Yamilé sous les cèdres (Charles d’Espinay, 1939)

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Au Liban, une chrétienne tombe amoureuse d’un musulman et ça déplaît fortement à sa famille.

Evidemment, les acteurs français (Charles Vanel, Jacques Dumesnil…) qui interprètent des Orientaux sont un lourd handicap. Au début du film, lorsqu’il s’agit d’exposer la situation, les dialogues de Henry Bordeaux pèchent par excès de généralisation. Pourtant, le fait que le drame s’incarne dans de multiples chevauchées à travers les décors naturels du Liban insuffle une vérité élémentaire qui par ailleurs fait défaut. Le découpage, assuré selon certaines sources par l’opérateur Jacques Vandal, est assez dynamique et la très bonne musique de Marius-François Gaillard apporte le lyrisme sombre nécessaire à la tragédie. Sans qu’il n’y ait de visée documentaire à la Léon Poirier, l’exotisme va ici de pair avec le respect des cultures étrangères. Bref, c’est (un peu) mieux que ce qu’on aurait pu croire.

Vidocq (Jacques Daroy, 1939)

Pendant l’Empire et la Restauration, le destin de Vidocq, forçat évadé puis policier…

Surjeu des théâtreux qui composent la distribution, absence de fantaisie et médiocrité de la mise en scène rendent prégnante l’infériorité de la France face à Hollywood en matière de cinéma d’aventures. Que l’on songe à ce que Curtiz et Flynn auraient fait d’un tel sujet.

Le veau gras (Serge de Poligny, 1939)

Un jeune homme qui a vécu comme gigolo à Paris revient chez ses parents en province.

C’est plus sinistre que drôle: la mise en scène est platounette, le personnage d’André Lefaur est insupportable de vile caricature, la fin est prétentieusement morale et le seul bon moment du film est celui, doux-amer, où chaque membre de la famille vaque à ses occupations après le repas. C’est un des rares moments du cinéma français des années 30 où la Mère et la Famille sont filmées.

Pièges (Robert Siodmak, 1939)

Une taxi-girl est employée par la police pour enquêter sur des disparitions de jeunes filles…

Film emblématique de la liberté du cinéma français des années 30, Pièges se fait tour à tour polar, comédie sentimentale, musical et film à sketches façon Carnet de bal. Toutefois, il ne manque jamais d’unité, cette variation des registres étant profondément justifiée par les pérégrinations de l’enquêteuse. De concert symphonique en concours culinaire de province en passant par une soirée dans un château identique à celui de La règle du jeu, c’est un plaisir que de se faire balader par le récit d’autant que les personnages secondaires ont une belle densité humaine et ne semblent jamais asservis à l’intrigue: au contraire, leur psychologie en perpétuelle évolution nourrit celle-ci. Cela peut donner lieu à des scènes magnifiques tel celle entre le majordome-maquereau joué par Jacques Varennes et son épouse. Jouant avec son image, Maurice Chevalier est excellent.

Si le découpage de Robert Siodmak est moins inspiré qu’il ne l’a été, le montage au cordeau maintient la vivacité du rythme. Petit à petit, le foisonnement narratif fait place à un pur film à suspense n’ayant rien à envier aux films américains de l’auteur. Même: les références à la psychanalyse sont mieux intégrées que dans nombres de classiques hollywoodiens de la décennie suivante. Au peu fourni rayon des regrets, signalons une fin qui évacue trop facilement la noirceur sous-tendue précédemment.