Pour une nuit d’amour (Edmond T.Gréville, 1947)

A la fin du XIXème siècle, une jeune marquise sur le point d’être mariée à un riche prétendant demande à un niais amoureux d’elle de l’aider à cacher un cadavre.

La transformation de la sombre nouvelle sado-maso de Zola en une « satire sociale » convenue et inoffensive amuse au début grâce à Alerme et à quelques bons mots mais finit par ennuyer franchement à force de dilution de l’action dramatique (prolongations grotesques du dénouement…). Le peu de perversité gardé par les adaptateurs est complètement gommé par l’interprétation de Odette Joyeux, tout à fait inadaptée au rôle de Thérèse. Toutefois, le filmage de Gréville est d’une plaisante vivacité.

 

Histoire de chanter (Gilles Grangier, 1947)

Pour se venger d’un ténor qui fait fondre sa femme, un chirurgien de la côte d’Azur échange les cordes vocales de ce dernier avec celles d’un épicier…

Soit Luis Mariano se retrouvant avec la voix de Carette et Carette se retrouvant avec la voix de Luis Mariano. Sujet de comédie en or malheureusement gâché par un scénario paresseux, délayant longuement l’exposition et n’exploitant guère le potentiel de son excellent argument. Roquevert et Carette assurent le service minimum et les nombreuses prises de vue en extérieur permettent de voir Nice avant que la côte d’Azur ne fût bétonnée.

Bethsabée (Léonide Moguy, 1947)

Dans un poste militaire d’Afrique du Nord, l’arrivée de la fiancée d’un officier trouble le mess en réveillant des passions enfouies.

Une intrigue aussi inextricable que celle de Bethsabée aurait nécessité un traitement plus distant de façon à tirer le film vers la tragédie mais la vulgarité totale et veule de Léonide Moguy, qui va jusqu’à ôter à Danielle Darrieux sa grâce naturelle, l’abaisse dans une mièvrerie impossible.

Mademoiselle s’amuse (Jean Boyer, 1947)

La capricieuse fille d’un millionnaire décide de se faire suivre 24h/24 par l’orchestre de Ray Ventura.

Une ineptie proche du nanar mais Giselle Pascal compose un ersatz acceptable de la jeune Darrieux, les chansons de Paul Misraki sont entraînantes et la gaieté générale incite à l’indulgence (coupable?).

La maison rouge (Delmer Daves, 1947)

Une jeune fille fait embaucher son camarade de classe par son père adoptif qui possède une ferme reculée…

Les paysages naturels et les jeunes gens qui y évoluent sont magnifiquement filmés par Delmer Daves. Dans les séquences mettant en scène les adolescents, on retrouve déjà la sensibilité, plastique et humaniste, propre aux chefs d’oeuvre tardifs de l’auteur que sont Spencer’s mountainSusan Slade ou Summer place. Qui plus est, les scènes en intérieur sont superbement éclairées. Allene Roberts, dont la sensualité éclot au fur et à mesure du film, se révèle excellente. Il est donc dommage que le symbolisme psychanalytique se fasse de plus en plus encombrant à mesure que le récit avance. En raison de ces carences d’écriture, La maison rouge est clairement un film mineur.

The fabulous Texan (Edward Ludwig, 1947)

De retour de la guerre de Sécession, un Texan devient peu à peu hors la loi…

Bon petit western, situé entre la série B et la série A. Wild Bill Elliott fut en son temps une star du genre mais c’est John Carroll, dont le personnage est plus complexe et plus fascinant, qui lui vole la vedette. L’histoire est intéressante et développée avec une certaine sensibilité et une franchise qui évite trop de simplisme dans la dramaturgie. Il y a plusieurs scènes d’action trépidantes et mouvementées. Enfin, la photo a un petit charme vaguement charbonneux.