Angel in exile (Allan Dwan, 1948)

Après un séjour en prison, un braqueur va chercher son butin planqué dans un village près du Mexique où les gens sont très croyants…

Une fable surprenante et variée (au niveau du ton) où le héros évoluera suite à son séjour dans une communauté dont le cinéaste excelle à montrer la mythique harmonie. C’est très typique d’Allan Dwan et c’est simplement beau. Adela Mara, sorte de Natalie Wood de série B, ne manque pas de charme.

Bandits de grand chemin (Black Bart, George Sherman, 1948)

Un braqueur de diligences se sépare de son compère et commet ses forfaits masqué.

Western conventionnel et convenu sans grand intérêt. Les motivations du personnage principal, bandit mais gentil, restent floues. Sa romance, sous deux identités différentes, avec la danseuse Lola Montès enlève toute espèce d’embryon de crédibilité à cette médiocre série B.

L’impitoyable (Ruthless, Edgar G.Ulmer, 1948)

L’ascension dans le milieu de la finance d’un homme parti de rien au coeur sec.

Ruthless est un des rares films pour lesquels Edgar G. Ulmer a bénéficié d’un budget décent. C’est aussi une de ses pleines et entières réussites. L’histoire de cet homme sans pitié qui se hisse au sommet après avoir écrasé son entourage est a priori archi-rebattue mais est en fait racontée avec une subtilité toute dialectique. Ainsi, l’ascension du héros est le fruit d’un vague opportunisme amoureux avant d’être celui d’une supposée volonté de fer. Par bien des aspects, ce requin de la finance est un homme faible. Quoique retraçant toute sa vie depuis une enfance douloureuse, Ulmer a l’intelligence de ne pas réduire le caractère de son personnage à un unique trauma. Pas d’explication artificielle façon « Rosebud » ici. Les longs flashbacks sont là pour montrer toute la complexité du personnage, non pour la simplifier abusivement. Les décors de la Nouvelle-Angleterre et de Wall Street n’étant pas particulièrement propices aux envolées du poète expressionniste qu’était Ulmer, la mise en scène est classique. Classique et parfaitement maîtrisée. Les acteurs sont excellents. Louis Hayward restitue jusqu’au bout le mystère de son personnage grâce à un jeu très sobre et est entouré de grands seconds rôles, à commencer par un inoubliable Sydney Greenstreet qui se montre ici plus shakesperien que jamais. Tout au plus regrettera t-on la convention du deus ex-machina final qui retire un peu de sa force à la superbe dernière séquence.

Louisiana story (Robert Flaherty, 1948)

Une société pétrolière s’installe dans les marais cajuns pour forer un trou.

Commandé à Robert Flaherty par la Standard Oil Company pour mettre en valeur le travail de ses foreurs, Louisiana story est en fait, comme les autres films du réalisateur, un poème dédié aux peuplades primitives qui, vivant au plus près de la Nature, sont quotidiennement aux prises avec elle pour survivre. En l’occurrence, l’auteur de Nanouk s’intéresse aux cajuns, ces descendants de colons français qui vivent dans les marécages de Floride. On suit un enfant cajun dans ses déambulations sur la rivière.  C’est une sorte de Tom Sawyer qui attrape des poissons, adopte un raton-laveur, tente de capturer un crocodile, rencontre les foreurs qui envient son adresse à la pêche… Comme toujours chez Flaherty, les caractères ne sont pas fouillés et l’environnement social des personnages inexistant.

Seul compte le rapport de l’homme à la nature. La beauté de cette dernière est chantée grâce à des images d’une époustouflante beauté. Les champs de blé rappellent City girl de Murnau, les nombreux plans sur les animaux sauvages rappellent Tol’able David et annoncent La nuit du chasseur. La lumière est globalement sublime. Moins âpre que L’homme d’Aran, Louisiana story n’en contient pas moins des séquences de suspense terrifiantes avec des crocodiles, séquences qui rappellent le caractère foncièrement artificiel, spectaculaire et dramatisé du cinéma de Flaherty. S’il contient des longueurs dues aux scènes inintéressantes avec les foreurs, s’il est moins équilibré que Nanouk et L’homme d’Aran, ce dernier film de Flaherty est peut-être celui où ses qualités plastiques et dramatiques sont les plus éclatantes.

