Comment l’esprit vient aux femmes (Born yesterday, George Cukor, 1950)

Un lobbyiste sans scrupule demande à un intellectuel de gauche d’éduquer sa maîtresse écervelée pour qu’elle intègre la haute-société de Washington.

Une fable amusante quoique prévisible et non dénuée d’artifices théâtraux (c’est l’adaptation d’une pièce de Garson Kanin). Le plus patent de ces artifices: la situation de l’action à Washington assimile un peu facilement le fait de se cultiver à l’assimilation de nobles principes hérités des pères fondateurs. La subtilité comique de Judy Holliday, la sympathie de William Holden et l’abattage -si monotone soit-il- de Broderick Crawford portent le film.

Train, amour et crustacés (It happened to Jane, 1959)

Dans une petite ville du Maine, une vendeuse de homards attaque une puissante compagnie ferroviaire après un retard de train qui a entraîné l’échec d’une livraison.

Plus que jamais, Richard Quine imite Frank Capra. La mise en scène n’a plus le dynamisme saillant de Une Cadillac en or massif. Le beau Technicolor met bien en valeur la campagne verdoyante mais la caméra a perdu en vivacité. Mêlant comédie romantique, démagogie américaine (la fin consensuelle ôte toute illusion sur la profondeur de la satire) et légère mélancolie (le titre français est parfait), le récit n’est pas toujours articulé avec vraisemblance. L’inévitable moment d’euphorie collective, de même que le discours façon Mr Smith au sénat, paraissent forcé. De plus, Doris Day n’a pas l’entrain comique de Judy Holliday mais heureusement, il y a Jack Lemmon et Ernie Kovacs. Bref, ça reste plaisant pour peu qu’on soit client du genre (et qui n’est pas client de la comédie américaine?) mais c’est loin d’être un chef d’oeuvre.

Le trésor du Guatemala (Treasure of the golden condor, Delmer Daves et Otto Preminger, 1953)

Au XVIIIème siècle, un jeune Breton accompagne un vieil homme chercher un trésor au Guatemala pour reconquérir le titre et les terres dont son oncle l’a dépossédé.

Dans ce film d’aventures, Delmer Daves, secondé par Otto Preminger, ne fait preuve d’aucun génie mais le Technicolor et un récit dense et varié niveau décors assurent le minimum syndical en terme de divertissement.

Tant que soufflera la tempête (Untamed, Henry King, 1955)

Au XIXème siècle, une riche Irlandaise fuit sa terre natale ravagée par le mildiou pour s’établir avec son mari en Afrique du Sud où elle espère secrètement retrouver un ancien amant, combattant pour l’état libre d’Orange.

Ce bref synopsis donne un aperçu de l’hétérogénéité du récit. Il ne faut malheureusement pas compter sur la mise en scène pour lui insuffler l’unité dramatique qui lui fait défaut. L’abus de transparences (Zanuck voulait utiliser un nouveau procédé « blue screen »), la relative inadéquation de Susan Hayward, que j’ai connue plus à son aise dans les modestes sagas de Stuart Heisler, à son rôle de femme passionnée et le manque d’intensité dramatique de plusieurs scènes d’action sont autant de handicaps lorsqu’il s’agit de compenser les faiblesses du script, particulièrement patentes dans une dernière partie qui use et abuse des coïncidences saugrenues au mépris de la vraisemblance la plus élémentaire. Heureusement, le film est riche d’images somptueuses de l’Afrique du Sud. Avec le Cinémascope, Henry King n’a pas perdu son sens du lyrisme visuel.

Le château de verre (René Clément, 1950)

L’épouse d’un juge suisse est séduite par un Parisien…

Quelques scènes d’un esthétisme artificiel et glacé préfigurant L’année dernière à Marienbad et de fumeuses coquetteries de narration  (flashforward) ne sauraient insuffler un quelconque intérêt à un récit d’une perpétuelle fausseté, plein de lourdeurs d’écriture (le procès en parallèle) et desservi par des acteurs déplacés. Jean Marais en homme à femmes, il eut mieux valu en rire! Mais le sérieux est ici pesant et constant.