Eclipse (Hiroshi Shimizu, 1934)

De retour dans son village natal un homme fait l’entremetteur pour son meilleur ami mais la jeune fille est amoureuse du messager…

Le scénario est excessivement alambiqué puisque qu’une même situation se répète deux fois avec quatre femmes différentes sans qu’il n’y ait de réflexion sur cette coïncidence. Outre que cela rend le film difficile à suivre (d’autant que les Japonaises se ressemblent beaucoup en noir et blanc), cela diminue l’intérêt du drame qui recèle pourtant des moments forts. Shimizu, sans rien avoir perdu de son génie pour appréhender les décors naturels, égale à certains endroits Naruse et Mizoguchi lorsqu’il s’agit de montrer la tragédie amoureuse.

Le jeune hitlérien Quex (Hans Steinhoff, 1934)

Avant le 30 janvier 1933, le fils d’un communiste est attiré par les jeunesses hitlériennes.

L’opposition entre le débraillé des communistes et la discipline des nazis est un peu appuyée mais l’habile articulation entre l’affectif et le politique, la finesse de l’interprétation, la complexité du personnage du père, l’émotion des scènes pathétiques et la perfection de la technique (la caméra est bien plus vive que dans les films français de la même époque) font du Jeune hitlérien Quex un très bon film. Pour se rendre compte que cette oeuvre de propagande est un peu plus qu’un chromo, il n’y a qu’à voir la première séquence, une émeute de la faim où la circulation de la colère provoque l’empathie du spectateur pour les agitateurs communistes.

Le bossu ou le petit Parisien (René Sti, 1934)

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. »

Vecchiali débloque à pleins tubes quand il voue Daniel Auteuil aux gémonies pour mieux louer Robert Vidalin. Cette première adaptation parlante du roman de Paul Féval est en effet très plombée par le jeu déclamatoire de sa distribution essentiellement issue de la Comédie-française. Aujourd’hui, il est impossible de regarder ça au premier degré d’autant que la mollesse du rythme visuel et l’absence totale d’entrain de la mise en scène mettent en exergue les lourdes incohérences du rocambolesque récit initial.

L’hôtel du libre échange (Marc Allégret, 1934)

Dans un hôtel louche, divers personnages vont et viennent le temps d’une nuit.

Adaptation de Feydeau. C’est ouvertement théâtral et délibérément idiot (le gag du chapeau…) mais le but est atteint: on se marre. Il faut dire que l’enchevêtrement comique final relève du génie et que les acteurs sont impeccables; Saturnin Fabre, en père de quatre jeunes filles qui devient bègue quand il pleut, est mon préféré.

Vecchia guardia (Alessandro Blasetti, 1934)

Exaspéré par les grèves du personnel infirmier manigancées par les Rouges, le fils d’un psychiatre, militant fasciste, soulève ses camarades et les entraîne vers la Marche sur Rome.

Archétype et, à en croire Jacques Lourcelles, exemple unique de film glorifiant la révolution fasciste en tant que telle. C’est agrémenté de quelques scènes familiales mais les poncifs du cinéma de propagande sont débités avec un ennuyeux sérieux qui, parfois, vire au grotesque: le sacrifice de l’enfant-martyr dont la mise en scène fait paradoxalement ressortir le caractère insensé. Toutefois, force est de constater que la technique, avec ses nombreux mouvements d’appareils rapides utilisés même dans les séquences de dialogue, met à l’amende le cinéma français contemporain.

Cessez le feu! (Jacques de Baroncelli, 1934)

Après 1918, un capitaine d’aviation a du mal à s’intégrer à la vie civile.

Malgré des faiblesses d’écriture (en premier lieu un happy end plaqué et l’intrigue avec la femme qui fait dériver le récit vers un conventionnel triangle amoureux), Cessez le feu! est un film impressionnant de lucidité amère. Le ton est donné dès le début où, pendant la liesse de la Victoire, on suit un homme entrain de chanter avant que la caméra ne descende le long de son corps et ne dévoile un cul-de-jatte. Jacques de Baroncelli utilise de savants mouvements d’appareil qui accentuent particulièrement la vivacité des scènes avec de la figuration (cafés, réceptions…).

L’absence de vraie justification à l’échec durable du héros, impeccablement interprété par Jean Galland, est terrible. A quelques regrettables répliques près, son ancien lieutenant qui lui a piqué sa femme n’est pas chargé par le scénario. Jacques de Baroncelli ne dénonce pas les profiteurs, il ne s’en prend pas à un ordre social qui serait injuste, il se contente de montrer la vérité nue, à savoir que le plus valeureux des hommes (car quel révélateur plus incontestable que le champ de bataille pour déterminer la valeur d’un homme?) peut échouer matériellement, socialement et donc sentimentalement.

Dans tout le cinéma des années 30, je ne connais pas grand-chose de plus cafardeux que les scènes où le capitaine retrouve successivement ses anciens soldats; l’acmé étant les plans, nimbés d’une musique déchirante, où il s’apprête pour le banquet des anciens combattants. Cette dernière partie nous montre une camaraderie que la paix a inéluctablement rendu caduque en dépit des simulacres des retrouvailles. Ces retrouvailles sont d’autant plus belles que, l’alcool aidant, les vieux soldats se prennent à leur propre mise en scène et, le temps d’une ivresse, le simulacre devient réalité. Après de telles abîmes de pessimisme tranquille, le facile dénouement apparaît d’autant plus déplacé.