L’enjeu (State of the union, Frank Capra, 1948)

Une femme à la tête d’un puissant lobby du parti républicain décide d’imposer son amant, qui a tous les atours d’un parfait candidat, dans la course à l’investiture pour le poste suprême mais il va falloir se coltiner l’épouse de celui-ci.

Le candidat en question, coeur pur utilisé par les lions de la politique, rappelle évidemment d’autres héros de Capra tels John Doe, Mr Deeds ou encore Mr Smith. Néanmoins, L’enjeu n’est pas un scénario original mais est adapté d’une pièce de théâtre. A ce propos, Mr Smith au sénat était déjà l’adaptation d’un roman, ce qui montre la faculté d’appropriation de matériaux d’origine diverses et variées qui était celle d’un auteur de cinéma tel que Frank Capra. L’origine théâtrale de L’enjeu se fait pesamment sentir lors de scènes avec portes qui s’ouvrent à chaque extrémité du plan pour faire apparaître opportunément un personnage qui va faire avancer l’intrigue. Le film est aussi très bavard et les dialogues parfois trop brillants pour être vraisemblables.

La richesse et la complexité de l’histoire sont à la fois un atout et une faiblesse. C’est un atout car aucun caractère n’est abusivement simplifié (il n’y a pas vraiment de gentil ou de méchant), ce qui donne d’autant plus de force à l’amertume du tableau de la vie politique américaine que dresse le cinéaste. L’enjeu est riche d’enjeux dramatiques divers et variés. C’est aussi une faiblesse car l’intrigue est reine et le metteur en scène ne prend jamais vraiment le temps de faire vivre ses personnages, d’en privilégier certains par rapport à d’autres. Même une scène de ménage peut se clore par un discours édifiant, ce qui montre l’intempestivité des auteurs.

Heureusement, les acteurs donnent vie à cette critique politique qui n’a d’ailleurs rien perdu de son acuité (voir l’importance accordée à la télévision alors que le film ne date que de 1948!). Angela Lansbury (magnifique introduction qui la voit face à son père mourant!) et Adolphe Menjou sont très bons mais au final, c’est bel et bien l’alchimie du couple Tracy/Hepburn qui emporte la mise. Encore une fois.

Pitfall (Andre de Toth, 1948)

Un assureur père de famille s’amourache de la poule d’un voleur…

C’est donc un canevas de film noir a priori archi-rebattu mais c’est transcendé par une multitude de qualités. Il y a d’abord l’humour sardonique insufflé par les dialogues de William Bowers. Il y a ensuite un excellent casting mené par Dick Powell qui incarne parfaitement le père de famille aimant mais désabusé. Il y a, et c’est tout à fait inhabituel pour le genre, des scènes familiales dont la tendresse n’a d’égale que la brutalité des (rares) bagarres.

En fait, Pitfall montre l’intrusion du mal dans le foyer américain. Quel est le devoir d’un homme dans notre société civilisée lorsque, en partie par sa faute, sa famille est menacée?  C’est en abordant cette question que le film atteint des cimes assez exceptionnelles grâce à la complexité des situations et à la justesse des caractères qu’il présente. A ce titre, la fin est magnifique, loin de toute forme de convention.

La femme aux cigarettes (Road House, Jean Negulesco, 1948)

Une nouvelle chanteuse met à mal l’amitié entre le propriétaire d’un cabaret et son gérant.

La femme aux cigarettes est un film noir mâtiné de drame psychologique. Il y a peu d’action, peu de mystère et l’intrigue est tout à fait conventionnelle. Le rythme est monotone mais le film avance sûrement. La mise en scène de Jean Negulesco qui exploite impeccablement les ressources du studio donne une certaine épaisseur à l’environnement des personnages et les éclairages de Joseph LaShelle se contrastent joliment au fur et à mesure que le drame se noue. Un an après Le carrefour de la mort, Richard Widmark refait un numéro de psychopathe à base de rictus diabolique et Cornel Wilde est un parfait émule de Dana Andrews tandis que qu’Ida Lupino excelle autant qu’à l’accoutumée même si elle est moins jolie qu’elle ne l’a été à cause d’une frange affreuse.
Bref, La femme aux cigarettes est un film qui sans être véritablement passionnant se laisse regarder.

