Les comancheros (Michael Curtiz, 1961)

En 1843 au Texas, un Ranger est aidé dans sa lutte contre les trafiquants d’armes aux Comanches par un Louisianais qu’il a arrêté parce qu’il a tué un homme en duel.

La splendeur de Monument Valley en Cinémascope (trahison fordiennement poétique de la réalité géographique de l’intrigue), les pauses familiales du récit qui crédibilisent la relation amicale en l’enracinant, John Wayne dans un rôle sur mesure mais pas trop (étonnant plan où on le voit se réveiller dans la boue) et le découpage toujours impeccable de Michael Curtiz qui tournait alors son 166ème et dernier film font des Comancheros un bon western malgré que son récit manque d’unité dramatique.

 

Marines, let’s go (Raoul Walsh, 1961)

Pendant la guerre de Corée, des soldats américains partent en permission au Japon.

Parmi les maîtres classiques hollywoodiens, il n’y a pas que Howard Hawks qui, en fin de carrière, refît paresseusement ses anciens succès. Marines, let’s go est une resucée du Cri de la victoire, en plus comique. Comme l’adaptation de Léon Uris, ce film tire sa beauté du contraste entre ses deux parties: la permission et le combat. L’expérience de la mort donne un prix inestimable à la légèreté paillarde qui l’a précédée. Pour Raoul Walsh, filmer les Marines en Corée n’est pas exalter l’idéologie qui a motivé leur envoi (l’anticommunisme n’est ici qu’un sujet de moquerie) mais donner raison (mille fois) à leur hédonisme. Aussi crétins puissent-ils parfois paraître, le regard de l’auteur sur les bidasses en goguette est plein de sympathie et ne manque pas de tendresse. Un peu comme dans La brune brûlante, le Cinémascope-couleur est l’écrin d’un comique furieux. Sans être à proprement parler géniale, la mise en scène semble couler de source. Le découpage est fluide et le rythme vif. Ainsi, malgré l’inconsistance du scénario, Marines, let’s go se laisse regarder avec intérêt.

Les genoux d’Ariane (Pierre Rissient, 1961)

Avant les vacances, un jeune homme rencontre une jeune fille dans une librairie parisienne…

Cela ressemble beaucoup aux courts-métrages de la Nouvelle Vague mais il n’y a aucune coquetterie de découpage (ni même, à vrai dire, la moindre invention en la matière) et c’est illuminé par la charmante Vega Vinci. Des dialogues ciselés et un plan crucial où le jeune homme pose sa main sur le genou de la jeune fille préfigurent clairement le cinéma de Rohmer.

Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

Après avoir été gracié par la foule à la place de Jésus-Christ, le voleur Barrabas erre, tourmenté, dans l’empire romain.

Les plans longs, larges et beaux de Richard Fleischer posent un regard d’esthète sur ce long et redondant itinéraire spirituel, alourdi par une distribution d’acteurs prestigieux mais jouant sans nuance.

La récréation (François Moreuil et Fabien Collin, 1961)

A Versailles, une étudiante rencontre un séduisant fils de famille qui s’avère être le chauffard responsable de la mort d’un homme renversé sous ses yeux.

Un film de la Nouvelle Vague justement tombé dans l’oubli.

 

Ciel pur (Grigori Tchoukhraï, 1961)

Pendant la Grande guerre patriotique, une ouvrière tombe amoureuse d’un aviateur qui disparaît après lui avoir fait un enfant.

Ciel pur commence comme un mélo exacerbé par des couleurs dignes de Colonel Blimp avant de surprendre en prenant la tournure d’une critique du totalitarisme stalinien où l’injustice de l’état vis-à-vis des héros de guerre est sombrement montrée. Politiquement, Tchoukhraï retombe sur ses pattes en louant la politique de dégel mise en oeuvre par le maître de l’URSS d’alors: Khrouchtchev.

Les lions sont lâchés (Henri Verneuil, 1961)

Une jeune Bordelaise quitte son mari pour faire des expériences sentimentales et sexuelles par l’entremise d’une amie de la haute-société parisienne.

Le délicieux petit roman de Nicole a un peu perdu au change de l’adaptation. Plusieurs phrases étincelantes ont été conservées mais apparaissent plaquées sur des scènes qui n’ont pas leur vivacité ni leur sens du détail. Qui n’a pas lu le livre risque d’être largué par certains rebondissements racontés uniquement par la voix-off. La satire sociale est rapetissée et le récit réduit aux tortueuses tribulations des six personnages principaux. Ces six personnages principaux étant prodigieusement distribués et l’élégante liberté de ton de la romancière ayant été maintenue par France Roche et Michel Audiard, le film demeure agréable.