La moisson/Le retour de Vassili Bortnikov (Vsevolod Poudovkine, 1952)

De retour de la Grande guerre patriotique, un commissaire au plan agricole s’aperçoit qu’en son absence, sa femme s’est installée avec un de ses amis.

L’interaction dialectique entre drame intime et problème politique de rendements agricoles ainsi que la beauté des images rurales rendent ce film de propagande plus intéressant qu’il n’y paraît.

L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven, 1952)

Une association féministe et une association anti-féministe se retrouvent à siéger sur le même palier.

L’intrigue apparaît d’autant plus inepte qu’elle n’est étayée que par d’inoffensifs clichés. Claude Cariven n’a absolument rien à dire sur le féminisme. Toutefois, les apartés burlesques des branquignols épicent la sauce. Le personnage de Louis de Funès est particulièrement drôle et surprenant. Bref, L’amour n’est pas un péché est un film très moyen dont l’intérêt est rehaussé par une inventivité comique assez inédite.

 

Les coupables (Luigi Zampa, 1952)

Enquêtant sur un assassinat, un juge d’instruction napolitain s’attaque à la camorra…

Le scénario est de Francesco Rosi et ça se sent au parfum de dénonciation désenchantée qui clôt le film. En dehors de ça, Les coupables est un polar comportant des longueurs (la laborieuse scène de reconstitution) et qui n’est pas exempt de facilités pour faire avancer l’enquête mais sa deuxième partie, focalisée sur un jeune couple voulant émigrer en Amérique, touche par la pureté de son lyrisme et le soin apporté aux images des quartiers populaires napolitains (certaines évoquent les futurs films signés par l’assistant-réalisateur: Mauro Bolognini).

La colline de l’adieu (Love is a many-splendored thing, Henry King, 1952)

A Hong-Kong, une doctoresse métisse s’éprend d’un Américain correspondant de guerre…

Le début, avec ses larges images en Technicolor et la sobriété de Henry King, laisse entrevoir un joli film mais une fois que la relation amoureuse est concrétisée, la narration languit et le profond académisme du style saute aux yeux. Médiocre.

La belle de New-York (Charles Walters, 1952)

Un séducteur s’entiche d’une vertueuse demoiselle de l’Armée du salut…

Quelques gags gentiment satiriques surnagent dans un océan de platitudes. Les numéros de danse sont loin d’avoir le dynamisme et l’entrain de The Barkleys of Broadway. Du coup, le parti-pris de faire s’envoler les personnages s’avère plus désastreux qu’autre chose. Assommant.

L’éclair (Mikio Naruse, 1952)

Une jeune fille dégoûtée par les combinaisons sordides de ses soeurs est mal à l’aise au foyer familial.

L’austérité étouffante de la mise en scène est nuancée par les moments où la jeune soeur, excellemment interprétée par Hideo Takamine, s’évade de son quotidien grâce, notamment, à la musique jouée par sa voisine. Le côté désespérant de son environnement est retranscrit avec justesse par Naruse, cinéaste nettement plus subtil que Bergman lorsqu’il s’agit de portraiturer des femmes et leurs désirs sans la moindre complaisance. Le film est très beau grâce à la façon dont il neutralise cette dialectique étouffement familial/soif d’évasion: un final sublime où surgit l’éclair éponyme en même temps qu’explose un torrent d’amour filial.

La mère (Mikio Naruse, 1952)

Suite au décès de son père, une jeune fille voit sa mère surmonter tant bien que mal les difficultés économiques de la famille…

Mikio Naruse donne une résonance universelle à la chronique intimiste en inscrivant celle-ci dans un contexte socio-historique précis: le Japon du début des années 50 où les mères devaient se débrouiller sans homme, décimés par la guerre, pour assumer leur famille. L’incidence directe des contraintes économiques sur les sentiments familiaux rend le drame d’autant plus fort et d’autant plus déchirant. La pudeur du style de Naruse, qui va toujours de pair avec l’empathie et qui n’exclut pas le lyrisme -notamment dans l’utilisation de la voix-off-, hausse le ton jusqu’au sublime.