Le héros de la Marne (André Hugon, 1938)

Grâce à la guerre, un père de famille se réconcilie avec toute sa famille.

Rocambolesque mélodrame qui mêle très grossièrement et très platement Dieu, la famille et la patrie. C’est de surcroît découpé n’importe comment (mais peut-être cette impression est-elle due au lamentable état de la copie, le négatif ayant été détruit par les Allemands). Une ou deux jolies images de la moisson et quelques plans d’intérieur éclairés avec une surprenante sophistication n’empêchent pas que Le héros de la Marne soit globalement nul.

L’ensorceleuse (The shining hour, Frank Borzage, 1938)

Une danseuse ayant épousé un riche fermier est diversement accueillie par sa belle-famille.

Cette adaptation d’une pièce de théâtre se déroule principalement dans de luxueux intérieurs autour de cinq personnages. Ces allures de mélodrame mondain et glacé sont heureusement transcendées par une dernière partie, purement borzagienne, qui tend vers le sublime sacrificiel. La grande et rare Margaret Sullavan déploie alors tous ses talents lacrymaux.

Les masseurs et la femme (Hiroshi Shimizu, 1938)

Dans un spa à la campagne, des masseurs aveugles rencontrent une jeune femme de Tokyo alors que des touristes voient leur argent dérobé.

Encore une fois, Hiroshi Shimizu a concocté son récit de façon à faire se croiser des personnages n’ayant rien à voir entre eux dans un lieu précis durant un laps de temps limité. Plutôt qu’un simple marivaudage, un tel chassé-croisé lui permet d’évoquer ce qui aurait pu advenir, de saisir l’instant fugace où la vie d’une femme aurait pu changer. Shimizu: le cinéaste du conditionnel passé. Grâce à un génie poétique qui exploite magnifiquement les éléments naturels de la scène, il immortalise un moment aussi peu dramatique qu’un départ sans adieu. Sans se départir de son humour, insufflant à son histoire une pincée d’intrigue policière, l’auteur a brodé une petite symphonie des regrets où la mélancolie est rendue sensible avec une merveilleuse légèreté de touche. Génie de la composition visuelle surpassant le Mizoguchi de l’époque et fluidité précise du découpage donnent une extraordinaire densité à un film ne durant guère plus d’une heure tout en confirmant à mes yeux la place de Hiroshi Shimizu au premier rang des réalisateurs de son temps.

Métropolitain (Maurice Cam, 1938)

Un ouvrier parisien marié à une standardiste qui travaille de nuit s’amourache d’une comédienne rencontrée dans des circonstances extraordinaires…

Petit mélodrame doté d’un vernis réaliste (les scènes au chantier ou dans le métro) et d’un sens de la dialectique dramatique qui, à l’exception notable du gentil héros joué par Albert Préjean, empêche les personnages de rester enfermés dans leurs rôles initiaux. Remarquable composition d’André Brulé. Métropolitain n’est pas à proprement parler un grand film, il n’est pas exempt de facilités narratives, mais il mérita le succès qui fut le sien à sa sortie.

J’accuse (Abel Gance, 1938)

Un survivant de la guerre de 14/18 s’interdit de toucher à la veuve de son camarade dont il est pourtant amoureux.

Les deux versions de J’accuse préfigurent deux beaux films sortis en 1978. Le premier J’accuse était en effet, avec sa structure avant-pendant-après, une sorte de Voyage au bout de l’enfer de la Grande guerre. Ce remake parlant dont le substrat est la mélancolie d’un vétéran hanté par ses camarades morts annonce La chambre verte. Cela ne m’étonnerait pas que François Truffaut se soit souvenu des scènes de Jean Diaz dans son bunker-mémorial pour la liturgie de Julien Davenne. La belle musique de Henri Verdun s’inscrit aussi dans la même tradition que celle de Maurice Jaubert.

C’est d’ailleurs cette maladive mélancolie du héros qui sauve le film de Gance du ridicule. S’il épousait complètement le point de vue de Jean Diaz, J’accuse serait irrémédiablement plombé par la naïveté de son message. Or présenter sa fièvre comme une forme de folie en l’inscrivant dans un environnement rationnel, bienveillant et s’échinant à le comprendre sans y parvenir introduit une dialectique narrative qui transfigure -mais n’élimine pas- le propos pacifiste de J’accuse. La lourdeur des chromos symboliques et l’épaisseur des ficelles du mélo s’effacent devant la performance hallucinée de Victor Francen et la sincérité de l’auteur.

L’aveu d’impuissance en exergue de l’oeuvre, d’une modestie aussi touchante que rare chez Abel Gance, montre combien refaire son pamphlet antibelliciste à l’aube de la deuxième guerre mondiale importait à son coeur. Ce retour à un de ses sujets de prédilection permet également à l’artiste de renouer avec une inspiration poétique qui ne trouvait guère à s’épanouir dans  Lucrèce Borgia, Louise et autres Roman d’un jeune homme pauvre. La séquence finale, quoique inutilement délayée par rapport à l’originale, n’a pas manqué hier soir de susciter les applaudissements du public de la Cinémathèque française, public pourtant blasé s’il en est.

Noix de coco (Jean Boyer, 1938)

A Menton, un horticulteur apprend que sa nouvelle et vertueuse épouse est « Noix de Coco », l’entraîneuse avec qui il eut une liaison à Saïgon du temps de sa jeunesse…

Contrairement à d’autres films de Jean Boyer, cette comédie est médiocre du fait que:

  1. le scénario s’éparpille et n’approfondit aucune piste narrative
  2. les dialogues ne sont pas des plus inspirés
  3. il n’y a pas de chansons pour agrémenter la sauce

La folle parade (Alexander’s Ragtime Band, Henry King, 1938)

Du début des années 10 au mitan des années 30, l’histoire d’un groupe de ragtime créé par une jeune homme de la « bonne société ».

Une grande partie du film est consacrée à des interprétations de chansons d’Irving Berlin. Même si le texte de la chanson est souvent en rapport avec ce que vivent les personnages, cela ralentit la narration et atténue l’intensité dramatique. Néanmoins, aussi conventionnelle qu’elles puissent être, les péripéties du scénario sont mise en scène avec justesse et conviction, notamment grâce à l’excellence des trois acteurs principaux: Tyrone Power, Don Ameche et Alicia Faye.