Un jeune héritier à l’université (Hiroshi Shimizu, 1933)

Le fils d’un riche commerçant fréquente une geisha donc se trouve exclu de son équipe universitaire de rugby.

Une certaine légèreté n’empêche pas quelques scènes mélodramatiques d’être présentes. Ce n’est pas mauvais mais encore un peu laborieux, loin d’avoir la grâce des grands films ultérieurs de Shimizu.

Rose de minuit (Midnight Mary, William Wellman, 1933)

La maîtresse d’un gangster tombe amoureuse du fils d’un juge.

Un mélo bien mené car le manichéisme est atténué au profit d’une relative justesse dans le détail des scènes et le comportement des personnages. Seul le crime final, déterminant car le récit est un long flashback, paraît quelque peu artificiel. Loretta Young est adorable. Il y a une véritable expression visuelle de l’attirance érotique. une sensualité rare même dans les films dits « pre-code ». Bref, sans atteindre les sommets de Safe in Hell ou Frisco Jenny, Rose de minuit est un bon Wellman.

La déchéance de miss Drake (The story of Temple Drake, Stephen Roberts, 1933)

La voiture de son ami noceur étant tombée en panne, la fille d’un juge arrive dans un bouge fréquenté par une bande de contrebandiers…

Le noirissime roman de Faulkner Sanctuaire a été pas mal édulcoré, ravalé à un classique mélo de perdition/rédemption. C’est assez bien fait, très concis, avec une dramatisation accentuée par des trouvailles visuelles sympathiquement archaïques (Stephen Roberts a un goût particulier pour le champ/contre-champ en gros plan avec raccord dans l’axe). La photo, somptueusement contrastée, est bien digne de la Paramount et Miriam Hopkins est évidemment parfaite dans le rôle d’une jeune aristocrate sudiste décadente.

Théodore et Cie (Pierre Colombier, 1933)

Le neveu d’un riche marchand de fromage s’associe à un ami comédien pour taper un maximum d’argent à son oncle.

Le « cinéaste » ne se donne guère de mal pour faire oublier les artifices théâtraux du vaudeville mais il faudrait être sot pour bouder son plaisir devant les bifurcations imprévues d’un récit joyeusement immoral, la fantaisie comique canalisée par un rythme enlevé, et, bien sûr la distribution remarquable menée par le trio Alcover/Préjean/Raimu; ce dernier s’en donnant à coeur joie avec ses numéros transformistes.

Les invités de 8 heures (George Cukor, 1933)

Dans la haute-société new-yorkaise, huit invités à un dîner sont suivis durant la semaine précédant ce dîner.

La force -limitée- du film, adapté d’une pièce de théâtre, demeure théâtrale car basée uniquement sur de bons acteurs et des dialogues ciselés. Certes, Cukor filme ces scènes de conversation avec  une fluidité rare compte tenu de l’époque du tournage (début du parlant) mais l’impression de narration artificielle demeure. Voir notamment les trop nombreux arrangements avec la temporalité, si typiques d’un récit théâtral.

1860 (Alessandro Blasetti, 1933)

En 1860, un jeune Sicilien s’en va chercher Garibaldi pour délivrer son île des Bourbons.

L’étrange parangon d’une épopée épurée. L’expédition des Mille est racontée en 1h15. Alessandro Blasetti ne fait pas de concession au récit classique: personnage principal tellement peu caractérisé qu’il est presque inexistant, absence d’emphase, notamment dans les séquences de batailles pourtant admirablement découpées. En revanche, sa mise en scène est riche de notations brèves mais évocatrices: souffle épique et grandeur pathétique mais aussi tendresse sentimentale et (légère) ironie satirique. Le sens du cadre est remarquable et à plusieurs endroits, la forme dialectise la propagande fasciste. Par exemple, le triomphalisme de la voix-off finale sur la naissance de l’Italie est considérablement nuancé par le mouvement de caméra sur deux cadavres ensanglantés qu’elle accompagne. Bref, 1860 est un des meilleurs films de Blasetti.

Les bleus du ciel (Henri Decoin, 1933)

Pour séduire une aviatrice, un mécano tente d’apprendre à piloter.

Ce premier long-métrage de l’ancien aviateur qu’était Henri Decoin souffre de faiblesses techniques mais séduit un peu grâce à l’originalité de son intrigue qui renverse les stéréotypes et à la légèreté du ton, plusieurs chansons étant introduites dans l’action: une opérette avec des avions, c’est rare.