Infidèlement vôtre (Preston Sturges, 1948)

Suite au malencontreux rapport d’un détective, un brillant chef d’orchestre fou amoureux soupçonne sa femme d’infidélité.

Cette comédie de Preston Sturges est basée sur une pseudo-originalité: durant son concert, le chef d’orchestre imagine trois scénarios pour faire face à l’infidélité supposée de sa femme. Le cinéaste représente ces trois scénarios. Successivement. Cette construction est nulle puisque le spectateur sait que c’est du virtuel et que pendant tout ce temps (les deux tiers du métrage), le récit n’avance donc pas. Ses rêveries ne font même pas évoluer les sentiments ou le caractère du héros, elles ne sont que prétextes à gags poussifs à base de meurtres et de suicides (actions vidées de leur potentiel dramatique puisqu’on sait que ce n’est que du fantasme). Sous-tendue par une vision du monde proche du nihilisme, l’inspiration de Sturges est souvent très sinistre, ce qui rend ses films beaucoup moins plaisants que ceux de ses collègues Hawks ou McCarey.
C’est d’autant plus dommage que l’exposition était brillante montrant avec beaucoup d’humour comment la jalousie, indissociable de l’amour, peut empoisonner les esprits les plus raffinés. Mais les sentiments n’intéressent pas Preston Sturges…

Smith le taciturne (Whispering Smith, Leslie Fenton, 1948)

Un détective engagé par la compagnie des chemins de fer est partagé entre son sens du devoir et son amitié avec un fermier qu’il soupçonne de cacher les pilleurs de train.

Le scénario présente des personnages intéressants car leurs motivations sont multiples. Il est simplement dommage que le héros, joué par Alan Ladd, soit pur et parfait au delà de toute vraisemblance; cela donne au film un côté niais dont il se serait bien passé (Whispering Smith n’est pas Shane).  De plus, la matière dramatique est intéressante mais le développement narratif est somme toute basique. Il n’y a pas de point de vue donc il n’y a pas de mystère. Un exemple: le fait de voir Robert Preston participer à un braquage enlève de l’intérêt à la scène suivante qui confronte Smith à l’épouse du fermier, tous deux ignorant où est parti Preston et s’interrogeant sur son comportement. Le spectateur, lui, sait déja et s’ennuie. La mise en scène est purement fonctionnelle. Whispering Smith reste tout de même un bon film, représentatif de la santé d’un art d’usine au sommet plus que du style d’un auteur.

Les parents terribles (Jean Cocteau, 1948)

Dans une famille étouffante, les passions se déchaînent lorsque le fils tombe amoureux.

C’est essentiellement du théâtre filmé puisque Cocteau a adapté sa pièce sans changement majeur. Cela n’empêche pas Les parents terribles d’être un fort bon film puisque le côté théâtral est pleinement assumé et que la pièce est excellente.  La trame dramatique est riche d’enjeux parfaitement exploités, les acteurs brillants,  les décors superbes et l’ambiance décadente . Bref, c’est du bon Cocteau.

L’aigle à deux têtes (Jean Cocteau, 1948)

La rencontre entre une reine recluse et un anarchiste venu pour la tuer qui ressemble étrangement au défunt roi.

Les films de Jean Cocteau ne sont jamais aussi bons que lorsque leur cadre est irréel. Cet axiome est vérifié aussi bien par le lamentable échec d’Orphée, ré-actualisation germanopratine du mythe grec, que par l’éblouissante réussite de La belle et la bête, simple mise en images du conte. Avec cet inoxydable classique, L’aigle à deux têtes est l’autre grand film de Cocteau.

Plus encore que son illustre prédécesseur, c’est un triomphe de la sophistication. Des dialogues précieux aux somptueux décors en passant par les incroyables péripéties dramatiques, tout ici respire l’artifice le plus apparent. Et pourtant, ça fonctionne! C’est artificiel mais ce n’est jamais faux. Cocteau nous balade dans les arabesques d’une mise en scène sublime pour mieux dévoiler la vérité tragique des sentiments. On est dans la plus pure des poésies. Rarement couple de STARS aura été plus beau que celui formé ici par Jean Marais et Edwige Feuillère. Au final, c’est une terrible mélancolie qui sourd de la luxuriance de L’aigle à deux têtes.

