Vive Henri IV…vive l’amour! (Claude Autant-Lara, 1961)

Pour mieux pouvoir la séduire, Henri IV arrange la mariage de mademoiselle de Montmorency avec le prince de Condé…

Le cabotinage des uns et des autres peine à enlever une mise en scène désolante d’académisme. Dommage, le récit, habilement inspiré d’une des anecdotes les plus piquantes du règne du Vert galant, aurait pu donner lieu à une savoureuse comédie historique.

Les années rugissantes (Luigi Zampa, 1961)

Sous Mussolini, dans un village reculé, un vendeur d’assurance romain est pris pour un agent du pouvoir central…

Une satire très drôle et très bien sentie qui, tout en ayant pour cadre l’ère fasciste, s’en prend en fait à l’arrivisme et à la veulerie des notables provinciaux. Le tableau n’est pas noirci, un ancrage réaliste qui passe par une attention aux lieux et aux différentes couches sociales est donné à l’intrigue adaptée de Gogol (seul la théâtrale avant-dernière séquence apparaît artificielle), les personnages ne sont pas tous antipathiques et certains sont même sympathiques. Plutôt que de l’altérer, ce sens de la nuance approfondit et élargit la portée de la diatribe. La surprenante conclusion de la romance et l’émouvante amertume du travelling final montrent que les auteurs de cette savoureuse comédie n’ont pas transigé avec leur pessimisme fondamental.

A cheval sur le tigre (Luigi Comencini, 1961)

Un sympathique demeuré est entraîné par trois criminels dans leur évasion…

La première partie, dans la prison, est assez rébarbative. Aussi bien en termes visuels qu’au niveau de la caractérisation des protagonistes, elle manque de nuances et de variété. Ce type de traitement n’incite guère à s’intéresser à un personnage de demeuré. C’est dans la deuxième partie que A cheval sur le tigre s’étoffe considérablement jusqu’à atteindre, par le jeu de la dialectique dramaturgique, une grandeur dans l’humanisme douloureux qui rappelle que c’est bien Luigi Comencini derrière la caméra.

L’amant de cinq jours (Philippe de Broca, 1961)

Un jeune homme entretenu par une couturière tombe amoureux d’une jeune amie de celle-ci, mariée à un archiviste…

Adaptation d’un livre de Françoise Parturier, L’amant de cinq jours est, de loin, le meilleur des quatre premiers films de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel car c’est celui où la fantaisie est la moins forcée. Les personnages ne sont pas des pantins mais leur évolution sentimentale est appréhendée par un réalisateur attentif et déjà maître de sa technique quoique pas encore trentenaire.

Agencés dans un équilibre merveilleux de justesse, les dialogues ciselés de Daniel Boulanger, la musique lyrique de Georges Delerue et le noir&blanc de Jean Panzer, qui sied aussi bien aussi au Paris nocturne qu’aux jardins du château de Chantilly sous les feuilles d’automne, poétisent la comédie.

Contrairement à ce qui se passe dans les mauvais films de l’auteur, les artifices de mise en scène ne vont pas ici à l’encontre de la vérité des personnages mais expriment la singularité de leur être. Des moments suspendus comme la valse entre les « officiels » ou le retour à la maison du mari trompé révèlent de la part du cinéaste une générosité et un tact qui transcendent le canonique canevas sur lequel il s’est appliqué.

On notera particulièrement l’émouvante noblesse du cocu admirablement interprété par François Périer. Micheline Presle et, surtout, Jean Seberg sont filmées comme de Broca a toujours filmé ses actrices: avec autant d’amour que de goût. Jean-Pierre Cassel s’en sort très bien pour simuler une fragilité qui complexifie heureusement son personnage récurrent, celui du héros jouisseur et indolent. La fin, dans sa suprême élégance, évoque furtivement Madame de… et Diamants sur canapé (sorti un an plus tard).

Susan Slade (Delmer Daves, 1961)

Sur le bateau qui ramène sa famille en Californie, une jeune fille a une aventure avec un jeune homme en partance pour l’Alaska…

Encore une fois, Delmer Daves magnifie la confrontation entre l’amour de jeunes bourgeois et les préjugés de leur classe. Cette magnification est d’abord morale en ceci que les personnages d’adultes sont globalement bienveillants. Une grande douceur revêt les rapports entre Susan et ses parents. Ainsi une norme sociale est-elle condamnée sans que ses promoteurs, qui finiront par abandonner d’eux même cette norme devenue absurde, ne le soient. La magnification est ensuite esthétique: mouvements d’appareil à la grue, musique de Max Steiner, décors superbes et Technicolor de Lucien Ballard fournissent un écrin somptueux aux passions des protagonistes.

Vanité décorative direz-vous peut-être? Je dis non car d’une part, l’utilisation d’une mise en scène aussi grandiose pour exprimer des amours d’adolescents est le signe émouvant de la générosité de l’auteur (qui a écrit, produit et réalisé le film). D’autre part, poussé à un tel extrême et couplé à la sensibilité paysagiste de Daves, un style décoratif tend nettement vers l’expressionnisme. Témoin cette séquence où la jeune fille se retrouve seule sur son cheval face à l’océan déchaîné de sa douleur. A ce titre, l’artifice théâtral du dénouement dénote d’avec le reste du film, torrent de lyrisme qui intègre avec une aisance déconcertante les rebondissements les plus improbables par la grâce de sa forme.

Le trésor des sept collines (Gordon Douglas, 1961)

Deux chasseurs de fourrures qui ont par hasard découvert de l’or sont menacés par des voleurs divers et variés.

Sobre dans ses effets, précis dans son découpage, nuancé dans sa narration, Le trésor des sept collines s’inscrit dans une des plus belles traditions du western: celle des fables sur la soif de l’or auxquelles le réalisme mythique propre au genre fournit un écrin lumineux de simplicité. Un bémol tout de même: le noir et blanc, étonnant compte tenu de l’année de sa production, ne rend pas justice aux somptueux paysages dans lesquels il se déroule (Grand canyon, Monument Valley…).

La dénonciation (Jacques Doniol-Valcroze, 1961)

Un ancien résistant assommé lors d’une scène de meurtre hésite sur l’attitude à avoir face au commissaire de police tandis que sa mémoire lui revient.

Troisième long métrage du fondateur des Cahiers du cinéma, La dénonciation est un film plus sérieux et –formellement parlant- moins désinvolte que ceux que ses petits camarades de la Nouvelle Vague réalisaient alors. Il s’agit de retranscrire le dilemme d’un homme au passé tourmenté. Et de montrer finalement l’absurdité de ce dilemme. Chose cinématographiquement pas évidente qui, en terme de narration, passe ici par des flashbacks, une voix-off explicative et une intrigue assez emberlificotée. On saura gré au cinéaste d’avoir intelligemment précisé et dramatisé les enjeux d’un sujet aussi lourd (pour ne pas dire pesant) en s’appuyant notamment sur une extraordinaire maîtrise du Cinémascope et une distribution adéquate dont on retiendra un excellent Maurice Ronet et un pittoresque Sacha Pittoef.