Le trésor des Caraïbes (Caribbean, Edward Ludwig, 1952)

Au XVIIIème siècle, le capitaine d’un vaisseau demande à un mutin d’infiltrer l’île tenue par l’ennemi qui a dérobé sa fortune et enlevé sa fille.

Le parfum romanesque d’un récit à la Stevenson qui préfère la grandeur tragique au manichéisme de convention, le beau Technicolor, les acteurs impeccables (John Payne, Cedric Hardwicke, Francis L. Sullivan), la netteté du rythme et le zeste d’érotisme attendu avec Arlene Dahl dirigée par Edward Ludwig sont les atouts majeurs de ce bon film d’aventures.

L’énigme du Chicago-express (The narrow margin, Richard Fleischer, 1952)

Un policier est chargé de protéger une témoin-clé d’un procès contre la mafia dans le train qui l’amène au tribunal.

Un titre emblématique des qualités techniques de la série B américaine policière du début des années 50 : sécheresse, concision, dureté. L’inventivité formelle de Richard Fleischer se manifeste dans l’importance dramatique des reflets mais c’est bien le seul trait qui singularise son film, exercice de style habile mais dénué de toute profondeur morale, psychologique, documentaire ou politique.

Agence matrimoniale (Jean-Paul Le Chanois, 1952)

Un vieux garçon hérite d’une agence matrimoniale.

Du sous-Becker. Il y a une ambition documentaire mais elle est matérialisée par l’énonciation de banalités vaguement sociologique plus que par des détails concrets. A l’exception notable des passages en voix-off, la mise en scène est d’une décevante platitude. La construction narrative souffre d’un manque de rigueur qui engendre de la redondance d’informations donc de l’ennui (ex: le héros qui met un quart d’heure à piger ce que le spectateur sait déjà). Le ton aurait sans doute gagné à être plus comique car les notations pathétiques ressortent du larmoiement paternaliste typique de la qualité française (alors qu’en dehors de ça, Agence matrimoniale ne saurait être affilié à la sinistre tendance circonscrite par Truffaut). Quant à la niaiserie sentimentale de l’intrigue principale, elle est hors de propos. Bref, j’aurais aimé aimer mais ce n’est franchement pas terrible.

Sergil chez les filles (Jacques Daroy, 1952)

A Marseille, l’inspecteur Sergil enquête sur le meurtre de la femme de chambre d’un hôtel de passes.

Quelques prises de vue des rues autour de Notre-Dame de la Garde sont tout ce que l’on peut trouver de vaguement intéressant dans ce bas de panier de la série B franchouille où Daroy se montre certes moins nul que Dally. Même Paul Meurisse est sous-employé.

L’inexorable enquête (Scandal sheet, Phil Karlson, 1952)

Un jeune et brillant journaliste enquête sur des meurtres commis par son patron.

A travers un journal à scandales et un bal pour « coeurs solitaires », la première partie offre un aperçu vif et bien senti de ce que la société américaine peut avoir de médiocre. Malgré une ou deux articulations de l’intrigue pas très crédibles, la suite plus directement policière est bien menée, servie qu’elle est par un noir & blanc chiadé, l’excellente interprétation de Broderick Crawford et la sécheresse de Phil Karlson qui n’encombre son découpage d’aucun plan superfétatoire. La violence hasardeuse du premier meurtre est terrible. Peut-être que l’auteur du roman original, Samuel Fuller, en aurait tiré un meilleur film mais en l’état, L’inexorable enquête est un bon film noir.

Une femme a tué (Vittorio Cottafavi, 1952)

Pour dissuader une femme sur le point de commettre un crime passionnel, une autre femme lui relate le drame d’une de ses amies…

L’artifice du flashback didactique ainsi que la lourde explication finale au téléphone altèrent quelque peu l’aristocratique hauteur de vue grâce à laquelle Vittorio Cottafavi insuffle une dimension tragique au mélo. C’est avec style que le cinéaste italien filme les femmes bouleversées, sachant incarner spatialement et physiquement les tourments émotionnels de ses héroïnes sans pour autant verser dans le larmoyant.

Milady et les mousquetaires (Vittorio Cottafavi, 1952)

A force d’intrigues et de séductions, l’ascension d’une servante de couvent qui sera connue sous le nom de Milady de Winter.