Ce bon vieux Sam (Leo McCarey, 1948)

Sam est le bon samaritain de sa communauté. Il prête sa voiture à ses voisins, il arrête le bus pour que celui-ci attende les personnes âgées, il prête de l’argent aux jeunes couples qui en ont besoin…Un jour, la générosité et le désintéressement de Sam en viennent à nuire à la quiétude de son foyer.

Ce bon vieux Sam est un film où s’affirme pleinement le génie de Leo McCarey, génie qui affirme une vision aussi bien morale qu’esthétique. Le style de McCarey, c’est d’abord un sens particulier de la durée de la séquence. A l’opposé d’une écriture hollywoodienne qui miserait d’abord sur la concision narrative, McCarey étire les séquences afin de pousser leur logique interne à leur paroxysme. Cela permet à ce grand cinéaste, outre d’exploiter à fond sa mécanique comique, de faire exister ses personnages indépendamment du récit, de donner une impression de vie unique. De toute évidence, Ce bon vieux Sam est un apologue chrétien, un grand film sur l’apostolat, une profession de foi en la bonté humaine. Mais les développements altèrent, nuancent et finalement enrichissent ce propos.

Le fonctionnement du film repose sur le principe de frustration. Les actes de Sam deviennent des entraves au bonheur conjugal et génèrent les gags et la dramaturgie. Clairement, le sexe est, autant que l’altruisme, au centre de l’œuvre. Ainsi, une des séquences les plus emblématiques du film est celle où Sam, sur le point de faire l’amour à son épouse, est retardé par une multitude d’évènements qui s’enchaînent avec une précision diabolique. En étirant la séquence à la limite du supportable, le metteur en scène nous  fait éprouver une frustration analogue à celle des personnages à l’écran. Le désintéressement de Sam, montré comme frôlant la névrose, met donc en péril l’existence de son foyer. Ce bon vieux Sam s’avère alors la quête d’une harmonie entre les exigences de la famille et les élans d’un coeur noble. Harmonie chrétienne s’il en est.
Gary Cooper dans le rôle-titre renouvelle le miracle effectué dans L’homme de la rue, à savoir incarner avec une aisance stupéfiante un personnage à haute dimension symbolique.

Parabole chrétienne d’une complexité infinie qui finit par dispenser un sentiment de béatitude typique d’une certaine famille de chefs d’oeuvre hollywodiens (La vie est belle, La route semée d’étoiles…), Ce bon vieux Sam est un des plus singuliers fleurons de la comédie américaine.

L’enfer de la corruption (Force of evil, Abraham Polonsky, 1948)


Le cas de conscience d’un avocat au service de la pègre confronté à son frère qui lui est honnête.
On ne peut nier une certaine force dans la mise en scène -lors des quelques séquences d’assassinat notamment- mais la fable gauchiste est lourdement moralisatrice et convenue dans son déroulement. L’enfer de la corruption ne vaut pas les œuvres contemporaines de Jules Dassin, autre communiste hollywoodien qui réalisait des films noirs.

La vallée de la peur (Pursued, Raoul Walsh, 1948)

