Les grands (Félix Gandéra, 1936)

Dans un pensionnat de province pendant les vacances de Pâques, un cancre vole de l’argent au directeur pour faire accuser le premier de la classe qui est amoureux de la femme de ce dernier.

D’excellents comédiens, au premier rang desquels Charles Vanel, et de bons dialogues permettent de passer outre l’artificialité du prétexte et la faiblesse de ses développements. Via le personnage de Larquey et via un dernier plan que je pense métaphorique, une timide satire via-à-vis des notables de province sous la IIIème République relève gentiment la sauce. Ça se regarde mieux que la version muette de Fescourt.

La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936)

En Vendée, un agriculteur voit ses enfants partir les uns après les autres.

Deuxième long-métrage en couleurs français. Le procédé Francita n’a pas fait long feu à cause de la complexité hasardeuse du tirage des copies mais ses caméras avaient le mérite d’être plus légères que celles du Technicolor donc plus faciles à sortir du studio. C’est ainsi que ce film précurseur accorde une large place aux extérieurs. La Vendée -en particuliers ses canaux et ses marais salants- n’a, à ma connaissance, jamais été aussi bien filmée que dans cette adaptation du populaire roman de René Bazin. La merveilleuse introduction, une scène de mariage quasi-documentaire où une femme se met à chanter une chanson folkorique, laisse augurer un très grand film régionaliste. La suite n’est pas à la hauteur de cette espérance, il faut le dire. Le jeu surrané de la quasi-totalité de la distribution dépare cette splendeur réaliste. Pierre Larquey déçoit et c’est Jean Cyrano le plus convaincant des acteurs principaux. Le découpage parfois douteux des scènes en intérieur révèle les limites de Jean Vallée, inapte à dramatiser des dialogues puissants et à synthétiser un récit aux enjeux plus complexes qu’il n’y paraît.  Toutefois, des éclats ponctuels -tel ce long panoramique sur les champs lorsque l’homme de main quitte la ferme, l’ensemble des séquences sur le port ou l’incendie avec un orange digne des Archers- maintiennent l’attention. La belle musique de Jane Bos intensifie le lyrisme de ces séquences. Enfin, découvrir, dans sa version restaurée par le CNC, La terre qui meurt, c’est bien sûr voir le seul « film français des années 30 en couleurs » visible aujourd’hui. Contempler ces acteurs et ces stéréotypes (Line Noro joue le même type de garce que Ginette Leclerc sauf qu’on voit son rouge à ongles!) ultra-connus restitués dans toutes leurs variations chromatiques, c’est faire une expérience dont la beauté insolite enrichit la stupéfiante résurrection de la Vendée traditionnelle.

La comédie de l’argent (Max Ophuls, 1936)

A Amsterdam, un caissier injustement viré pour vol est nommé directeur d’une société de promotion immobilière parce qu’il est supposé riche.

Le film hollandais de Max Ophuls est intéressant à bien des égards mais foncièrement raté. C’est une fable sur l’argent où, comme dans La ronde et Lola Montès, un bonimenteur interrompt parfois le cours du film pour expliciter le propos. Il y a un hiatus entre cette distanciation ironique (carrément pré-godardienne dans la scène d’amour au bord de l’eau) et le déroulement du drame. Celle-là rend celui-ci artificiel. Pourtant, lorsqu’il enveloppe ses personnages de sa caméra toujours très ondoyante, on sent Ophuls intéressé par ces derniers et en  particulier par la jeune fille. Las! L’utilitarisme des rebondissements et les intempestifs commentaires du narrateur font office de ficelles les ramenant à leur condition de pantins au service de la démonstration.

Le spectateur peut alors se raccrocher aux quelques trouvailles formelles induites par la mise en abyme. Plus qu’une séquence de rêve pleine des poncifs du muet, plus même que le cinéma dans le cinéma et la relecture d’une séquence sous un point de vue différent, c’est l’utilisation de la voix-off qui aurait pu faire de Komedie om geld une oeuvre novatrice. Malheureusement, ayant été peu distribuée donc peu vue, cette oeuvre est demeurée sans postérité et c’est Guitry, avec son stupéfiant Roman d’un tricheur sorti la même année, qui récolta tous les lauriers de l’invention du procédé.

Home cargo (Allan Dwan, 1936)

Un journaliste expérimenté et une novice enquêtent sur une filière d’immigration clandestine.

Une fantaisie de traitement qui n’élude pas la noirceur du thème, la souveraine harmonie entre les différentes composantes (comiques, policières, politiques) du récit et l’admirable concision du style insufflent à cette série B un parfum de modeste perfection.

Le vandale (Come and get it, Howard Hawks et William Wyler, 1936)

A la fin du XIXème siècle, l’ascension sociale d’un ambitieux bûcheron.

La première partie est virile, spectaculaire (magnifiques plans de jetées de troncs dans le fleuve dues à l’assistant de Hawks, Richard Rosson) et typiquement hawksienne. Si Frances Farmer, trop grave, ne m’a pas convaincue en entraîneuse de bar, Edward Arnold, dans un de ses rares premiers rôles, est très bien. La suite du récit, malheureusement, ressort du bête mélo. D’ailleurs, face à l’intransigeance de Samuel Goldwyn qui ne voulait rien changer du scénario, Hawks s’est fâché et le tournage fut achevé par William Wyler. Frustrant.

La guerre des gosses (Jacques Daroy, 1936)

Les gamins de deux villages voisins perpétuent une animosité ancestrale en se faisant la guerre.

C’est exagérément que le manque de visibilité de cette première adaptation du roman de Louis Pergaud par rapport à celle de Yves Robert a fait monter sa cote sur le marché des valeurs cinéphiles. En effet, le film n’est pas mauvais mais dénué de tout éclat particulier. La tendresse de Yves Robert, si elle estompait peut-être la noirceur de l’oeuvre originale, avait le mérite de rendre les personnages mémorables et attachants. Ici, seul le pessimisme allégorique du dénouement insuffle un semblant d’ampleur. L’environnement varois est joli mais nullement mis en valeur par la caméra, les dialogues sont peu inventifs, la progression dramatique à peu près nulle, les personnages d’adultes n’ont pas plus de consistance que les enfants et, bizarrement, les scènes de bataille sont escamotées. Bref, grâce à ses gamins, La guerre des gosses est un film qui se laisse plaisamment regarder mais dont la réputation apparaît surfaite.

La garçonne/Jalousie (Jean de Limur, 1936)

Après avoir fait capoter un mariage arrangé parce que son fiancé avait une maîtresse, une jeune femme s’installe à son compte et est soutenue par une décoratrice qui règne sur le monde parisien…

Typiquement le genre de film plus intéressant par ses thèmes, que l’on qualifiera d’audacieux compte tenu de l’époque (liberté sexuelle, lesbianisme, toxicomanie), que par leur traitement, que l’on qualifiera de tout à fait conventionnel. La fin fait rentrer l’héroïne dans le rang à peu de frais. La mise en scène oscille entre approximation (le découpage de la confrontation finale) et application de recettes éprouvées (les travellings sur les corps à moitié dénudés pendant l’orgie).