L’homme du Niger (Jacques de Baroncelli, 1939)

Au Niger, un ingénieur qui voulait entreprendre de grands travaux d’irrigation disparaît avec l’aide de son ami médécin lorsqu’il apprend qu’il a attrapé la lèpre.

Derrière le mélo colonial à l’écriture souffreteuse (théâtral et mal construit), il y a un étonnant et digne mélo homosexuel. Les séquences entre Harry Baur et Victor Francen sont d’une belle force émotionnelle.

Chants de tourtereaux (Masahiro Makino, 1939)

La fille d’un marchand de parapluies est amoureuse d’un samouraï courtisé par deux autres femmes…

Bien qu’il fut tourné en 15 jours, ce classique de la comédie musicale japonaise étonne par sa haute tenue formelle. Les images sont joliment composées, la caméra est mobile, le rythme est enlevé et il y a même un beau passage nocturne et fantastique qui paraît tout droit sorti de chez Mizoguchi. Les nombreuses chansons amènent de la variété et de la gaieté. Cette gaieté n’exclut pas quelques moments touchants; le caractère mélodramatique du sujet n’étant pas tout à fait escamoté par la mise en scène. Bref, Chants de tourtereaux allie la fantaisie d’un Jean Boyer à la maîtrise technique d’un George Stevens.

Moulin rouge (André Hugon, 1939)

Deux amis qui vivent sous le même toit tentent de joindre les deux bouts en en faisant le moins possible.

Yves Mirande refait Baccara mais c’est nettement moins bien que son chef d’oeuvre car la relation entre les deux hommes est moins précisément étayée (de ce fait, l’homosexualité est d’autant plus suggérée) et le récit ne sait pas trop où il va. Ceci dit, les dialogues sont pas mal, il y a des chansons de Van Parys, et le duo contrapuntique formé par le très élégant René Dary et le cabotin Lucien Baroux fonctionne bien. D’où que ce Mirande moyen s’avère un assez bon Hugon.

On borrowed time (Harold S. Bucquet, 1939)

Un orphelin et son grand-père immobilisent la Mort dans un arbre de leur jardin.

Des vertiges métaphysiques aussi profonds que dans le Septième sceau sont enfermés dans une sucrerie typique de la MGM. On borrowed times est une oeuvre extraordinaire où le jusqu’au boutisme du récit transfigure toute mièvrerie. Quelques fléchissements du rythme dus à son origine théâtrale n’empêchent pas ce film d’être tout à fait hallucinant.

Yamilé sous les cèdres (Charles d’Espinay, 1939)

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Au Liban, une chrétienne tombe amoureuse d’un musulman et ça déplaît fortement à sa famille.

Evidemment, les acteurs français (Charles Vanel, Jacques Dumesnil…) qui interprètent des Orientaux sont un lourd handicap. Au début du film, lorsqu’il s’agit d’exposer la situation, les dialogues de Henry Bordeaux pèchent par excès de généralisation. Pourtant, le fait que le drame s’incarne dans de multiples chevauchées à travers les décors naturels du Liban insuffle une vérité élémentaire qui par ailleurs fait défaut. Le découpage, assuré selon certaines sources par l’opérateur Jacques Vandal, est assez dynamique et la très bonne musique de Marius-François Gaillard apporte le lyrisme sombre nécessaire à la tragédie. Sans qu’il n’y ait de visée documentaire à la Léon Poirier, l’exotisme va ici de pair avec le respect des cultures étrangères. Bref, c’est (un peu) mieux que ce qu’on aurait pu croire.