Dogface (Samuel Fuller, 1959)

En 1943 en Tunisie, des G.I sont canardés à cause d’un chien allemand qui repère leur trace.

Ce pilote d’une éventuelle série commandé par CBS mais jamais diffusé est une oeuvre poignante et personnelle qui pourrait faire office de segment supplémentaire au chef d’oeuvre de son auteur: The big red one. A travers 30 minutes d’action quasi-continue, Fuller déploie, en ne s’interdisant pas certains raccourcis scénaristiques mais en faisant preuve d’efficacité visuelle, un drame complexe sur les relations entre l’homme et le chien dans un contexte guerrier. Ainsi, Dogface préfigure aussi White dog.

Les cousins (Claude Chabrol, 1959)

Pour ses études, un provincial débarque chez son cousin parisien et quelque peu décadent.

Que l’opposition entre le naïf fils à sa maman et le cynique gosse de riches est caricaturale! Le provocateur détachement des auteurs par rapport aux dérives fascistes de ce dernier ne diminue en rien la pesanteur de l’expression d’un pessimisme pas moins facile que celui de Bost et Aurenche; l’examen de fin d’année est un deus ex machina des plus risibles. Les séquences de fête sont particulièrement ennuyeuses de par leur redondance même si on y décèle une utilisation signifiante de la caméra par le jeune Chabrol (voir ce plan où les invités apparaissent comme dans un aquarium). Le summum du grotesque est atteint avec l’homicide final sur fond de Liebestod.

Le chemin des écoliers (Michel Boisrond, 1959)

Pendant l’Occupation, un lycéen dont le père est honnête gagne beaucoup d’argent en faisant du marché noir.

Le noir roman de Marcel Aymé a beau avoir été transformé en une comédie inoffensive, l’étincelante distribution maintient cette comédie vivante et le rythme ne s’enlise pas (le tout a le mérite de durer moins de 80 minutes). Edulcoré mais pas mauvais.

Face of a fugitive (Paul Wendkos, 1959)

Un évadé arrive dans une petite ville et, le temps que les avis de recherche n’y soient publiés, sympathise avec le jeune shérif et sa soeur.

Un bon petit western: le scénario est conventionnel mais ses enchaînements sont globalement rigoureux et l’inventivité formelle de Paul Wendkos magnifie plusieurs séquences; le point d’orgue étant la fusillade finale dans la ville fantôme, peut-être inspirée de celle de L’homme de l’Ouest mais non moins géniale dans son exploitation du décor, sa dramatisation de l’éclairage, son utilisation du son et sa dilatation du temps. Cet esprit d’invention qui pousse la mise en scène à aller au-delà de la simple illustration ne se limite pas aux séquences d’action et fait de Paul Wendkos un réalisateur supérieur à, disons, John Sturges.

Vous n’avez rien à déclarer? (Clément Duhour, 1959)

Convoitant l’épouse, un professeur de chant sabote le mariage arrangé entre la fille d’un député radical et le fils d’un comte en provoquant l’impuissance de l’époux.

Troisième adaptation de la pièce de Hennequin et Veber. L’assistant de Guitry que fut Clément Duhour ne cherche pas à camoufler les origines théâtrales de son script mais l’inventivité de son déroulement, la variété du comique (c’est un vaudeville vaguement satirique avec des notations absurdes très prononcés) et, surtout, une distribution presque à la hauteur de la version des années 30, grâce à la présence d’extravagants géniaux tel Darry Cowl, qui s’en donne à coeur joie font de ce Vous n’avez rien à déclarer? une comédie qui certes ne vole pas haut mais qui amuse beaucoup.

Pauvres millionnaires (Dino Risi, 1959)

Après s’être disputé avec son épouse, un récent marié est renversé par une riche héritière qui s’entiche de lui tandis qu’il est devenu amnésique.

La facilité de l’argument du héros qui perd la mémoire et la retrouve selon la convenance de narrateurs se souciant peu de crédibilité dénie à Pauvres millionnaires les qualités de vérité humaine et sociale de Pauvres mais beaux. Le trait est plus conventionnel et moins précis bien que certaines scènes, tel celles avec les parents, fassent exception. Toutefois, l’écriture comique est peut-être plus brillante encore que dans le premier volet. Dès le début avec le train qui sépare sans cesse les époux, les auteurs montrent leur talent pour exploiter une situation comique jusqu’au bout et en tirer un maximum de rebondissements. Par ailleurs, plus court, Pauvres millionnaires n’a pas les -légers- problèmes de rythme de son prédécesseur. Bref, Pauvres millionnaires est un film plaisant mais mineur.