L’homme à la barbiche (Louis Valray, 1933)

Note dédiée à Paul Vecchiali

Un homme mystérieusement traqué porte plainte…

Dans ce premier moyen-métrage qu’il a écrit et réalisé, Louis Valray fait preuve d’une inventivité formelle qui le rapproche d’un Edmond T.Gréville. L’atmosphère énigmatique suscitée par un découpage éclaté -mais non gratuit car chaque raccord est justifié par l’action dramatique- rappelle aussi La nuit du carrefour puis la première partie du Fantomas de Fejos. L’exercice de style aurait pu sembler vain si une fantaisie discrètement comique, incarnée notamment par l’amusant personnage de Ledoux, ne venait l’irriguer. Si on ajoute que L’homme à la barbiche est un des très rares films à présenter Robert Le Vigan en vedette, on  comprendra sa relative importance dans le cinéma français de la première moitié des années 30.

Le fil blanc de la cascade (Kenji Mizoguchi, 1933)

Une artiste de cirque paye les études d’un jeune conducteur de diligence dont elle s’est entichée…

Vingt ans avant la série de chefs d’oeuvre absolus qui le fit découvrir en Occident (mais dix ans après le début de sa carrière), il est étonnant de retrouver dans ce film muet l’ensemble des thèmes chers à Kenji Mizoguchi traités avec la grandeur stylistique qui lui est propre.

De multiples plans d’arbres et de ruisseaux matérialisent un écrin cosmique qui auréole le mélodrame circassien d’une tonalité légendaire; la différence avec L’intendant Sansho et Les amants crucifiés, où le drame était intégré à une nature sublime, étant que ces plans sont souvent juxtaposés avec ceux qui font avancer le récit. Toutefois, on retrouve déjà cette façon unique qu’a Mizoguchi de filmer la course des femmes éperdues. Les travellings longs, rapides et heurtés font alors office de diapason à l’émotion.

D’une façon générale, un sens extrêmement vif de l’action (voir le dynamisme de la séquence du vol) équilibre sans cesse la tendance picturale du cinéaste nippon. Dans cette même logique de compensation, la noblesse des personnages et l’attention de la caméra au geste sublime contrebalancent la noirceur de la tragédie. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à voir cette jeune femme mue par la gratitude qui remet en place la mèche de l’héroïne baignée de larmes. L’image frappe d’autant plus que rares sont les gros plans de visage chez Mizoguchi. Et évidemment, son actrice, Takako Irie, est magnifique.

C’est ainsi que Le fil blanc de la cascade est un film tout à fait digne du sérieux prétendant au titre de plus grand cinéaste de tous les temps que fut Kenji Mizoguchi.

The stranger’s return (King Vidor, 1933)

Après s’être séparée de son mari, une new-yorkaise retourne à la ferme de son grand-père…

Ce retour à la terre manque du lyrisme géorgique propre à King Vidor (la brutalité des raccords après certaines images bucoliques laisse penser que la MGM a massacré le film au montage) mais les rapports entre la citadine et les paysans, loin d’être univoques, sont retranscrits avec justesse et cruauté tandis que Lionel Barrymore, grand cabotin s’il en fut, assure le spectacle. Pas mal.

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933)

Dans un pays imaginaire, un roi-enfant est l’objet de complots révolutionnaires…

De par son sujet comme de par le point de vue adopté par l’auteur, Le petit roi est un des films les plus extraordinaires du cinéma français. Le royaume d’opérette servant de cadre à l’intrigue aurait facilement pu laisser croire à un conte de pacotille, aussi frelaté que Marianne de ma jeunesse par exemple. En fait, il sert de prétexte pour confronter la réalité de l’enfance à la pesanteur du symbole royal. Cette confrontation ne manque ni de subtilité dialectique ni de force tragique. Dans un rôle éminemment casse-gueule, le regretté Robert Lynen s’en sort admirablement. Il faut le voir fouetter sa servante pour se rendre compte de la tortueuse audace de l’auteur.

Et surtout, réalisant un de ses films les plus personnels, Julien Duvivier se montre ici au sommet de son inspiration esthétique et déploie une puissance visuelle digne d’un Sternberg. On n’en finirait pas de lister les acmés d’une oeuvre où la richesse plastique se met sans cesse au service de l’impact dramatique. L’étonnant est que le rythme de ce découpage façon « cinéma muet » ne soit pas altéré par le son dont l’utilisation ne manque pas non plus d’inventivité.

Ce qui empêche ce film beau et surprenant d’être le chef d’oeuvre qu’il aurait pu être, c’est une dernière partie qui verse dans la mièvrerie et qui donne l’impression que Duvivier n’a pas su conclure sa fable.