Le jugement de Dieu (Raymond Bernard, 1949)

Au XVème siècle, Albert de Bavière épouse Agnès Bernauer contre l’avis de son père qui déclenche alors un procès en sorcellerie contre la roturière.

Ce film français fait très pâle figure face au chef d’oeuvre contemporain de Mizoguchi racontant une histoire très analogue: Les amants crucifiés. Sans attendre de Raymond Bernard un génie à la hauteur de celui de l’immense Nippon, on peut quand même constater ce qui grève lourdement son histoire d’amour fou: des interprètes principaux médiocres qui n’enlèvent jamais du spectateur l’idée qu’il assiste à un carnaval et un récit aussi mal construit que celui du Miracle des loups, un récit qui tarde à réaliser son unité dramatique et gère très mal (en fait, ne gère pas du tout) la coexistence des différents tons et des différents enjeux. A part ça, il y a quelques jolies images.

L’arc-en-ciel (Marc Donskoï, 1943)

En Ukraine, des villageois résistent face aux Allemands.

Pour faire oeuvre de propagande, Marc Donskoï ne s’interdit aucune outrance. A l’exception d’une ou deux séquences bêtement surlignantes telle celle où l’officier allemand est confronté aux trois enfants, cela fonctionne pourtant car quel postulat plus outrancier qu’une lutte à mort entre deux peuples telle qu’en constitua la Grande guerre patriotique? C’est ainsi qu’une mère préfère voir son bébé assassiné par l’officier allemand que de dénoncer les partisans. Selon la grande tradition soviétique, le récit est dénué de personnage principal.

Le lyrisme visuel, où concourent génie d’un cadrage exploitant à merveille le violent contraste engendré par la neige et inventivité d’un montage ayant le sens du raccord poétique, touche parfois au sublime. Mais le sublime n’est pas le seul registre manié par Donskoï qui, dans ses studios du Turkménistan, filme avec une tendre justesse le peuple ukrainien. Le formalisme n’étouffe pas la vie. Voir par exemple les enfants qui trébuchent dans la neige pour apporter du pain aux prisonniers. Même s’ils sont abondants, la mise en scène n’a pas besoin de morceau de bravoure pour s’avérer géniale. Ainsi du plan où la fille qui couche avec un Allemand se retourne, maquillée. Toute sa hideur morale passe par l’image. Grâce à cette science de la propagande, quand cette « pute à Fritz » sera revolvérisée par son mari, le sentiment de juste vengeance du spectateur ne sera guère altéré par un questionnement sur la justesse morale de l’épuration des collaboratrices horizontales. Les Soviétiques, eux, ne s’embarrassaient pas de ces débats et ne se contentaient pas de tondre, comme le montrent les propos suivants de Dovjenko: « À Belgorod, 80% des jeunes femmes épousent des Allemands. Nous les punirons pour cela. Nous fusillerons les traîtres et les bâtards que nous avons nous-mêmes engendrés. » La sortie en France de L’arc en-ciel en octobre 44 n’a sûrement pas contribué à faire diminuer l’ardeur des coiffeurs amateurs.

Avec L’arc-en-ciel, le cinéma stalinien se hissait à une hauteur barrésienne.

 

Un flic (Maurice de Canonge, 1947)

Après la Libération, un résistant opportuniste rentre dans des trafics louches, au grand dam de son beau-frère policier au quai des orfèvres.

L’importante présence du décor parisien et une ample séquence d’assaut final constituent les plus-values les plus significatives de ce polar plutôt banal et mou.

L’aventure d’une nuit (Remember the night, Mitchell Leisen, 1940)

Un procureur paye la caution de la voleuse qu’il a entraîné derrière les barreaux et, comme elle est seule, se retrouve à passer Noël avec elle.

L’artifice du postulat est vivifié par la finesse maintenue de l’écriture jusqu’au peu crédible dernier rebondissement et par le couple Fred MacMurray/Barbara Stanwyck, soutenu par la grande Beulah Bondi. Ce film assez peu comique de Mitchell Leisen écrit par Preston Sturges fait songer à du Leo McCarey en un peu moins bien.

 

Miroir (Raymond Lamy, 1947)

Un notable mène une double vie: père de famille et chef d’un gang.

Pâle ersatz de L’étrange monsieur Victor avec Jean Gabin en lieu et place de Raimu. Le problème est que le drame met très longtemps à s’instaurer et que les scènes platounettes, tout juste épicées par la gouaille de la distribution marseillaise, se succèdent pendant les trois quarts du métrage sans unité profonde. Je me suis longtemps demandé ce que ce film, ni drôle ni vraiment dramatique, racontait.

Bagarres (Henri Calef, 1948)

Après avoir fui deux prétendants, une femme se fait embaucher dans une ferme et séduit le maître de maison.

Bagarres cristallise ce que François Truffaut fustigeait à juste titre dans « une certaine tendance du cinéma français »: déroulement programmatique d’un récit sans vie, épaisseur du trait provoquée par l’artifice de l’écriture et la fausseté des théâtreux, dialogues prétentieux mais ineptes et laideur des sentiments trop généralisée pour être honnête.

Annette et la dame blonde (Jean Dréville, 1942)

Une jeune fille découpe le manteau en vison de la maîtresse de l’homme dont elle est amoureux.

Comédie écrite par Decoin pour Darrieux, Annette et la dame blonde fut finalement réalisé par Jean Dréville avec Louise Carletti. C’est médiocre, niais et occasionnellement caricatural (l’Américaine) mais consolons-nous: avec le tandem initial, cela n’aurait certainement pas été un chef d’oeuvre tant le scénario est prévisible et inconsistant.