L’atmosphère énigmatique suscitée par un découpage éclaté -mais non gratuit car chaque raccord est justifié par l’action dramatique- rappelle aussi La nuit du carrefour puis la première partie du Fantomas de Fejos. L’exercice de style aurait pu sembler vain si une fantaisie discrètement comique, incarnée notamment par l’amusant personnage de Ledoux, ne venait l’irriguer. Si on ajoute que L’homme à la barbiche est un des très rares films à présenter Robert Le Vigan en vedette, on  comprendra sa relative importance dans le cinéma français de la première moitié des années 30.