Les trois mousquetaires revisité du point de vue de Milady. Pour une fois, le roman de Dumas n’est pas réduit à une enfilade de guillerettes cabrioles. Il devient la matière d’une tragédie féminine de la même famille que Ambre ou Le démon de la chair. Vittorio Cottafavi ignore le manichéisme mais présente des personnages mus par des passions (vénalité, vengeance ou amour sincère). Pour confectionner cette pellicule à budget réduit, le montage semble avoir prédominé sur le découpage; caractéristique qui fait de ce film-fétiche de Michel Mourlet une œuvre assez peu conformes aux canons baziniens du mac-mahonisme. Du stupéfiant pré-générique à l’amer plan final, Milady et les mousquetaires est une succession d’acmés. La vivacité des mouvements de caméra grâce auxquels l’Histoire semble filmée par un reporter de guerre, la brutalité elliptique des raccords et la dilection du cinéaste pour les scènes de cruauté font que l’intensité dramatique ne faiblit pas une seule seconde. Grand petit film.

La moisson/Le retour de Vassili Bortnikov (Vsevolod Poudovkine, 1952)

De retour de la Grande guerre patriotique, un commissaire au plan agricole s’aperçoit qu’en son absence, sa femme s’est installée avec un de ses amis.

L’interaction dialectique entre drame intime et problème politique de rendements agricoles ainsi que la beauté des images rurales rendent ce film de propagande plus intéressant qu’il n’y paraît.

L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven, 1952)

Une association féministe et une association anti-féministe se retrouvent à siéger sur le même palier.

L’intrigue apparaît d’autant plus inepte qu’elle n’est étayée que par d’inoffensifs clichés. Claude Cariven n’a absolument rien à dire sur le féminisme. Toutefois, les apartés burlesques des branquignols épicent la sauce. Le personnage de Louis de Funès est particulièrement drôle et surprenant. Bref, L’amour n’est pas un péché est un film très moyen dont l’intérêt est rehaussé par une inventivité comique assez inédite.

 

Les coupables (Luigi Zampa, 1952)

Enquêtant sur un assassinat, un juge d’instruction napolitain s’attaque à la camorra…

Le scénario est de Francesco Rosi et ça se sent au parfum de dénonciation désenchantée qui clôt le film. En dehors de ça, Les coupables est un polar comportant des longueurs (la laborieuse scène de reconstitution) et qui n’est pas exempt de facilités pour faire avancer l’enquête mais sa deuxième partie, focalisée sur un jeune couple voulant émigrer en Amérique, touche par la pureté de son lyrisme et le soin apporté aux images des quartiers populaires napolitains (certaines évoquent les futurs films signés par l’assistant-réalisateur: Mauro Bolognini).

La colline de l’adieu (Love is a many-splendored thing, Henry King, 1952)

A Hong-Kong, une doctoresse métisse s’éprend d’un Américain correspondant de guerre…

Le début, avec ses larges images en Technicolor et la sobriété de Henry King, laisse entrevoir un joli film mais une fois que la relation amoureuse est concrétisée, la narration languit et le profond académisme du style saute aux yeux. Médiocre.

La belle de New-York (Charles Walters, 1952)

Un séducteur s’entiche d’une vertueuse demoiselle de l’Armée du salut…

Quelques gags gentiment satiriques surnagent dans un océan de platitudes. Les numéros de danse sont loin d’avoir le dynamisme et l’entrain de The Barkleys of Broadway. Du coup, le parti-pris de faire s’envoler les personnages s’avère plus désastreux qu’autre chose. Assommant.

L’éclair (Mikio Naruse, 1952)

Une jeune fille dégoûtée par les combinaisons sordides de ses soeurs est mal à l’aise au foyer familial.

L’austérité étouffante de la mise en scène est nuancée par les moments où la jeune soeur, excellemment interprétée par Hideo Takamine, s’évade de son quotidien grâce, notamment, à la musique jouée par sa voisine. Le côté désespérant de son environnement est retranscrit avec justesse par Naruse, cinéaste nettement plus subtil que Bergman lorsqu’il s’agit de portraiturer des femmes et leurs désirs sans la moindre complaisance. Le film est très beau grâce à la façon dont il neutralise cette dialectique étouffement familial/soif d’évasion: un final sublime où surgit l’éclair éponyme en même temps qu’explose un torrent d’amour filial.

