Venise, la lune et toi (Dino Risi, 1958)

A Venise, un gondolier sur le point de se marier ne peut s’empêcher de séduire deux touristes américaines…

Une comédie mineure mais rendue tout à fait plaisante par l’abattage de Sordi qui joue un héros d’une veulerie étonnante, l’utilisation habile des ficelles éprouvées de la comedia dell arte (le baiser dans le noir!) et le charme de Venise mise en valeur par un Eastmancolor à la somptuosité inattendue (la luxuriance de certains plans est digne de Minnelli).

Mimi Pinson (Robert Darène, 1958)

Une jeune fille habitant une chambre mansardée sur l’île Saint-Louis est menacée d’expulsion mais le représentant de la société propriétaire tombe amoureux d’elle.

Pas si nul qu’on aurait pu l’imaginer. D’abord, il y a le plaisir de voir les quais parisiens et les Halles dans les années 50. Robert Darène filme ça sans génie mais respectueusement des lieux et des personnes. Il évite les raccords superflus. Ensuite, en mettant en scène une jeune fille préférant habiter dans un studio peu fonctionnel mais charmant du centre de Paris plutôt qu’un confortable appartement moderne en banlieue, cette transposition auto-réflexive de la pièce de Musset effleure le sujet éternel mais assez peu traité au cinéma de la jeunesse bohème (aujourd’hui on dirait « bobo »). Le style un peu terne de Darène empêche une véritable célébration de l’anticonformisme solaire de son héroïne mais c’est mignon sans être tout à fait niais.

La révolte des gladiateurs (Vittorio Cottafavi, 1958)

Au IIème siècle, un jeune tribun romain est envoyé en Arménie pour mater une révolte de gladiateurs…

Ironique et parfois cruelle, la confrontation du freluquet à la réalité des colonies lointaines ne manque pas de sel. La première partie suggère une réalité politique dans toute sa complexité. La suite aurait pu prendre les atours d’une prise de conscience tourmentée mais se fait plus conventionnelle puisque le mal se retrouve personnifié dans un personnage de méchante; ce qui simplifie éhontément les enjeux dramatiques et ravale La révolte des gladiateurs au rang de péplum lambda. Avec le Cinémascope, la mise en scène de Cottafavi se fait plus ample -les cadres sont composés avec élégance et précision- mais aussi moins percutante que dans ses films précédents. Bref, c’est pas mal quoique décevant.

The Gypsy and the Gentleman (Joseph Losey, 1958)

En Angleterre au début du XIXème siècle, la passion d’un hobereau pour une gitane le mène à sa perte.

Le Technicolor, l’attention à la campagne anglaise (magnifique image avec la brume s’élevant au petit matin) et le soin apporté à la direction artistique assurent une certaine beauté visuelle mais cette beauté est essentiellement décorative. Le film est handicapé par une post-synchronisation médiocre et l’interprétation caricaturale de Melina Mercouri. L’absolue froideur de Losey exclut tout lyrisme et le spectateur en est réduit à contempler, de loin, une déchéance schématiquement programmée. On pourra toutefois noter quelques fulgurances de la mise en scène ayant pour objets la violence et le sexe, tel le plan où la jambe nue sort du fauteuil et la fin dont l’idée est très belle mais qui n’émeut guère faute d’avoir été bien amenée par le récit.

La journée des violents (Day of the bad man, Harry Keller, 1958)

Des bandits arrivent dans une petite ville pour faire libérer leur frère coupable de meurtre.

Variation sur le thème du Train sifflera trois fois (on retrouve John W. Cunningham au scénario). Le récit ne sort guère des rails de l’opposition manichéenne entre le gentil juge et les bandits. La méchanceté de ces derniers donne lieu à des scènes d’une étonnante violence physique et psychologique. Le reste, surtout l’intrigue sentimentale, est sans intérêt.

Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux, 1958)

Après avoir gagné à la loterie, un garagiste achète les toiles d’un peintre raté par amour pour sa fille.

Plus abouti que Courte-tête, Le temps des oeufs durs est un des plus sympathiques parangons de burlesque à la Française. Dénué du volontarisme stérilisant de Tati ou Etaix, Norbert Carbonnaux a un naturel dans la fantaisie qui rappelle le cinéma français d’avant-guerre. En cela, il est aidé par des acteurs magnifiques d’extravagance: Darry Cowl, bien sûr, mais aussi Julien Carette, glorieux rescapé des années 30 justement. Le relatif manque d’impulsion de la mise en scène empêche certes Le temps des oeufs durs de prétendre à la perfection formelle mais la gentillesse inhabituelle du ton séduit tandis que certains gags, tel celui de « Petit papa Noël », sont la preuve d’une inventivité poétique dans la droite lignée du merveilleux Monsieur Coccinelle de Bernard-Deschamps. La place de ce film parmi les dix préférés de Jean-Luc Godard en 1958 était donc méritée.