Le destin tragique d’un homme hanté par son passé.
Lecteur, je vous vois venir: avec une phrase aussi vague et passe-partout, vous vous dites que je ne me foule pas trop. Sachez justement qu’il est difficile de résumer Pursued de façon plus précise sans rentrer dans les détails d’une histoire parmi les plus abracadabrantesques jamais filmées. Une histoire qui met en scène des passions d’une force extraordinaire. Comme dans Duel au soleil (qui était adapté d’un roman écrit par Niven Busch, le scénariste de Pursued) , comme dans les grandes tragédies classiques, il n’y a pas ici d’espace entre l’amour inconditionnel et la haine farouche. Pour se réaliser, le couple central devra affronter le méchant mais aussi et surtout surmonter un passé déchirant qui fait d’eux des ennemis mortels. Apprendre à pardonner, faire face à ses tourments les plus secrets. Cela est raconté sous la forme d’une profusion romanesque qui jamais ne perd le spectateur. Les esprits chagrins n’auront même pas le temps de tiquer sur la lourdeur des symboles psychanalytiques, emportés qu’ils seront par le rythme galopant de la narration.
Rythme dont la vélocité n’a d’égal que la force lyrique de la réalisation. La musique orageuse de Steiner, les images sombres de James Wong Howe donnant des allures de film noir au western, l’utilisation oppressive du majestueux décor de Monument Valley et les éléments perpétuellement déchaînés de la mise en scène (ha, cette façon unique qu’a Walsh de filmer les chevaux lancés au triple-galop) font de Pursued une œuvre terrassante d’intensité dramatique. Plusieurs séquences se hissent à la hauteur de la célèbre fin de Colorado territory en terme de puissance romantique. Alliage monstrueux de trépidation romanesque et de grandeur tragique, Pursued est un film majeur de Raoul Walsh, un film dans lequel l’expression des sentiments de haine et d’amour touche à un paroxysme rarement atteint au cinéma.

Si bémol et fa dièse (A song is born, Howard Hawks, 1948)


Ce remake de Boule de feu ravive l’éternel schéma hawksien de l’homme niais face à la femme dégourdie.
Sauf que là, Danny Kaye apparaît vraiment trop niais pour être supportable. Certains gags sont à ce sujet vraiment lourds. On ne croit pas une seule seconde à l’intrigue avec les gangsters tant ceux-ci semblent sortis d’une opérette. Les séquences musicales sont souvent médiocres même si elles font intervenir pas mal de vedette de l’époque (Louis Armstrong…). Ainsi Virginia Mayo est sexy, ce qui est appréciable compte tenu de son rôle, mais ce n’est pas une grande chanteuse. Le Technicolor pastel ravira le mauvais goût qui sommeille en chacun de nous.
Quelques belles scènes, notamment la fin où la musique sauve littéralement les héros, donnent un semblant d’intérêt à Si bémol et fa dièse qui reste une variation faiblarde d’un schéma hawksien si brillamment utilisé dans d’autres oeuvres du maître.

Johnny Belinda (Jean Negulesco, 1948)

Un médecin nouvellement arrivé dans une petite ville côtière se marie avec une jeune sourde-muette victime d’un viol…
Le sujet donne le ton. C’est mélo/mélo/mélo. Malheureusement, il est difficile de croire à des personnages dont la psychologie se résume à un caractère (la candeur, la bonté, la méchanceté). Sans atténuer leur portée, Borzage introduisait de l’humour dans ses mélodrames, ce qui compensait leur solennité et faisait exister les personnages au delà de leur archétype. Ici, les ficelles énormes d’un scénario extrêmement manichéen guident les protagonistes d’un bout à l’autre du film. A côté de ça, le film est techniquement irréprochable même si dénué du moindre génie plastique. Les images sont jolies, le rythme est d’une belle fluidité et la narration feuilletonesque empêche l’ennui malgré la profonde idiotie de l’histoire racontée.

La cité sans voile (Naked city, Jules Dassin, 1948)

Le premier des polars tournés à la sauvette par Jules Dassin dans les rues des grandes villes. Ici, il s’agit de New-York qui tient véritablement le rôle principal du film. L’intrigue est somme toute banale mais l’originalité du film tient à sa volonté documentaire et à sa peinture de la déliquescence urbaine à travers une galerie de petits malfrats dont la faiblesse est profondément humaine. La mise en scène est sèche et la violence surgit brutalement, quand le spectateur ne s’y attend pas. C’est aussi un plaisir de retrouver Barry Fitzgerald, acteur fordien par excellence, dans un rôle plus grave qu’à l’accoutumée. Bref, La cité sans voile n’a pas la grandeur tragique des Forbans de la nuit, le chef d’oeuvre de Dassin dans le même genre, son ambition est plus prosaïque (comme le dit la voix-off qui apporte un contrepoint ironique bienvenu a un ensemble très sérieux, c’est la retranscription d’un fait divers « comme il s’en passe 8 millions chaque jour dans la ville ») mais c’est un bon film noir.