Un flic (Maurice de Canonge, 1947)

Après la Libération, un résistant opportuniste rentre dans des trafics louches, au grand dam de son beau-frère policier au quai des orfèvres.

L’importante présence du décor parisien et une ample séquence d’assaut final constituent les plus-values les plus significatives de ce polar plutôt banal et mou.

Miroir (Raymond Lamy, 1947)

Un notable mène une double vie: père de famille et chef d’un gang.

Pâle ersatz de L’étrange monsieur Victor avec Jean Gabin en lieu et place de Raimu. Le problème est que le drame met très longtemps à s’instaurer et que les scènes platounettes, tout juste épicées par la gouaille de la distribution marseillaise, se succèdent pendant les trois quarts du métrage sans unité profonde. Je me suis longtemps demandé ce que ce film, ni drôle ni vraiment dramatique, racontait.

Les maudits (René Clément, 1947)

En avril 45, des nazis en fuite à bord d’un sous-marin enlèvent un médecin à Royan…

Un film sur les nazis en fuite aurait pu être intéressant si les dimensions politiques et historiques n’avaient été escamotées par un traitement pusillanime, vulgaire et ras-les-pâquerettes. La seule motivation de ces « maudits » pour continuer un combat perdu qui soit vraiment évoquée est l’amour d’un industriel italien pour une nazie: minable réduction de la tragédie historique aux dimensions d’un mauvais mélo. Face à des méchants très méchants, il y a un gentil très gentil chargé de raconter le film pour que l’on ne quitte jamais le point de vue d’un gentil dans cette histoire de méchants, dût-ce être au prix de lourdes fautes dans la gestion des flash-backs. Sa voix-off, souvent superflue et de surcroît très mal dite par Henri Vidal, n’est pas l’élément le moins plombant du film.

Paris 1900 (Nicole Védrès, 1947)

Montage de films de la Belle époque commenté par Claude Dauphin.

Essai filmique qui mélange allègrement les bandes d’actualité aux fictions du début du siècle. Le caractère ontologique du cinématographe en prend un coup mais cela n’empêche pas que l’on n’aie l’impression de voir une époque ressusciter. C’est dû à la variété des thèmes abordés, à la finesse du montage et à la sautillante qualité du commentaire. Très rive gauche dans son esprit, ce film admirable et précurseur a grandement influencé Chris Marker et Alain Resnais (qui fut l’assistant de Nicolas Védrès).

Railroaded! (Anthony Mann, 1947)

Un jeune homme est injustement accusé d’un braquage ayant mal tourné par une des témoins.

La narration n’a pas le naturel implacable de Desperate, premier et meilleur des films noirs de série B réalisés par Mann. En revanche, même si John Alton n’est pas encore chargé de la photographie, les images impressionnent déjà par leur stylisation tranchante. Les idées plastiques, tel les flammes blanches sortant des canons dans l’obscurité, renforcent la brutalité des séquences de violence qui inspirent particulièrement le cinéaste; j’ai donc regretté qu’il n’y ait pas encore plus d’action.

Pour une nuit d’amour (Edmond T.Gréville, 1947)

A la fin du XIXème siècle, une jeune marquise sur le point d’être mariée à un riche prétendant demande à un niais amoureux d’elle de l’aider à cacher un cadavre.

La transformation de la sombre nouvelle sado-maso de Zola en une « satire sociale » convenue et inoffensive amuse au début grâce à Alerme et à quelques bons mots mais finit par ennuyer franchement à force de dilution de l’action dramatique (prolongations grotesques du dénouement…). Le peu de perversité gardé par les adaptateurs est complètement gommé par l’interprétation de Odette Joyeux, tout à fait inadaptée au rôle de Thérèse. Toutefois, le filmage de Gréville est d’une plaisante vivacité.