La mère (Mikio Naruse, 1952)

Suite au décès de son père, une jeune fille voit sa mère surmonter tant bien que mal les difficultés économiques de la famille…

Mikio Naruse donne une résonance universelle à la chronique intimiste en inscrivant celle-ci dans un contexte socio-historique précis: le Japon du début des années 50 où les mères devaient se débrouiller sans homme, décimés par la guerre, pour assumer leur famille. L’incidence directe des contraintes économiques sur les sentiments familiaux rend le drame d’autant plus fort et d’autant plus déchirant. La pudeur du style de Naruse, qui va toujours de pair avec l’empathie et qui n’exclut pas le lyrisme -notamment dans l’utilisation de la voix-off-, hausse le ton jusqu’au sublime.

I Dream of Jeanie (Allan Dwan, 1952)

Au milieu du XIXème siècle, l’histoire du compositeur américain Stephen Foster, génie de la chanson populaire qui, amoureux d’une fille de la haute-société, ne rêvait que de musique classique.

Un film musical de série B (en Trucolor) idéalement consacré à un musicien de série B. Stephen Foster est pour moi un « musicien de série B » non quant à son talent -incommensurable- mais quant à sa vie, une vie misérable qui pour être racontée n’avait certes guère besoin d’un gros budget tel celui alloué à la biographie de Sigmund Romberg. Le fébrile Bill Shirley incarne parfaitement un compositeur qui doute de lui pendant toute la durée du film, aux antipodes des stéréotypes en vogue dans le genre.

Au sein de ce qui demeure cependant une conventionnelle bluette qui édulcore considérablement la vie du malheureux Stephen, le contexte historique qui voit le droit d’auteur naître et un certain renversement des valeurs esthétiques s’opérer est judicieusement exploité.  Il y a plusieurs belles scènes typiques d’Allan Dwan en ce sens qu’elles rayonnent de la gentillesse de leur auteur. Ainsi le début où Stephen Foster donne l’argent qu’il avait économisé pour acheter une bague de fiançailles à la mère d’un enfant noir blessé par une carriole: « ne me remerciez pas, c’est votre peuple qui m’a tout appris en musique ».

Un article intéressant sur I dream of Jeanie

La ruelle du péché (Glory Alley, Raoul Walsh, 1952)

A la Nouvelle-Orléans, le jour d’un match décisif, un boxeur abandonne sa carrière et par là-même se fâche avec son entraîneur qui devait être son futur beau-père.

Dans cet univers de boxeurs, de jazzmen et de danseuses, Raoul Walsh est comme dans un poisson dans l’eau. Néanmoins, cette Nouvelle-Orléans recréée dans les studios de la MGM garde un aspect foncièrement artificiel en dépit des velléités d’authenticité. Ainsi, les interventions de Louis Armstrong, jouant un personnage secondaire ne rechignant pas à pousser la chansonnette, sont plaisantes mais relèvent d’un folklore très décoratif (rien à voir avec les délires de Stepin Fetchit dans Le soleil brille pour tout le monde). L’épatante concision du film (c’est dingue tout ce qui arrive au héros en 80 minutes) s’avère parfois asphyxiante. Plus de développements n’aurait certainement pas nui à la crédibilité d’un scénario parfois tiré par les cheveux. Glory Alley reste un film d’une jolie vitalité, mélangeant les tons et les genres avec une aisance typique de son réalisateur. Il y a des moments d’une amertume vraie et touchante, tel celui où une jeune fille danse pour un père aveugle ruminant ses regrets sur son piano, et des plans magnifiques, tel celui du départ du héros.

Love is better than ever (Stanley Donen, 1952)

Une jeune professeur de danse provinciale va à New-York pour un gala annuel et se fait séduire par un imprésario de Broadway…

La gentille satire des mœurs provinciales, le joyeux cynisme du héros, le charme de la jeune Liz Taylor qui ne rechigne pas à montrer ses jambes, les gags surprenants et parfois méchants occasionnés par des enfants filmés au naturel (à en croire Stanley Donen dans son entretien donné aux Cahiers du cinéma en mai 1963) et la vivacité de la caméra assurent une agréable fraîcheur à cette comédie romantique.

La traite des blanches (Luigi Comencini, 1952)

Dans un village italien pauvre, des jeunes femmes s’engagent dans un marathon de danse pour payer un avocat à leur mari arrêté suite à un cambriolage.

La photographie, très influencée par le film noir américain, est soignée et réussie mais le récit, partant un peu dans tous les sens, manque de concision et de densité. La pertinence du réquisitoire social est également amoindrie par la convention des situations.